Asdente, devin de Parme, qui avait été savelier
24. Caïn est pris ici pour la Lune. Dante, suivant la croyance vulgaire, attribue à l'ombre de Caïn, portant sur son dos un fagot d'épines, la cause des taches de la Lune (x). La Lune touche à l'horizon du côté de l'Espagne, c'est-à-dire à l'occident par rapport à l'Italie. L'heure indiquée ici est la première du deuxième jour depuis l'entrée des deux poètes en Enfer. Il y a donc vingt-quatre heures que dure le voyage.
25. La Lune vient d'être pleine. C'est la Lune de Mars. Et comme, après son plein, c'est la deuxième fois qu'elle se couche depuis que les deux poètes sont en route, le jour est déjà levé depuis environ une heure. 1l est donc sept heures du matin, le Samedi Saint 26 mars 1300. Virgile rappelle à Dante que la lumière de la pleine Lune, qui, à défaut de Soleil, l'a éclairé de temps en temps dans la forèt du chant I, ne lui a pas “ era loin de là. Il ne s'est donc passé qu'environ une heure depuis la fin du chant XI.
168 La Divine CoMÉptE
révéla ensuite à Œdipe les horribles mystères de sa vie ; et qui prédit la victoire des Epigones. Ovide raconte (Mel., liv. III, chap. IV) que Tirésias, ayant frappé avec un bâton deux serpents accouplés, fut aussitôt changé en femme, et ne reprit sa première forme qu'après sept automnes et en frappant de nouveau ces mêmes serpents. À cause de cette exceptionnelle expérience, Jupiter et Junon le prirent pour arbitre afin de savoir si les femmes étaient plus sensibles que les hommes à la volupté. Tirésias ayant répondu affirmativement, Junon le rendit aveugle, mais Jupiter lui accorda le don de prédire l'avenir. Tirésias eut, entre autres filles, la prophétesse Manto, que Dante va voir un peu plus loin. On connaît le rôle donné par Sophocle à Tirésias dans Œdipe Roi.
(D) Lucain parle d'Arruns dans la Pharsale (liv. I, v. 579-666). C'est lui et Figulus qu'interrogent les Romains, effrayés par l'approche de César vainqueur. Retiré dans les murs solitaires de Luna, Arruns, doyen des devins, lisait l'avenir dans la direction de la foudre, dans le vol des oiseaux et dans les entrailles des victimes.
(E) Dans le liv. IX de sa description de la Grèce, Pausanias dit que la pierre sur laquelle Manto faisait ses prédictions existait encore de son temps, c'està-dire au deuxième siècle ap. J.-C. Manto vivait au onzième siècle av. J.-C. Après la prise de Thèbes par les Epigones et la mort de Tirésias, qui l'avait prédite, Manto s'enfuit pour se soustraire à Créon ; elle se rend à Delphes, puis erre longtemps en Asie Mineure. Une tradition l'a fait mourir en Italie après avoir eu du fleuve Tiberinus, Ocnus, ou Bianor, fondateur de Mantoue. Cette version suivie par Virgile, l'est aussi par Dante :
Ocnus… Qui muros, natque dedit tibi, Mantua, nomen ; Enéide. X, 198-200.
Dans les Bucoliques, c'est le nom de Bianor que Virgile emploie en appelant Mantoue le tombeau de Bianor :
os namque sepulcrum Incipit adparere Bianoris.
Egl., IX, 59-60
ll est probable qu'Ocnus et Bianor ne font qu'un.
Voy., à propos d'une autre fille de Tirésias, Purg. XXII, 118.
{F) Ce Pinamonte, sachant que la noblesse était détestée par le peuple de Mantoue, conseilla au comte Albert de Casalodi, alors tyran, d'exiler pendant quelque temps dans des châteaux voisins ceux des nobles qui faisaient le plus d'obstacle à ses projets. Cette mesure obtenue rendit très populaire l’insidieux conseiller qui n'eut pas de peine ensuite à se débarrasser du crédule Casalodi. Puis, après avoir saccagé la ville, massacré ou exilé presque toute la noblesse, Pinamonte s’empara du pouvoir qui resta dans sa famille . jusqu'en 1328, époque où commença, avec Louis de Gonzague, vicaire de l'Empire, la grandeur de Mantoue. Dante vivait donc pendant la puissance tyrannique des Buonacossi.
(G) Calchas et Euripyle, devins célèbres dont parle Virgile dans le livre II de l'Enéide :
Suspensi a scitalum oracula Phœbi Miltimus.
Hic [thacus vatem magno Calchanto tumultu Protrahit in medios.
L'EnrEer XX 169
(#) Michel Scott séjourna en France, en Allemagne. Il fut hautement estimé par Frédéric II et, en Angleterre, par Edouard 1°, qui lui confia plusieurs missions. 11 était érudit, linguiste, mathématicien et médecin. Boccace, dans le Décaméron, le dit nécromancien, et ajoute qu'il fut appelé Scott à cause de sa nationalité écossaise (journée VII, nouv. 9).
(1) Guido Bonatti était un protégé du comte de Montefeltro. Il a laissé un ouvrage sur les plantes et sur l’astrologie, imprimé à Venise. Placé dans le campanile de l'église de Forli, il examinait les astres, et leurs indications lui fournissaient les ordres qu'il donnait aux soldats de Montefeltro, lequel, instruit par Bonatti, s'adonna aussi aux prédictions, comme on le verra dans son récit du chant XXVII, 110-111.
(3) Asdente n’était qu'un ignorant savetier de Parme lorsqu'il s’adonna à la divinalion. Il s'appelait Dionigi Benvenuto, et fut surnommé Asdente, c'est-à-dire sans denis par antiphrase, à la manière italienne, parce qu'il en avait de très longues.
(K) En Angleterre on appelle l’espèce de dessin formé par les taches de la lune l’homme dans la lune (the man in the moon). Au II° acte, sc. Ile de la Tempéle se trouve le passage suivant :
CALIBAN N'es-tu pas tombé du ciel ?