‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 50 sur 314 · Averrhoës, auteur du célèbre Commentaire sur Aristote · texte numérisé non relu

Averrhoës, auteur du célèbre Commentaire sur Aristote

25. À tous les noms, cités ici, de personnages habitant les Limbes, il faut ajouter les suivants que Virgile nomme à Stace dans le chant XXII dun Purgatoire (Voy. ce chant): Juvénal, Térence, Cécilius, Plaute, Varron, Perse, Euripide, Anacréon, Simonide, Agathon, Antigone, Déiphile, Argia, Ismène, Hypsipyle, la fille de Tirésias, Thétis, Déidamie et ses sœurs.

9%. Les deux poètes quittent les paisibles et lumineux Limbes du premier Cercle, abrités de l'atmosphère infernale, et rentrent dans les ténèbres de l'Enfer proprement dit pour descendre dans le deuxième Cercle.

CHANT V

Deuxième Cercle. — Les Luxurieux.

Je

ARGUMENT. — Minos reconnaît les âmes à leur arrivée et leur assigne le Cercle où elles doivent se rendre. — Françoise de Rimini. — Dante s'évanouit.

C'est ici la véritable entrée de l'Enfer, car le Veslibule, où végèient les Lâches, et les Limbes, où se trouvent les anciens Génies, sont, ainsi qu'on l'a vu, considérés comme en dehors : ce sont les deux premières classes intermédiaires. Aussi n'est-ce qu'ici que les damnés arrivent direciement devant Minos, gardien de l'Enfer, chargé de les envoyer à celui des Cercles où leur genre de péché est châltié. Les Cercles II à V composent la première région, celle de l'INCONTINENCE, subdivisée en quatre classes : Luxure, Gourmandise, Avarice el Prodigalité, et Colère.

Ce cinquième Chant est, sinon le plus beau, du moins le plus célèbre de tout : poème, à cause du fameux épisode de Françoise de Rimini, si poélique et si

umain.

Ainsi je descendis du premier au deuxième Cercle, moins vaste, mais contenant des douleurs tellement plus poignantes qu'elles arrachent des cris.

Minos siège à l'entrée en grinçant horriblement des dents‘; il examine les fautes, juge et condamne avec sa ceinture :

c'est-à-dire que, dès qu'une âme mal née s’est présentée, et confessée entièrement, ce connaisseur en péchés

voit quel lieu de l’Enfer lui est destiné, et se ceint de sa queue autant de fois que le damné a de degrés à descendre #.

Des âmes se tiennent sans cesse en grand nombre devant lui : elles passent à leur tour, parlent, entendent et sont précipitées.

4. Ici encore, Dante emprunte Minos à la Mythologie, où il était, avec Eaque et Rhadamante, juge des Enfers (4). Ce mélange de mythes palens et de dogmes chrétiens, qui se rencontre à chaque pas dans la Divine Comédie, a été expliqué par Dante luimême, et était d’ailleurs de courant usage italien : ces dieux, noms, personnages païens, ne sont empruntés qu'au point de vue de la couleur littéraire et poétique ; ce sont des sortes d'étiquettes employées pour profiter des conceptions géniales d’un autre monde, et contribuer à l'éclat, aussi bien qu'à la clarté, de pittoresques descriptions.

2. Cette manière étrange d'expliquer le jugement est d'origine biblique, car elle symbolise les liens du péché qui étouffent la conscience, enchaïînent la volonté, empèchent l'âme de voler vers Dieu, et la précipitent d'autant plus profondément dans les châtiments de l'Enfer qu'ils sont plus nombreux. Cf. XXVII, 124-196.

L'EnFer V 89

« O toi qui viens dans ce lieu de douleur, me cria Minos, suspendant à ma vue son terrible office,

« fais attention ! Méfie-toi! Que la largeur de l'entrée ne t’illusionne pas $! >» Mais mon Guide lui dit : « Pourquoi crier ainsi ?

« Tu n'arréteras pas sa marche fatale, car on le veut ainsi là où « l'on peut ce que l’on veut : n’en demande pas plus‘! »

C'est maintenant que les lugubres plaintes arrivent jusqu'à moi; maintenant que j'entends résonner mille lamentations.

Je suis dans un lieu muet de toute lumière 5, mais rempli de mugissements, semblables au bruit des flots battus par la tempête des vents contraires.

L'ouragan infernal, dont la furie jamais ne s'arrête, entraîne les esprits dans son tourbillon, les frappe, les torture.

Quels cris quand ils tombent dans le gouffre! Quelles plaintes, quels gémissements, quels horribles blasphèmes contre la puissance divine! |

Je compris que ce supplice châtiait les pécheurs charnels qui soumettent la raison au désir.

Et de même qu'au temps froid les passereaux, emportés par leurs ailes, volent en troupe nombreuse et serrée; de même cette trombe entraine les damnés de ci, de là, en bas, en haut.

Jamais ils n’ont le soulagement du plus petit espoir d'un seul moment de repos, ni même du plus léger amoindrissement à leur peine!

Et comme les grues, chantant leur lai, forment une longue file dans les airs ; ainsi venaient à nous, trafnant leur plainte,

les ombres qu'emportait la tourmente. « Maître — dis-je alors — « quelles sont ces âmes châtiées ainsi par l'obscur ouragan?»

« La première de celles que tu veux connaître régna sur bien des « peuples aux langages différents.

« Au vice de luxure elle fut si asservie, qu’elle autorisa par une loi « les plaisirs défendus, afin de détourner la honte qu'elle encourait :

« C'est Sémiramis. On rapporte qu'elle devint l'épouse de son fils « Ninus ! Ses États ont aujourd'hui le Soudan pour maitre 7.

« La deuxième s’est tuée par amour après avoir violé la foi promise « aux cendres de Sichée 5. Puis voici l’amoureuse Cléopâtre. »

3. L'Enéide et la Bible sont ici encore mises à contribution, car si l'on a dit avec raison que « c'est Virgile à la main que l'on doit lire Dante », il est encore plus juste de dire que c’est la Bible à la main que doit être faite cette lecture (8).

&. Formule déjà employée pour Caron et qui le sera encore (Voy. III, 95-96).

5. Métaphore déjà employée au chant I (62) et qui se retrouve au chant XXVII du Parg. (1).

6 Cf, Purg., XXIV, 61-66 et Par., XVIII, 73-75.

7. Ilexiste une variante à ce croquis de Sémiramis, d'après laquelle Dante aurait simplement dit qu'elle succéda à Ninus et devint son épouxe. Mai: l'inceste de Sémiramis, rapporté entre autres par Paul Orose — que Dante lisait et éludiait — et ses lois libertines, sont dans le domaine des faits historiques, du moins des témoignages d'historiens, et la variante que j'ai écartée prèterait à Dante un vers tellement plat, tellement en désaccord avec les précédents, qu'elle ne semble inadmissible.

8. On voit que, pour Didon, Dante suit la fiction anachronique de l'Enéide, qui recule de trois siècles l'existence de cette princesse.

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