Sextus Tarquin
16. Régnier de Corneto infestait avec une troupe de brigands les plages maritimes des Elats Romains, et Régnier Pazzo, noble florentin du Valdarno, était un voleur et un assassin. Tous deux furent envoyés par Frédéric 11 (1228) pour voler les prélats romains. Pour ce fait, ils furent excommuniés. eux ct leurs de-cendants, et privés par les lois de Florence de tout hénéfice el à perpétuité.
(8) Voici quelles étaient les doctrines de ces deux philosophes, que nous avons vus tous deux dans les Limbes (IV, 138). Empédocle croyait que le monde ne devait son existence qu’à la discorde des éléments, et que lorsque les mouvements du Ciel arrivaient à concorder, le chaos revenait. Héraclite regardait le feu comme la matière première de tout l'univers et de ce qu'il contient, et pensait qu'après un certain temps d'évolution, le monde redevenait feu. Il disait que lorsque le feu se divise en parcelles perdant en se condensant leur primitive simplicité, ces parcelles produisaient la génération des matières; tandis qu'au contraire lorsque ces parcelles réagrégées reprenaient leur premier état, elles devenaient destructives sous forme de feu (Diogène Laerte : Vie d'Héraclite et Plutarque : De Placef. Philosoph.
(c). Cet épisode des Centaures est d'un eftet bien pittoresque. On voit tour à tour Chiron, fils de Saturne métamorphosé en cheval et de la nymphe Philyre, fille de l'Océan, qui, comme dit Dante (71), nourrit Achille, c'est pourquoi il regarde sa poitrine (70). Il mourut frappé par accident d'une flèche empoisonnée avec le sang de l’hydre de Lerne, lancée par Hercule qu'il avait aussi élevé (Cf., Purg. IX, 37-39). Jupiter l'a placé parmi les signes du Zodiaque sous la figure du Sagittaire. Nessus, aux désirs trop violents (64), mourut à cause de la belle Déjanire (68), femme d'Hercule, qu'il avait voulu enlever lorsqu'il fut tué par Hercule. Il sut se venger lui-même (69) en donnant à Déjanire sa robe ensanglantée par le poison de l'hydre de Lerne et en lui affirmant que si Hercule s'en couvrait il lui resterait toujours fidèle. Hercule mit cette robe et mourut dans d'horribles douleurs. — Enfin le bouillant Pholas (72) fut un de ceux qui portèrent les premiers coups, aux noces de Pirithoüs et d'Hippodamie, lorsque Pirithoüs ayant oublié d'inviter Mars, ce dieu se vengea en suscitant les combats des Centaures et des Lapithes.
(p) Le règne d'Alexandre, tyran de Phères en Thessalie (370 av. J.-C.), fut une telle suite de cruaulés et de pirateries, que devenu odieux à tous, il fut mis à mort par sa propre famille (357). — Denys l'Ancien, tyran de Syracuse (405-368), était, il est vrai, soupçonneux et cruel ; cependant il enrichit son pays, battit nombre de fois les Carthaginois et rendit toute son indé. pendance à la Sicile.
CHANT XIII
Septième Cercle. — Les Violents, 11.
Je
ARGuMENT. — Deuxième enceinte : les Violents contre eux-mêmes. — Suicidés et dissipateurs. — Les Harpyes. — Arbres et buissons étranges. — Pierre des Vignes.
Nessus n'avait pas encore regagné l’autre bord lorsque nous entrâmes dans un bois qu'aucun sentier ne coupait.
Pas de vert feuillage, mais de sombres frondaisons ; pas de lisses rameaux, mais des branches noueuses, rugueuses, enchevêtrées ; pas de fruits, mais des épines empoisonnées ;
tel était ce bois, plus inculte et plus épais que ces fourrés, entre la Cecina et Corneto, où tant de sauvages animaux, ennemis des lieux cultivés, trouvent asile !.
C'est là que font leur nid les horribles Harpyes, qui chassèrent les Troyens des Strophades en leur annonçant les malheurs qui les attendaient 2,
Elles ont de grandes ailes, un cou et un visage humains, des griffes aux pieds, et des plumes sur leur large ventre. Perchées sur des arbres étranges, elles poussent d'affreux gémissements.
« Avant d'aller plus loin — me dit mon bon Maître — sache que tu « es dans la seconde enceinte, où tu resteras jusqu'à ce que tu attei- « gnes l’horrible plage sablonneuse :.
« Or, regarde avec attention, car tu vas voir beaucoup de choses « qui te confirmeront mon récit 4. »
14. Entre la Cecina, petite rivière qui se jette dans la mer Tyrrénienne (entre Livourne et Piombino) et Corneto, petite ville comprise naguère dans les États du Pape, se trouvaient des bois épais, véritables maquis de la Maremme toscane où pullulaient daims, chevreuils, sangliers, el. Corneto a été récemment signalée par la découverte de nombreux tombeaux et peintures étrusques.
9. Les Troyens, arrêtés dans les Strophades, îles de la mer lonienne, furent contraints de s'enfuir parce que les Harpyes dévorèrent et souillèrent leurs vivres; et l'une d'elles, Céléno, fit, en s'envolant, de sinistres prédictions à Énée, lesquelles furent ensuite interprétées par Anchise dans un sens favorable (4).
3. Cette plage sablonneuse désigne la 3° enceinte du 7° Cercle, que Dante visite dans le chant suivant.
4. Le spectacle auquel Dante va assister dans cette deuxième enceinte, où il est main-
130 La DiIviNE COMÉDIE ù
Déjà, de toutes parts, j'entendais des plaintes sans voir ceux qui les poussaient : aussi m'arrété- -je tout ému.
Je crois qu'il crut que je croyais que toutes ces voix * sortaient d’entre ces troncs où des gens étaient cachés.
Alors mon maître me dit : « Brise une de ces branches et ton opi- « nion sera détrompée. »
J'étendis donc un peu la main vers un grand buisson et j'y cueillis un rameau.… et le tronc s’écria : « Pourquoi me mutiler ? »
Puis, comme il était tout couvert d'un sang noir, il cria encore : « Pourquoi me déchires-tu? N'as-tu donc aucun sentiment de pitié ?
« Après avoir été des hommes, nous voilà devenus des buissons. « Mais quand même nous serions des âmes de serpents, ta main « devrait ètre moins impitoyable ! »
Semblables au crépitement de l'air qui s'échappe d'un tison de bois vert, allumé par un bout et gémissant de l'autre,
ces paroles, sorties de la branche rompue, et le sang qu'elle versait, me clouërent de surprise et d'’effroi.
« Ame blessée, — répondit mon sage Guide — si, avant de t’appro- « cher, il avait pu ajouter foi à ce qu'il n'a vu que dans mon poème?,
« il n'aurait pas porté la main sur toi; mais le fait était si incroyable « que j'ai dû le pousser à une action dont je suis moi-même affligé.
« Cependant dis lui qui tu fus et il te dédommagera un peu en « défendant ta mémoire dans ce monde où il lui est permis de « remonter. »
Alors l'arbre reprit : « Tes bienveillantes paroles me sont si douces que je ne saurais me taire: souffrez donc que je goûte la consola- « tion de converser un peu.
« C’est moi qui tenais les deux clés du cœur de Frédéric ; et je les « tournais si délicatement, pour ouvrir ainsi que pour fermer,
« que je suis resté presque seul maître de ses secrets. Ce glorieux « office, je l'ai rempli avec tant de fidélité que j'en perdis le sommeil « et la vie ?.
« Mais la courtisane qui jamais ne détourne du palais d’un César « ses yeux effrontés, perte de tous les hommes, vice de toutes les « cours”,
« enflamma tellement tous les esprits contre moi que l'empereur, enfin circonvenu, me devint hostile, et les joyeux honneurs se changèrent en triste deuil.
tenant, va lui confirmer, à la fois la description anticipée de cette 2° enceinte, faite par Virgile dans le ch. XI (40-45), et son récit du liv. Ille de l'Enéide (22-68).
5. Cette phrase bizarre constitue ce que les Italiens appellent un scherzo. C'est un sacrifice rare chez Dante à fous ces faux brillants, dont il faut, dit Boileau, laisser à l'Italie l'éclitante folie. L'Arioste a dit de même : lo credea, e ‘credo, e creder credo il vero. Rol. Fur. IX, oct. 93.
6. Dans le passage de l'Enéide ci-dessus cité, où se trouve l'épisode de Polydore (8)
7. L'âme qui parle ici est celle de Pierre des Vignes, confident intime de Frédéric Il, empereur d'Allemagne. Il avait les deux clés de son cœur pour le rendre favorable ou défavorable (c).