‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 43 sur 314 · L'Empyrée est le 1® Ciel du Paradis, le séjour de Dieu · texte numérisé non relu

L'Empyrée est le 1® Ciel du Paradis, le séjour de Dieu

5. L'idée exprimée dans ce passage l'est à nouveau dans le chant VI du Paradis : la

« Plus tard, le Vase d'élection $ monta au Ciel afin de raffermir sa foi, principe de la voie du salut.

« Mais moi, à quel titre ferais-je un tel voyage? Qui m'y autorise ? Je ne suis ni Énée ni Paul, et, à mes propres yeux, pas plus qu'aux « yeux des autres, je ne parais pas digne d’une si grande faveur.

< Aussi, tout en me fiant à toi, je crains la témérité de cette entre- « prise. cependant tu es un sage *, et tu me comprends mieux que Je ne m'exprime. »

Alors, ne sachant ce que je voulais, je m'arrètai à l'entrée de cette côte obscure, où de nouvelles pensées suspendaient l'exécution de mon projet,

car mes réflexions me poussaient à renoncer à ce voyage commencé avec tant d'ardeur.

« Si j'ai bien compris tes paroles — répondit l'ombre magnanime « — ton âme est souillée par cette lächeté,

« qui souvent arrête et détourne d’un noble dessein, comme une « ombre fait reculer un animal.

« Pour te délivrer de cette frayeur, apprends donc le mobile de ma « venue ici, et le but de ma sollicitude.

« J'étais parmi ceux dont le sort est en suspens 8, lorsqu'une Dame < m’appela. Sa grâce et sa beauté m'engagèrent à la conjurer de me « donner ses ordres.

« Ses yeux étaient plus brillants que des étoiles; et, d'une voix « douce, dans un langage élégant aux accents angéliques, elle « m'adressa ces mots :

« Ame courtoise de Mantoue, dont la renommée durera autant que « le monde,

« mon ami — et non celui de la Fortune ! — recule effrayé par les « obstacles menaçants qui barrent sa route à travers la plage déserte.

« Ce que j'ai appris de lui dans le Ciel me fait craindre qu'il soit « déjà trop égaré pour le secourir.

« Va donc le trouver, fais usage de toute ton éloquence, multiplie

« tes efforts et sauve-le. afin que je sois consolée!

« C'est moi, Béatrice ?, qui t'envoie; je viens d’un séjour où je

mission d'Énée, ainsi définie, lui valut la faveur de visiter vivant les Enfers, où Virgile lui fait entendre de prophétiques révélations sur sa destinée et son rôle, entre autres relativement à sa victoire sur Turnus, dont il sera question au chant LV (8).

6. Saint Paul, appelé Vase d'élection dans l'Écriture, fut ravi au Paradis, mais allégoriquement et non pas corps et âme comme le suppose ici Dante.

7. Tu es un 8sAGE. On sait que les anciens appelaient les poètes des sages ou savants, gozot,.

8. On trouvera au chant VI les âmes parmi lesquelles Virgile a sa place dans les Limbes : elles sont suspendues entre le Paradis — qui leur est fermé parce qu'elles n'ont point recu le baptème — l'Enfer — dont elles n'ont point mérité les supplices, puisqu'elles ne sont pas coupables — et le Purgatoire — qui ne peut les admettre puisque c'est le chemin du Paradis (c).

9. Dante fait de la jeune Béatrice Portinari, morte à vingt-cinq ans, la personnification de la Théologie, mais s'adresse tantôt à la femme, tantôt à l'allégorie, parfois même aux deux en mème temps, idéalisant la belle Florentine et matérialisant la Science divine. Nous trouverons Béatrice au 10° Cicl, dans l'Empyrée — où, dit-elle ici, elle désire

L'ENFER II a

désire retourner : l'Amour a guidé mes pas, et dicte mes paroles ‘°. « Quand je serai de retour en la présence de mon Seigneur, je me louerai souvent de toi #. » Elle se tut alors, ct je répondis : « O Dame de vertu, toi qui seule élèves l'humanité au-dessus dc tout ce que peut contenir celui des cieux dont le cercle cest le plus petit {?, « ton ordre m'agrée tellement que je voudrais t'avoir déjà obéi : ne « m'ouvre pas davantage ton désir.

« Mais explique-moi comment tu ne crains pas de descendre dans « notre étroite enceinte centrale, si éloignée du vaste Ciel où tu brûles « de retourner :$. »

« Pour satisfaire ta curiosité, je vais te dire brièvement pourquoi je viens ici sans crainte.

« On ne doit craindre que ce qui peut nuire à autrui: le reste n’est « pas redoutable.

« Par sa grâce, Dieu m'a ainsi faite que j'échappe à vos misères, < ainsi qu'à l'effet de cette flamme ‘.

« Il est au Ciel une noble Dame !*, si émue du danger que je t'envoie conjurer, qu’elle suspend là-haut le sévère décret. « Elle adressa sa demande à Lucie, et lui dit : ton fidèle a besoin de « toi; je te le recommande.

« Lucie. ennemie de toute cruauté, se leva, vint me trouver à ma place, près de l'antique Rachel, et me dit :

« Béatrice, vraie louange de Dieu, pourquoi ne secours-tu pas celui « que sa grande affection pour toi fit sortir de la foule vulgaire ?

« L'angoisse de sa plainte n'émeut donc pas ta pitié ? Ne l’entends-tu « pas ? Ne le vois-tu pas lutter contre la mort, sur un fleuve plus péril- « leux que l'océan !f ?

« Ces paroles me rendirent plus prompte que qui que ce soit cou- « rant à son salut ou fuyant sa perte.

« Je quittai donc aussitôt mon siège bienheureux, et descendis près

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retourner. Mais d'ici-là, presque dans chaque chant, il sera question d'elle. (Voy. Ch. précédent, 121-193.)

10. 11 s'agit ici de l'Amour divin, guide et inspirateur de la Théologie, et de cette Charité que le Ciel éprouve pour tout cœur de bonne volonté en général, et, en particulier, pour Dante malheureux.

11. Virgile n'étant pas damné, Béatrice peut faire son éloge devant Dieu, dans le Paradis. Voy. note 8 (pb).

12. Le Ciel dont le cercle est le plus pelit, c'est celui de la Lune, qui entoure la Terre (Voy. Préambule). Virgile veut donc dire que la Théologie est la seule science qui élève l'homme au-dessus de la Terre.

43. La Terre occupe le centre de l'Univers, et l'Enfer le centre de la Terre.

14. Cette flamme est, à la fois, le feu de l'Enfer, et l'ardeur qui brûle le cœur des condamnés aux Limbes éternelles, du désir — jamais satisfait — de monter au Paradis. Béatrice échappe donc à l'un comme à l'autre.

15 Pour bien saisir le rôle des trois Dames du Paradis qui s'emploient au secours de Dante — c'est-à-dire de l'humanité — il ne faut pas oublier qn'elles sont, elles aussi, à la fois des personnages ayant vécu, et des abstractions symboliques. La première gentil Donna est la Vierge, ou Clémence Divine ; la deuxième est Sainte Lucie, vierge et martyr, ou Grâce illuminante ({ux vera, dit Saint Jean, I, 9), ét la troisième, Béatrice. Quant à Rachel, elle représente la vie contemplative sur Terre (EF).

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