‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 67 sur 314 · Le mont Gibel, nom donné à l'Etna par les Siliciens · texte numérisé non relu

Le mont Gibel, nom donné à l'Etna par les Siliciens

7. Phlegra, vallée de Thessalie où l'on place le combat des Géants, frappés par Jupiter avec la foudre forgée par Vulcain dans les forges de l'Etna.

8. Capanée, « l'un des sept contre Thèbes », foudroyé par Jupiter à cause de ses blasphèmes, tomba du haut des murailles (5\. Cf. XXV. 15.

« Il méprisait Dieu, et, comme tu le vois, il le méprise encore, et « ne semble guère demander grâce ! Mais — je le lui ai dit — ses mé- < pris déchirent cruellement son propre cœur, ainsi qu'il le mérite.

« Suis moi maintenant, et prends bien garde de marcher sur le sable « brûlant : maintiens-toi tout contre la forêt. »

Silencieux, nous arrivâmes à un endroit où s’élance, sortant du bois, un petit ruisseau dont la couleur rouge me fait encore frissonner.

Il se jetait dans le sable comme celui qui sort du Bulicame, et que les pécheresses se partagent ensuite ?

Le fond et les deux parois étaient pétrifiés, ainsi que les deux rebords ; d'où je conclus que le passage était là 1°.

« De tout ce que je t'ai montré depuis que nous franchimes la porte « dont l'entrée n'est refusée à personne,

« tu n'as encore rien vu d'aussi remarquable que ce fleuve au-dessus « duquel toute flamme s'éteint. »

Ces paroles de mon Guide ayant vivement excité ma curiosité, je le priai de la satisfaire, et il me dit :

« Ilest au milieu de la mer, un pays, aujourd'hui dévasté, appelé la « Crète. Jadis, un roi y régna sur un monde vertueux {.

« On y trouve une montagne, appelée Ida, autrefois égayée par des « eaux et par une riante verdure, mais à présent déserte et flétrie ‘2.

« Rhéa l'a choisie pour y cacher le berceau de son fils, et sur son « ordre, les nymphes, quand il pleurait, couvraient ses cris de leurs « chants.

« À l'intérieur, se dresse un grand vieillard dont le dos est tourné « vers Damiette, tandis que ses yeux regardent Rome comme son « miroir.

« Sa tèle est d’or fin, ses bras et sa poitrine sont en argent pur et « le bas du buste en airain.

« Enfin, ses jambes et l’un de ses pieds sont entièrement de fer « choisi, seul le pied droit est en terre cuite, et il s'appuie sur celui-ci « plus que sur l’autre #3.

9. Ce Bulicame est une source d'eau sulfureuse bouillante, d'où son nom, située à 9 milles de Viterbe et alimentant d'abord une piscine médicinale, puis un quartier de femmes publiques. Bulicame est aussi le nom commun d'eaux bouillantes naturelles.

10. Virgile lui confirmera cette opinion aux derniers vers de ce chant. Cette pétrification est due à l'action de l'eau sulfureuse et calcaire, dont le protoxyde de calcium produit cet effet.

11. L'île de Crète {auj. Candie) dans la Méditerranée était couverte d'oliviers, de cèdres, de myrthes, de vignes, de blés, mais Dante l'a dit dévasltée à cause des guerres entre les Vénitiens, qui la possédaient et les Génois, qui voulaient sen emparer. Le roi qui y régna sur un monde vertueux, c'est Saturne pendant l'âge d'or mythologique décrit par Hésiode, Ovide, etc.

12. Le Mont Ida (auj. le Psiloriti) ou Rhéa, mère de Jupiter, cacha son fils. Ne pas confondre avec les Monts Ida, près de Troie (c):

Creta Jovis magni medio jacet insula ponto, Mons Idæus ubi, el gentis cunabula nosiræ.

(Enéid. IIF, 104-105.) 13. Ce grand vieillard est Saturne, personnification du Temps, allégorie à la fois complexe et claire, empruntée aux Prophéties de Daniel et appliquée à l'histoire morale des peuples, et à la conception politique et religieuse, tant de fois expliquée par Dante dans plusieurs de ses ouvrages. Cette statue symbolique tourne le dos à Damiette,

L'Enrer XIV 137

« Dans chacune de ces parties, sauf dans celle qui est en or, des « larmes s'égoutent par une fissure et se réunissent en se creusant un « passage vers cette vallée,

« où elles tombent de roche en roche pour former l'Achéron, le « Styx et le Phlégéton ; puis, descendant l’étroit canal de ce dernier « fleuve,

« elles parviennent enfin au fond d’où l’on ne descend pas plus bas, « et y forment le Cocyte. Ce qu'est ce lac, tu le verras ; aussi jenet'en « parle pas !. »

< Mais — observai-je — si ce ruisseau dérive ainsi de notre monde « terrestre, comment ne le voit-on paraître qu'entre ces rives-ci ? »

‘Il me répondit : « Tu sais bien que ce gouffre est circulaire ; or, « quoique tu aies déjà beaucoup marché, descendant toujours à gauche,

« tu n’as pas encore achevé le tour entier de la circonférence. Par « conséquent, un spectacle nouveau ne devrait pas amener sur ton « visage une expression de surprise {. »

« Maitre, — repris-je — où se trouvent le Phlégéton et le Léthé ? De « l’un tu ne dis rien; et l’autre, tu le dis formé par cette pluie de « larmes. »

« Certes, toutes tes questions me plaisent, — répondit-il — mais le bouillonnement dé cette eau rouge devrait répondre à l'une des deux questions que tu m'’adresses !f,

« Quant au Léthé, tu le verras, mais hors de ce gouffre, là où les àmes vont pour se purifier, lorsque le repentir a effacé la faute. | « Mais maintenant, il est temps de s'éloigner du bois. Suis moi avec soin sur ce chemin formé par les bords qui ne sont pas embrasés, « et au-dessus desquels s’éteignent tous les feux #. »

c'est-à-dire l'Orient, premier siège de l'Empire, et regarde Rome, c'est-à-dire l'Occident, où se transporte l'Empire, pour indiquer sa marche de l'Est à l'Ouest. De plus, elle regarde Rome, c'est-à-dire la vraie religion, comme son miroir, éternel ainsi que lui, et tourne le dos à Damiette, c'est-à-dire aux sectes fausses et aux idolätries. En mème lemps, cette statue représente les cinq âges du Monde : l'âge d'or sous Saturne, parfaite félicité ; âge d'argent, sous Jupiter et Vénus, apparition des saisons, qui for. cent à travailler, et des passions ; âge d'airain, sous Mars et le Soleil, époque des guerres et de l'ambition; âge de fer. sous Mercure, règne de la fraude ; âge d'argile, sous la Lune, dernier degré de l'avilissement, cupidité, avarice. Comparez cette succession d'époques, revenant éternellement dans le même ordre. aux sept âges décrits dans le ch. I. 101-196, note 6. De ces cinq époques une seule, la partie d'or, ne fournit point de larmes puisqu'elle est celle de la parfaite félicité (pb).

14. Les larmes, versées par l'humanité pendant les quatre périodes qui succèdent à l'âge d'or, sont la source des fleuves infernaux: l'Achéron, franchi en entrant dans l'Enfer (ch. IIT). le Styx. devant la cité de Dité (ch. VII, le Phlégéton, où sont maintenant les deux poètes, et le Cocyte, lac gelé tout au fond de l'Enfer (ch. XXXI11). Comparez ces larmes avec celles des six yeux de Lucifer (ch. XXXIV, 53-54).

15. Virgile explique que si Dante n'a pas encore vu ce fleuve, bien qu'il coule du haut en bas de l'Enfer, c'est parce que n'ayant pas achevé, dan: sa descente en spirale, la circonférence entière, il se trouve qu'il n'a pas eu jusqu'ici à franchir le point par où passe ce fleuve.

16. Virgile observe que la seule vue de ce fleuve rouge et Louillant aurait dù apprendre à Dante qu'il se trouvait en présence du Phlégéton, puisque ce mot vient du grec srsyi brûler. Quant au Léthé. fleuve de l'oubli des fautes, effacées par le repentir et l'expiation, il se trouve naturellement à la sortie du Purgatoire.

17. Virgile confirme ici, à ia fois, et l'opinion exprimée par Dante (82-84), et ce qu'il lui avait dit lui-même (89-90).

138 La Divine CoMÉDiIE

NOTES COMPLÉMENTAIRES

(A) Dans cette lettre du grand conquérant il est fait mention, en effet, d'une pluie de feu, mais il est ajouté qu'Alexandre, pour conjurer ce danger, ordonna à ses soldats d'y opposer leurs vétements, ce qui ferait supposer que cette pluie de feu n'est qu'une manière allégorique de peindre la brûlante chaleur et le simoun dont on se gare en s'enveloppant dans de grands manteaux : « Jussi aulem mililes suas vestes opponere ignibus. » D'un autre côté, Boccace explique qu'Alexandre ordonna aux cavaliers de s'avancer en troupes serrées en faisant trépigner les chevaux afin de disperser et d'étouffer les vapeurs brûlantes qui s'élevaient des sables du désert. Mais cette glose qui ne s'appuie sur aucun texte, semble une simple paraphrase conjecturale des vers dantesques.

(8) Parmi les sept rois qui assiégèrent Thèbes en Béotie pour rétablir Polynice sur le trône et en chasser son frère Éléocle, Dante ne cite que Capanée, Tydée (Enf. XXXII, 130), Amphiaraüs (XX, 31-89), et Polynice avec Etéocle (XXVI, 5t). Des autres, c'est-à-dire Adraste, Hippomédon, Parthénopée, il ne parle pas. Voy. la Thébaïde de Racine,la Thébaïde, attribuée à Sénèque, les Phéniciennes d'Euripide, l'Antigone de Sophocle et la Thébaïde de Stace, qui appelle Capanée magnanimus ‘ch. Xl).

(c) Rhéa — Cybèle, Bérécinthis ou la Terre — épouse de Saturne, mère de Jupiter, de Junon, de Neptune et de Pluton. Saturne, d'après une convention avec ses frères les Titans, dévorait ses enfants dès qu'ils naissaient; mais Rhéa lui ayant fait avaler une pierre emmaillottée, sauva la vie à Jupiter et le fit élever secrètement sur le Mont Ida, où les Nymphes dansaient, chantaient, frappaient des cymbales et autres instruments bruyants, pour couvrir les cris de l’enfant et empècher que Saturne les entendit.

(p) El ecce slatua grandis.. Hujus statuæ caput ex auro opiimo erat, pectus el brachia de argento... venter el femora ex ære.. tibia aulem ferreæ, pedum quædam pars erat ferrea quædam aulem ficlilis…

Daniel, chap. II, 31-33

Cf. Par. IV, 13-15 ; Ovide, Métam. 1 : Juvénal, Sat. 18.

CHANT XV

Septième Cercle. — Les Violents, IV.

Je

ARGUMENT. — Troisième enceinte, les Violents contre Dieu, II: deuxième groupe, les Violents contre la Nature, I. — Brunetto Latini : ses prédictions sur Florence et sur les malheurs de Dante. — Priscien et François Accurse.

Maintenant nous suivons l’une des berges de pierre, garanties du feu, ainsi que l'eau, par l'ombre épaisse de la vapeur qui s'élève du ruisseau {.

Comme ces digues construites entre Cadsant et Bruges pour protéger les Flamands contre les flots de la mer;

ou comme celles qu'élèvent les Padouans le long de la Brenta, pour défendre leurs bourgs et leurs châteaux, avant les chaleurs qui grossissent la Chiarentana À;

ainsi semblaient disposés ces parapets, moins hauts et moins épais, mais, tels quels, faits par le Maître.

Nous étions déjà si éloignés de la forêt, que si je m'étais retourné, je ne l’aurais plus aperçue à.

Une troupe d'âmes, qui suivaient la berge en s'avançant vers nous, nous regarda, comme on fait le soir à la lueur de la lune nouvelle.

Elles nous fixaient toutes des yeux, ainsi qu’un vieux tailleur qui cligne en cherchant le chas de son aiguille #.

L'une d'elles, m'ayant reconnu, saisit le bord de mon manteau, en s’écriant : « O merveille.l »,

puis leva le bras vers moi. Alors je considérai sa face grillée avec tant d'attention que, malgré ses brûlures, je la reconnus aussi,

et, inclinant mon visage vers le sien, je répondis : « Vous ici, Ser « Brunetto®? »

4, Voy. ch. précéd.

2 La Brenta, qui baigne Padoue et se jette dans l'Adriatique, prenait sa source dans la Chiarentana, partie des Alpes près de Trente. Au printemps, les neiges qui couronnent cette montagne viennent grossir la Brenta et la rendent menaçante. C'est pourquoi ont été construites les digucs de Padoue (4).

3. C'est la forêt qui constitue la 2° enceinte, où sont les violents contre eux-mêmes (ch. XIIL), laquelle entoure la 3°, où sont en ce moment les deux poètes.

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