Torrentes iniquilatis confurbaverunt me
« de toi, confiante en cette sage éloquence qui t'honore, ainsi que « ceux qui l'entendent.
« Alors, elle tourna vers moi l'éclat de ses yeux mouillés de larmes, ce qui hâta plus encore ma venue ; « et, ainsi qu'elle le voulait, je t'ai sauvé de cette bête féroce qui te barrait le plus court chemin de la belle montagne. « Qu'est-ce donc? Pourquoi, pourquoi t'arrêter ? Pourquoi per- « mettre à une crainte si lâche l’accès de ton cœur? Pourquoi perdre hardiesse et courage, « alors que ces trois Dames bénies s'occupent de toi dans la Cour « Céleste, et que je te promets un si grand bien {7? »
Comme une fleur, que le froid de la nuit avait fermée et inclinée, redresse sa tige et se rouvre au premier rayon du Soleil,
ainsi fut relevé mon courage abattu, et mon cœur rempli d'une généreuse ardeur ; et je m'écriai hardiment :
« Oh! que de compassion dans son secours, et que de générosité « dans ta si prompte obéissance aux paroles de vérité qu'elle t'a « dites!
« Tu as tellement enflammé mon désir de te suivre, que je reprends « mon premier dessein.
« Va donc! Nous n’avons plus tous deux qu’une même volonté : tu « es mon guide, mon seigneur et mon maitre ! » À ces mots, il se mit en marche,
et sur ses pas, j'entrai dans le chemin profond et sauvage.
NOTES COMPLÉMENTAIRES
(A) Énée, dont la visite aux Enfers est racontée dans le sixième livre de l'Enéide, eut de Lavinie, pour fils posthume, Sylvius, roi d'Albe, dont le pouvoir s'est transmis héréditairement jusqu'à Numitor, aïeul de Romulus, fondateur de Rome. Nous trouverons Lavinie et son père, le roi Latinus, dans les Limbes, chant IV, 126 (Voy. aussi Purg., XVII, 34-39 et Par., VI, 1-3 et XV, 25-30).
(8) Le christianisme s'est d'abord étendu dans et par l'Empire romain, qui semble avoir préparé sur tout son territoire les voies pour le succès des missions apostoliques. Il suffit, en effet, de suivre, sur une carte géographique, la ligne immense qui contourne l'Empire romain, pour indiquer en même temps le premier et vaste domaine dont s'empara la doctrine de Jésus dès le premier siècle. Renan dit à ce sujet : « La sécurité relative qu'offraient les routes de l'Empire, les garanties qu'on trouvait dans les pouvoirs publics, la diffusion des Juifs sur tout le littoral de la Méditerranée, l'usage de la langue grecque dans la portion orientale de cette mer (Voy. Cicéron, Pro Archia, 10), l'unité de civilisation que les Grecs d’abord, puis
17. Virgile représente ici la Raison ou la Science humaine ; il promet donc à Dante, non seulement la félicité temporelle, le bonheur terrestre, mais, par suite, les joies du Paradis puisqu'il le conduira jusqu'à Béatrice, c'est-à-dire la Raison ou la Science divine, qui peut seule lui en ouvrir l'accès. Voy. Ch. précéd. 121-123, et Purg., XVIIL, 46-48, et XXIT ‘r).-
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les Romains, y avaient créée, firent de la carte de l'Empire la carte même des pays réservés aux missions chrétiennes, et destinés à devenir chrétiens. L'orbis romain devint l'orbis chrétien, et, en ce sens, on peut dire que les fondateurs de l'Empire ont été les fondateurs de la monarchie chrétienne, ou du moins qu'ils en ont dessiné les contours. Toute province conquise par l'Empire romain a été une province conquise au christianisme. »{(Les Apôîires, XVI, p. 281.)
(c) En ce qui concerne la nécessité du baptèëme pour gagner le Paradis, on verra que, pour les âmes qui vécurent avant le Christ, la circoncision suffisait. (Voy. Par., XXXII, 40-42.)
(np) Les épithètes adressées à Béatrice s'appliquent bien entendu à la Théologie. Ici c'est Dame de vertu, d'après Boëce, qui dit omnium virtulum magistra.…. nutrixz en parlant de la philosophie. Plus loin (v. 103) Dante l'appellera vraie louange de Dieu, et déjà dans la Vita Nuova il la traite de Donna della cortesia, signora della nobilta.
(E) Les {rois Dames — qui ont inspiré à Dante une de ses plus belles canzone, intitulée Tre Donne — ont un rôle prépondérant, non seulement dans la Commedia et dans la pensée de Dante, mais encore dans toutes les conceptions du moyen âge, dont la Bible est la base. Ces trois Dames se manifestent en diverses personnifications, modifiées suivant le lieu et l'époque. Ce sont d'abord la Contemplation, symbolisée par Rachel, la Grâce illuminante par Lucie, et la Clémence divine par la Vierge. La Contemplation devient bientôt 1æ Théologie, qui seule est à la fois céleste, terrestre, et durable autant que l'Univers : céleste, en ce qu'elle reçoit la Science directement de Dieu mème; terrestre, en ce qu'elle la transmet et l'enseigne aux hommes de bonne volonté, conjointement et inséparablement avec la Foi, effet de la Grâce de Dieu ; durable autant que l'Univers, en ce qu'elle remonte à la Création et durera jusqu'au Jugement Dernier.
Laissant la Vierge planer, pour ainsi dire, à part, dans son rôle exceptionnel, restent les deux autres personnifications, qui se subdivisent chacune en trois symboles, et se résument sous la forme apparente des trois Dames que nous verrons danser près de la roue droite du Char de l'Église, dans le Cortège symbolique de la fin du Purgatoire, lesquelles deviennent alors les trois Vertus théologales, Foi, Espérance et Charité. (Voy. Purg., XXIX.) Quant aux trois symboles successifs qui subdivisent les deux personnifications primitives, c’est-à-dire Rachel, la Contemplation, et Lucie, Grâce illuminante, les voici :
1° Rachel, Vie contemplative avant le Christ, qui se transforme en Béatrice, contemplation et interprétation théologique ; Marie (sœur de Marthe), pendant, et Sainte Lucie, après;
2° Lucie (lux) qui se transforme en Lia, sœur de Rachel, Vie active avant le Christ; Marthe (sœur de Marie), pendant, et Mathilde, après.
Ajoutons qu’à chacun de ces noms symboliques répond une personnalité bumaine, dont le choix est justifié par un rôle dans l'histoire du christianisme, et que nous retrouverons dans diverses parties de la Divine Comédie, où chacune d'elles reparaît à plusieurs reprises :
La Vierge, Par., XXIII, 88, XXXI, 118;
Rachel, deuxième fille de Laban, femme de Jacob, Purg. XXVII, 105-108 ; Par., XXXII, et Enf., IV, 60;
Béatrice, qui se trouve, pour ainsi dire, partout dans la Divine Comédie, mais n'apparaît aux yeux de Dante qu'à partir du trentième chant du Purgaloire ;
Marthe et Marie. Quant à ces deux femmes symboliques de la vie de Jésus, il n'en est question que par allusion;
Lia, sœur de Rachel, fille aînée de Jacob. Purg., XXVI1I, 97-108 ;
Mathilde. Pour représenter au Paradis la Vie active après le Christ, Dante a plus que probablement choisi ce nom en souvenir de la fameuse comtesse Mathilde de Toscane : Purg., XXVIII, 37, et dans plusieurs passages des derniers chants du Purgatoire, en particulier les XXXI et XXXIITI;
Sainte Lucie, vierge et martyre, Syracusaine, qui eut les yeux crevés : Purg., IX, 55 et Par., XXXII, 136-138.
(Fr) En ces quelques mots, Dante fait tracer par Virgile le plan de tout son poème et indiquer les deux buts qui concourent successivement tous deux à une fin unique. Ces deux buts sont: 1° la conquête de la Sagesse terrestre par la Science poétique, représentée par Virgile ; 2° l'obtention du Bonheur céleste par la Science divine, représentée par Béatrice. Telles sont les bases sur lesquelles s'élève le magnifique édifice de la Commedia, dont l'idée fondamentale est plus explicitement expliquée dans le traité De Monarchia, liv. III. — Chose curieuse et bien digne de remarque dans un poème si méticuleusement, si mathématiquement construit et équilibré (Voir Préambule de la Div. Com.), cette idée, centre et pivot de l'œuvre, se trouve le plus nettement exprimée dans la tersine qui occupe eraclemeni le centre du poème entier, vers 46-48 du chant XVIII du Purgatoire.
CHANT III
Le Vestibule de l'Enfer. — Les Indifférents.