‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 38 sur 314 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

La Forêt sauvage.

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ARGUMENT. — Dante s’égare toute une nuit dans une forêt sauvage. L'aube lui permet d'atteindre une colline éclairée par le soleil levant ; mais une panthère, un lion et une louve lui barrent successivement la montée. — Virgile paraît, et lui propose de le tirer de peine en le guidant, à travers l'Enfer et

le Purgatoire, jusqu'au Paradis, que Béatrice lui ouvrira. — Les deux poètes se mettent en route.

Au milieu du chemin de notre vie !, je me trouvai dans une forêt obscure ?, car j'avais perdu le bon chemin.

Ah ! combien il est pénible d'avouer quelle était cette forêt sauvage, àpre, épaisse, dont le souvenir renouvelle ma terreur,

souvenir si amer que la mort l’est peu davantage 5%! Mais avant de

parler du bien que j'y ai recueilli, je vais dire les autres rencontres qui m'y attendaient .

1. Le milieu du chemin de la vie humaine, c'est l'âge de 35 ans. Dante l'établit ainsi dans le Convito (IV, 23) d'après la Bible. Or, comme il place le voyage surnaturel, décrit dans la Divine Comédie, en l'an 1300, et comme 1265 est l'année de sa naissance, on voit que dès son premier vers 1l se conforme aux données de l'Ecriture et de la Science qui s'accordent pour attribuer à cet âge le plus parfait élat de force et de maturité de l'homme. Voy. XV, 51 (ai.

2. Cette forét symbolise à la fois l'égarement des erreurs, des passions, des vices, et l'exil de Dante.

4. L'aveu de ses erreurs passées renouvelle la confusion du pécheur et le fait frémir en lui rappelant le danger qu'il a couru.

4. Avant de parler de l'heureuse intervention de Virgile, qui l'a sauvé, Danje va retracer les menaçantes apparitions qui faillirent le perdre complètemeni.

Je ne saurais préciser comment j'y avais été amené, tant le sommeil m'accablait au moment où j’abandonnai la vraie route *.

Arrivé au pied d'une colline, où se terminait cette vallée dont l'épouvante m'avait frappé jusqu'au fond du cœur, je levai les yeux.

Déjà, sur le dos de la montagne, s'étendaient les rayons de l'astre qui nous guide droit dans tous les sentiers ®

Alors se calma un peu la frayeur dont mon cœur s'était rempli pendant cette longue nuit d'angoisse 7.

Et, comme un naufragé, jeté haletant sur le rivage, regarde la mer périlleuse 8,

mon esprit, encore en déroute, fit un retour en arrière vers ce passage que nul vivant ne franchit ?.

Après m'être un peu reposé, je repris ma marche à travers la plage déserte, où celui de mes pieds qui était le plus bas se trouvait toujours le plus solidement appuyé #°.

Et voilà que, la montée à peine commencée, paraît une panthère alerte et vive à la peau tachetée.

Elle restait devant mes yeux et me barrait le chemin avec une telle persistance, que plusieurs fois je me retournai, tenté de rebrousser chemin ‘!.

Le jour allait commencer, le Soleil se levait au milieu de ces étoiles qui l’entouraient lorsque l'Amour divin

anima pour la première fois toutes les beautés de l’Univers ‘2. La

5. Ce sommeil est l'image de l'engourdissement causé par les passions qui font perdre la bonne route. Il représente aussi l'injustice, l'obscurité de l'exil de Dante, qui abandonna la vie privée et l'étude des lettres pour se jeter dans la polilique, d'où vinrent tous ses malheurs. -- Dans presque tous ces passages, le symbole ou l'allégorie — voire mème la simple allusion — sont doubles. et mème triples, ainsi qu'il le déclare lui-mème, dans sa lettre à Can Grande. — L'obscurité qui enveloppe à dessein l'entrée de l’Enfer, se retrouve chaque fois que le poëèle passe d'une des trois parties de son voyage myslique à la suivaute, et aussi à la fin du Paradis. Cf. fin du chant III et commencement du chant IV.

6. Cette colline, par opposition avec l'obscure vallée du vice, représente le séjour de la vertu — ou le retour à la patrie — éclairé par le Soleil divin qui montre partout la vérité au moyen de la Foi et de la Théologie. C'est en mème temps une figure présageant l'Empire latin ct la venue de Henri VII. Ce jour qui commence est le Vendredi Saint, 25 mars 1309,

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