‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 40 sur 314 · L'ENFER I · texte numérisé non relu

L'ENFER I

robe séduisante de cette bête, l'heure matinale et la douce saison me donnaient donc bon espoir ‘3;

pas assez cependant pour empêcher ma frayeur à l'apparition d'un lion, marchant sur moi, la tête haute, si affamé, si furieux que l'air en était troublé !4.

Enfin, une louve surgit : sa maigreur témoignait de ces insatiables appétits qui font tant de misérables #. .

L'effroyable fascination de son regard me causa une telle angoisse que je perdis l'espoir de gravir la colline t6.

Alors, semblable au joueur qui, après le gain, gémit dès que survient la perte,

je reculai devant la bête sans repos ‘? qui me repoussait peu à peu là où le Soleil se tait‘.

Tandis qu’au milieu du désert immense, je roulais vers le gouffre, un homme parut... {?.

« Aïe pitié de moi — lui criai-je — qui que tu sois, ombre ou « vivant | »

11 me répondit d'une voix comme enrouée par un long silence : « Je « ne suis pas un homme, mais j'en fus un. Mes parents étaient Lom- < bards et tous eurent Mantoue pour patrie.

« Je naquis sub Julio, mais vers la fin de sa puissance, et je vécus à « Rome, sous le bon Auguste, au temps des dieux faux et menteurs 2.

« J'étais poète, et j'ai chanté le pieux fils d’Anchise, qui partit de « Troie quand la superbe Ilion fut incendiée.

< Mais toi, pourquoi retombes-tu vers des maux si funestes? Pourquoi « ne gravis-tu pas ce mont délicieux, principe et cause de toute joie? »

« Es-lu donc Virgile, source d'un si vaste fleuve d'éloquence ? » — répondis-je, le front rougissant.

« O Gloire et lumière des poètes, puissent la longue étude et le < grand amour qui m'ont attaché à ton poème me valoir ta bienveil- « lance !

« Tu cs mon auteur et mon maître, car de toi seul j'ai acquis le « beau style qui m'a fait lant d'honneur.

13. Cette phrase, toute allégorique, peut s'interpréter plausiblement ainsi: les élégants costumes do Florence (robe séduisante), la récente arrivée de Charles de Valois en Italie (heure malinale) et l'ère de paix (douce saison) présagée par son intervention, étaient autant de raisons — illusoires — qui donnaient bon espoir.

14. Le lion, symbole de l'orgueil ambitieux, représente ici la France.

145. La louve, symbole de la cupidité, de l'avarice et des passions déréglées, est ici pour la Cour de Rome.

16. C'est-à-dire l'espoir, tout à la fois, de reconquérir la vertu et de rentrer dans la. patrie. -

17. La béle sans repos, la louve. Expression fort jusle et aussi bien appropriée, d'une part à la cupide avarice, de l'autre à la politique de la Cour de Rome d'alors, telle que la considérait Dante, c'est-à-dire appliquée à tenir l'Italie divisée et sans repos.

18. Là où le soleil se lait, belle et énergique métaphore qui se retrouve au chant V: d'ogni LucE MUTO (28) et a sa contre-partie au Purgatoire : à primi rugygi visrA (XX VII).

Page 1