‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 93 sur 314 · Agnello {ou Angelo) Brunelleschi, voleur florentin · texte numérisé non relu

Agnello {ou Angelo) Brunelleschi, voleur florentin

L'Exrer NXV 191

Pendant les chaleurs caniculaires, en voit parfois un lézard s’élancer d'une haie à l’autre en traversant la route comme un éclair.

Un petit serpent, livide et noir comme grain de poivre, bondit ainsi vers deux autres damnés {°,

piqua l'un d’eux à l'endroit du ventre par où nous tirons notre premier aliment !!, et retomba étendu devant lui.

Immobile et muet, le blessé, raidi sur ses pieds, se mit à bâiller comme saisi par le sommeil ou par la fièvre.

De sa plaie s’échappait une épaisse fumée qui se confondait avec la fumée vomie par le reptile : le damné regardait son bourreau; le serpent regardait sa victime !*.

Ni Lucain, peignant la mort du malheureux Sabellus et de Nasidius, ni Ovide, métamorphosant Cadmus en serpent et Aréthuse en fontaine ‘3,

n'atteignent dans leurs vers l'étrangeté de mon récit, car ni l’un ni l’autre

n'opère le rapide échange de deux natures dont chacune emprunte à l’autre ses nouvelles formes.

Ces formes se confondirent d'abord exactement, pour se séparer aussitôt, et composer un homme avec le serpent, un serpent avec l’homme.

L'aspect de l’un devint l'aspect de l'autre, et réciproquement : la queue de l’animal se divisa en fourche, tandis que les jambes du blessé s’unifiaient,

et perdaient toute trace de l'articulation du genou. Chez l’un, la peau s’amollit ; elle se durcit chez l’autre. ;

Les bras s'enfoncèrent sous les aisselles et se raccourcirent en proportion de l'allongement des pattes de devant du serpent.

Enfin, en même temps que les griffes de derrière se tordaient l'une avec l’autre pour former chez l’homme le membre que l'on cache, ce même membre formait chez le reptile les griffes de derrière.

La fumée qui les enveloppait changea la couleur de leur peau, faisant sur l’une pousser des poils et les arrachant sur l’autre.

Le premier se dressa sur ses pieds nouveaux, le second s'effondra

10. Ces deux nouveaux damnés étaient en compagnie des trois premiers avant l'arrivée de Dante (35). Ce sont, d'abord les trois premiers : Guerruccio (ou Guercio\ Cavalcanti, Agdolo Brunelleschi et Puccio Sciancato Galigai ; les deux autres : Buoso Donati (ou Abati) (Voy. En/., XXXII, 79-81) et Cianfa Donati. Tous cinq étaient de Florence et connus comme voleurs des deniers publics, ainsi que Dante le dira dans le chant suivant.

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