‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 86 sur 314 · Les Malebranche, les diables. (Voy. ch. précéd · texte numérisé non relu

Les Malebranche, les diables. (Voy. ch. précéd

cause de cette mésaventure. Néanmoins, il s'élança en criant quand même : je te tiens !

Mais cela ne lui servit guère, car l'aile ne pouvant l'emporter sur la crainte, Giampolo avait déjà plongé lorsque Alichino se trouve contraint de redresser sa poitrine,

comme un faucon se relève vexé et courroucé après avoir manqué un canard que son approche a fait plonger.

Cette maladresse exaspéra tellement Calcabrina qu'il poursuivit Alichino, voulant favoriser la fuite de Giampolo, afin de quereller le démon.

Aussi, dès qu'il eut vu le voleur disparaître, tourna-t-il ses griffe. contre son camarade au-dessus de la poix,

et tous deux, luttant comme des éperviers, adroits et vigoureux. tombèrent au beau milieu du marais bouillant !

La chaleur les fit aussitôt lâcher prise, mais les ailes engluées les empêchant de se relever,

Barbariccia, aussi vexé qu'eux tous, en fit voler quatre au plus vite sur la rive opposée, avec tous leurs harpons.

lis descendirent se placer vis-à-vis les uns des autres et tendirent leurs crocs aux deux empoissés, qui cuisaient déjà dans la croûte.

Nous les laissâmes ainsi tout couverts de poix.

NOTE COMPLÉMENTAIRE

{A) Les détails recueillis sur la vie de ce Michel Zanche sont vagues. On ne s’accorde guère qu'au sujet de sa mort, dont on accuse son successeur, Branca d'Oria, qui le fit empoisonner pendant un repas. Mais épousa-t-i Bianca Lanza, Adelassa, ou une fille du marquis d'Este, Obizzo Vecchio ? Est-ce sa belle-fille — fille de Bianca Lanza — qui épousa un Branca d'Oria, de Gênes ?.. Impossible d’être tout à fait fixé à cet égard. Cependant, au milieu de tant d'obscurités contradictoires, les renseignements suivants semblent caractérisés par plus de vraisemblance : Alasia (ou Adelasia), fille de Mariano III, de Logodoro, veuve de Baldo Il, de Gallura, épousa Enzo, fils naturel de Frédéric II et mourut en 1243 léguant au pape Grégoire IX la judicature de Logodoro, son bien propre. Mais Enzo, créé roi de Sardaigne par son père, s'empara de Logodoro et de Gallura et laissa, jusqu'à sa mort, Michel Zanche administrer ces judicatures en son nom. Enfin, après la mort d Enzo, Zanche épousa Bianca Lanza, mère d'Enzo et, d'accord avec elle, opprima et pressura le pays. (Voy. ch. XXXIII, 134.)

CHANT XXII

Huitième Cercle. — Les Frauduleux, VI.

Je

ARGUMENT. — Sixième fosse, les Hypocrites. — En passant de la cinquième boige à la sixième, les deux poëtes sont poursuivis par des diables furieux. — Terreur de Dante. — Les Frères Godenti: Loderingo et Catalano podestats de Florence. — Caïphe.

Silencieux et sans escorte, nous nous suivions comme font deux frères mineurs.

La rixe de ces deux diables me rappelait la fable d'Esope, lu Grenouiïlle et le Rat,

avec laquelle elle s'appareille d’un bout à l’autre, aussi bien que mo avec Jssa?.

Et comme une pensée en suggère une autre, l'issue de cette fable redoubla ma frayeur,

car je me disais qu'ayant été dupés, raillés et fort maltraités à notre occasion, ils devaient en éprouver un dépit si violent

qu'ils ne manqueraient pas de nous poursuivre avec plus de rage qu'un chien courant un lièvre.

et je sentais se dresser mes cheveux! Attentif derrière mon Guide, je lui dis : « Maître, cachons-nous vite, car j'ai peur des Malebranche,

« et je m'imagine tellement les sentir à nos trousses qu'il me semble les entendre déjà ! »

« Si j'étais un miroir ? — me répondit-il — ton image externe ne se « refléterait pas en moi plus vite que je ne saisis ton image interne.

« En ce moment, tes pensées viennent se confondre avec les miennes,

4. Une grenouille, voulant noyer un rat pour le dévorer, lui proposa de le passer sur son dos jusqu'à l'autre rive. Le rat à peine installé, et la grenouille nageant, un milan fondit sur eux et les dévora tous les deux. Ici, c'est la poix qui remplit le rôle du milan. Cette fable a été seulement attribuée à Esope. La Fontaine l’imite dans le Chat, la Belette et le Petit lapin (1. VII, f. 17°).

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