‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 65 sur 314 · Cette courtisane, c'est l’Envie · texte numérisé non relu

Cette courtisane, c'est l’Envie

L'ExFer XIII 131

« Enfin, mon âme, justement indignée, me rendit coupable envers « moi-même, alors que j'étais innocent ° !

< Par les étranges racines de ce bois, je vous le jure {° : je n'ai jamais « trahi mon Maître, si digne d'être honoré!

« Si l’un de vous retourne sur la Terre, qu'il relève donc ma mé. « moire encore terrassée du coup que lui porta l’Envie. »

Après un instant d'attente, le Poète me dit : « Profite de son silence « et hâte-toi de l'interroger si tu désires en apprendre plus long. »

Mais je répondis : « Demande lui plutôt toi-même quelque rensei- « gnement intéressant... car moi je ne puis plus lui parler, tant mon « cœur est ému de pitié! »

« Oui, esprit captif, — dit le Poète en s'adressant au pauvre mutilé « — ce que tu demandes sera loyalement fait par celui qui m'accom- « pagne.

« Mais toi, de ton côté, qu'il te plaise nous expliquer comment « l’âme se lie à ces branches noueuses ; et dis-nous encore — si tu le < peux — si quelque esprit réussit jamais à se dégager de tels mem: « bres. »

Le tronc se mit à souffler fortement, et ce souffle forma les paroles suivantes : « Ma réponse sera brève.

« Dès que l'âme révoltée quitte le corps dont elle s'est elle-même « arrachée, Minos l'envoie dans ce septième Cercle où nous sommes.

« Tombée dans cette forêt, au hasard, sans place désignée, là où le « sort la jette, elle germe comme un grain d'épeautre ti,

« lève une tige et devient une plante sylvestre. Ensuite les Harpyes « se nourrissent de ses feuilles et ouvrent un passage à sa douleur ‘?.

« Lorsque viendra le jour où nous irons avec les autres âmes cher- « cher notre dépouille terrestre 3, ce ne sera pas pour nous en revêtir « — car il ne serait pas juste de nous rendre ce que nous nous sommes « Ôté nous-mêmes —

« mais ce sera pour la traîner ici, dans cette lugubre forêt, où nos « corps seront suspendus, chacun au tronc de son ombre lamentable. »

Tandis que nous restions attentifs à ce que disait cet arbre, croyant qu'il voulait parler encore, tout à coup nous entendimes un bruit

semblable au fracas d'un sanglier chassé par une meute à travers les broussailles.

Et voilà que paraissent, à gauche, deux damnés nus et déchirés qui brisaient, dans la rapidité de leur fuite, tous les obstacles de la forêt.

Le premier criait: « O Mort, accours, mais accours donc ! » et l'autre qui ne pouvait pas courir assez vite : « Lano, tu avais les jambes « moins alertes aux joutes de Toppo ‘{! »

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