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NalSsANCE ET ENFANCE DE DANTE (1265-1274).
En 1265, Florence était gouvernée par Guido Novello, seigneur du Casentin, lieutenant de Manfred, bâtard de Frédéric II, qui avait remporté, pour les Gibelins, la victoire du mont Aperlo.
19 La Divine CoMévure
Mais les dissensions devenant de plus en plus violentes parmi les Florentins, Guido fut obligé de <e retirer et de laisser élire à sa place deux frères de l'ordre de Sainte-Marie, Catalano des Catalani (ou des Malrolti) et Loderingo de Andalo, l’un Guelfe, l'autre Gibelin, sur l'impartialité desquels on comptait pour rétablir l'ordre!, C'est à cetle époque orageuse, dans des circonstances contraires à sa famille, que naquit à Florence, le 8 mai 1265, Dante Alighieri?. Au bout de quelques jours, le baptistère de la cathédrale, ce beau Saint-Jean que Dante aimait tant et qu'il a célébré, ouvrait ses portes pour livrer passage à l'enfant prédestiné qui devait apporter lant de gloire à sa patrie, en échange de tant d’ingratitude et de persécutions.
Deux ans après la naissance de Dante, la fortune adverse cessait de poursuivre les Alighieri; leur parti triomphait : les Gibelins élatent bannis, Manfred périssait à Bénévent, Guido Novello était chassé, les Guelfes rentraient à Florence pour la seconde fois, et avec eux le père de Dante, qui ne jouit pas longtemps du bonheur de vivre à son foyer, dans sa patrie, car il mourut bientôt, laissant son jeune fils aux soins de sa femme Donna Bella. Cette femme remarquable sut diriger les premiers pas de son fils vers les études que lui fit suivre avec tant de fruit Prunetlo Latini, professeur célèbre, secrétaire de la république et ami des Alighieri. La famille était dans l’aisance. Elle possédait une maison à Florence el des métairies à Camerata, près de Plaisance; aussi, lorsque plus tard le poète eut été dépouillé de tout ce qu'il avait, dut-il éprouver plus amèrement la perte de ces biens qui avaient rendu sa jeunesse douce et facile dans la ville où il avait « dormi agneau ».
Brunetto Latini devint bientôt le seul guide de Dante qui, orphelin dès l’âge de douze ans (car Donna Bella mourut jeune), lui fut confié par sa famille. Il aime à se rappeler dans ses ouvrages la « chère, douce ct paternelle image, /a cara, buona, imagine paterna) de son maître » lorsqu'il lui enseignait comment on parvient au glorieux port (a glorioso porto), c’est-à-dire à la renommée.
Dante n'avait pas encore neuf ans lorsqu'il connut cette enfant qui frappa tellement son imagination, qu'elle devint, pendant plus de quinze ans, son unique préoccupation et, pendant toute sa vie, la
1. Machiavel, /slorie fiorentine, lib. IT; Enfer, XXIII, 103-108. .
2. Ou plutôt Duranlte Alighieri, car Dante n'est qu'une abréviation de ce nom, mais cette abréviation est consacrée par le poète lui-même, par ses contemporains et par la postérité. Brunetto Latini, maitre de Dante, qui se mélait d'astrologie, lira l'horoscope de son illustre élève et fit remarquer qu'à sa naissance le soleil était dans le 1igne des Gémeaux, constellation consacrée à Apollon, dieu de la poésie. (Enfer, XV, 55-57.)
INFRODUCTION 13
personnification de l'idéal vers lequel tendaient toutes ses pensées. Dans son premier ouvrage, la Vie Nouvelle, sorte de journal dans lequel il a mis ses poésies de jeunesse en les accompagnant de commentaires et en expliquant ce qui les avait inspirées, Dante raconte les premiers temps de cet amour extraordinaire qui s'empara sitôt de son esprit et, tout en se transformant, eut une si grande influence sur sa vie el ses ouvrages, mème après la mort prématurée de sa « noble dame ».
C'est dans une réunion d'amis que Dante rencontra pour la première fois Béatrice. Folco Portinari, noble Florentin et ami des Alighieri, avait, selon sa coutume, réuni chez lui, le 1°" mai, nombreuse compagnie, et surtout beaucoup d'enfants du même âge que sa fille. Dante, alors âgé de neuf ans moins une semaine, ne partagea pas les jeux de ses pelits camarades et fut tout entier captivé par cette enfant « à laquelle, dit-il, beaucoup de personnes, ne sachant comment la désigner, donnèrent le nom de Béatrice ! ».
Sa démarche était pleine de dignité et de modestie ? ; « sa robe était d’une belle couleur rouge, simple et honnète,et la manière dont sa ceinture la retenait convenait à son extrême jeunesse. » Elle entrait dans sa neuvième année. « À partir de ce moment, ajoute Dante, l'amour se rendit maître de mon âme, qui lui fut aussiit fiancée. »
Dante rapporta de cette fêle un souvenir profond, et l'image de Béatrice, incessamment présente à ses yeux, éveilla dans son jeune cœur cet amour étrange et précoce qui occupa dans sa vie une si grande place. L'impression avait été si vive, que, bien qu'il restât longtemps sans revoir la fille de Portinari, sa passion augmenta et s'empara de plus en plus de ses pensées et de ses fécondes médilalions.
Neuf années s'écoulèrent ainsi mais le jeune Dante, malgré son
1. Vila Nuova, parag. 2. — Cette phrase de Dante à fait penser, non sans raison, que Béatrice ne devait pas ètre le nom véritable de la fille de Portinari, mais un surnom donné par ses amis, comme cela se faisait et se fait encore «i souvent à Florence. La Dame de Guido Cavalcanti était appelée Primavera; mais son véritable nom était Giovanna, et par abréviation Vanna (Voy. Vila nuova, parag. 24, sonnet, et les notes de Fralicelli-dans le Canzoniere, p. 108). De mème, Dante appelle souvent Béatrice, Bice. (7bid.) Malheureusement le nom de Béatrice ne nous est pas parvenu comme celui de Primavera.