Quid, Agenore nale, perempltum
Serpenlem spectas ? Et tu spectabere serpens !.…
Ovid. Met., IIT, 97-98.
13. Sabellus et Nasidius, soldats de l'armée de Caton piqués par des serpents et dont Lucain raconte la mort dans le 9° liv. de la Pharsale. Pour Sabellus, voy. ch. précéd., 100-102. Quant à Nasidius, c'est la piqûre d'un prester qui le fait enfler tellement que sa peau crève. ‘Pharsale, 1X, 761-782. Ovide, Métam, III, 97-98 et V, 576-639) (c).
12 La Divixe CoEbiE
gisant sur le sol, cependant que de leurs yeux impies ils ne cessaient de contempler leur mutuelle transformation.
Le visage humain s'étira vers les tempes, et l'excédant forma les oreilles, qui sortirent des joues élargies,
ainsi que le nez et les lèvres, qui se projetèrent du milieu de la face.
La tête de la bète rampante chassa le nez en pointe et rentra les oreilles dans sa tête comme le limacon ses cornes.
La langue de l’un, de simple qu'elle était et faite pour parler, se subdivisa en un double dard, tandis que l'autre devenait simple.
La fumée cessa ; l'âme devenue bète s'enfuit en sifflant à travers la vallée, et l’autre la suivit en crachant sa colère.
Mais bientôt, lui tournant ses épaules nouvelles, il dit au troisième damné : « Je veux que Buoso coure à quatre pattes par ce sentier, « comme moi il n'y a qu'un instant '{. » ;
Telles furent les métamorphoses auxquelles j'ai assisté dans cette septième sentine. Un si étrange et si nouveau spectacle servira d'excuse aux licences de ma plume.
Mais malgré le trouble et l’'étonnement causés à ma vue et à mon esprit par ces deux damnés, ils ne purent en s'enfuyant me dissimuler leur personnalité ;
car je les reconnus fort bien : l’un — le seul des trois qui n'avait pas été métamorphosé — était Puccio Sciancato ;
l’autre était la cause des larmes de Gaville #.
NOTES COMPLÉMENTAIRES
(A) Villani raconte que sur le rocher de Carmignano se trouvait une tour levée au sommet de laquelle on avait sculpté deux bras en marbre, dont les mains faisaient la figue à Florence. Les Filorentins détruisirent cet injurieux monument en 1228. L'origine de l'expression faire la figue remonte à Frédéric Barberousse. Les Milanais assiégés avaient promené ignominieusement l'effigie de sa femme Béatrice sur une mule. Pour se venger il fit attacher des figues sous le ventre d'une mule et obligea, sous peine de mort, tous les Milanais ses captifs à retirer une de ces figues avec les dents.
Plusieurs se sont trouvés qui, d'écharpe changant, Aux dangers, ainsi qu'elle, ont souvent fait la figue, Le sage dit, suivant les gens :
Vive le Roi ! Vive la ligue!
(La Fontaine : {a Chauve-souris el les deux Beleites, fabl. V, liv.Il.)
44. Le damné Guercio, qui vient d'être changé de serpent en homme, tourne le dos à Agnelo, qui vient d'être changé d'homme en serpent, et s'adressant à Puccio le seul des trois qui n'ait encore ét métamorphosé, lui dit, en le nommant, qu'il veut, par jalousie, lui infliger à son tour la forme du serpent à quatre pattes.
15. Ce Puccio Sciancato était un voleur de moindre envergure car il n'a point laissé d'autre trace de ses méfaits que ces vers de Dante. Quant à celui qui fut cause des larmes de Gaville, c'est Francesco Guercio Cavalcanti, voleur florentin, tué à Gaville, bourg du Valdarno supérieur, et que des Florentins, ses amis, vengèrent en ravageant le pays. |
L'Enrer XXV 193
Vovez aussi tout le chapitre de Pantlagruel (XLV) consacré à l'ile des Papetigues, et les deux chap. suiv., d'où La Fontaine a tiré son conte le Diable de Papefiguière, mais en restant bien inférieur à son modèle.
(8) C'est par suite d'une mauvaise interprétation de Virgile que Dante fait de Cacus un monstre moitié homme et moilié animal, et c'est de sa propre autorité qu'il nous le présente sous la forme d'un Centaure. Dans la fable, Cacus est un demi-dieu géant.
(c) Cadmus, fils d'Agénor, roi de Phénicie, fondateur de Cadmée, plus tard citadelle de Thèbes, fut dans sa vieillesse changé en serpent (voy. 91-92.) Aréthuse, nymphe de Diane, en Elide, pour échapper aux poursuites du fleuve Alphée, s'enfuit en Sicile et y fut changée en source dans l'ile d'Ortygie, près de Syracuse.
Hic spelunca fuit, vasto submota reccssu, Semilhominis Caci facies quam dira tenebat, Solis inaccessam radiis. .
{uic monstro Vulcanus erat pater ; illius atros Ore voinens ignes.…
Enéide, VIII, 193-195 ; 198-199.
En traduisant semilhominis par monstre moitié homme, moitié bête, Dante s'est trompé. Par ce mot, Virgile a seulement voulu dire que Cacus n'était qu'à moilié un homme à cause de la vie bestiale qu'il menait. Dante a commis ainsi quelques contresens qui prouvent — ce qui n'a rien d'étonnant à cette époque — qu'il était plus ferré sur la basse latinité que sur le latin des grands classiques.(Voy. Purg., XXII, 40-41.)
CHANT XXVI
Huitième Cercle. — Les Frauduleux, IX.
ske
ARGUMENT. — Huitième fosse, les Mauvais Conseillers, I. — Célèbre prosopopée à l'adresse de Florence. — Ulysse et Diomède.— Récit d'Ulysse : sa mort diffère de celle prédite par Homère dans l'Odyssée.
Réjouis-toi, Florence ! La grandeur de tes ailes plane sur les mers et sur les continents, et ta renommée se répand jusqu'au fond de l'Enfer !
Parmi les voleurs j'ai trouvé cinq de tes citoyens ! ! J'en ai honte, et tu n'as guère à t'en glorifier !
Si les songes du matin disent vrai ?, tu éprouveras avant peu ce qu'on te souhaite à Prato cet ailleurs;
et puisque les catastrophes qui t’attendent, et que tu mérites depuis si longtemps, sont inévitables, qu’elles se produisent donc à mon appel, car plus elles tarderont, plus je serai cruellement frappé.
Nous partimes. Mon Guide remonta par ces bornes de murailles à l'aide desquelles nous étions descendus, et me tira après lui.
Sur cette route solitaire, à travers les aspérités rocheuses, on ne parvenail à se dégager le pied qu’en s'aidant de la main «.
Ce que je vis alors m'affligea tant, et m'afflige encore tant lorsque j'y pense, que plus que de coutume je tiens la bride à mon esprit pour qu'il ne s'éloigne plus du sentier de la vertu *,
car puisque une étoile favorable 6, ou quelque Puissance meilleure
1. Cianfa, Agnelo, Buoso, Puccio et Guercio. (Voy. Ch. précéd.) 2. Namque sub aurora jam dormitante lucerna, Tempore quo cerni somnia vera solent.
Ovide, Mét., 5. (Voy. Purg., 1X, 16-18, note c.)
3. Prato, comme toutes les républiques voisines de Florence, jalousait sa splendeur (a).
4. Les deux poètes remontent la paroi rocheuse, au moyen des mêmes pierres, en saillie, par lesquelles ils étaient descendus, (Voy. XXIV, 73, 79-80.)
8. L'exemple des Mauvais Conseillers mel en garde contre le danger d'un mauvais emploi d'intelligence.
6. Cette étoile, c'estla constellation des Gémeaux, signe du Zodiaque sous lequel Dante est né, et qui passait pour favorable surtout aux poètes. La puissance meilleure encore, c'est la Gräce divine. (Voy. Par., XXII, 100-193).
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encore, m'a donné le Bien, je ne veux pasle perdre par ma propre faute.
À l'époque où le flambeau du monde reste caché le moins longtemps, et à l'heure où les mouches sont remplacées par les cousins,
les paysans, assis sur le coteau, voient des milliers de lucioles voltiger dans la vallée sur leurs vendanges et leurs labours.
Aussi nombreuses m’apparurent — dès que j’arrivai en vue du fond — des milliers de flammes qui remplissaient de leurs feux la huitième bolge tout entière.
Lorsque le char d’Elie fut enlevé vers le ciel par ses chevaux cabrés?, le prophète, qui se fit venger par des ours #,
ne put le suivre distinctement des yeux, et ne vit qu'une flamme flottant dans l'infini comme un léger nuage.
De même, par l'ouverture de la fosse, je voyais ces flammes s'agiter; mais non le pécheur qu'elles nous dérobaient.
Penché sur le bord du pont, je serais tombé, sans qu'on m'eût poussé, si je ne m'étais retenu à une pierre en saillie.
Me voyant si attentif, le Guide me dit : « Chacune de ces flammes € cache un damné qu'elle brûle. »
< Maître chéri, — répondis-je — tu confirmes ce dont je me doutais, < et j'allais te demander
« quel esprit habite celle qui vient vers nous, et dont le sommet « divisé semble brûler sur le bûcher d'Etéocle et de son frère ? ? »
« Elle torture — me répondit-il — Ulysse et Diomède, emportés « dans un même châtiment comme ils le furent par une même haine.
« Dans cette flamme s'expie, et le piège du cheval qui ouvrit la porte « d'où sortit la noble semence des Romains !* ;
« et l’artifice qui fait que Déidamie, même après sa mort, pleure « encore Achille ‘t; et le rapt du Palladium #.»
« Si du milieu de ces étincelles il leùr est possible de parler, Maître, « instamment je t'en prie et supplie, — puisse ma prière en valoir « mille ! —
« ne me refuse pas d'attendre l'approche de cette flamme double : « vois, le désir me penche déjà vers elle ! »
« Ta prière est trop louable pour être repoussée ; maïs, retiens ta < langue, et laisse moi parler,
7. Le prophète Elie (vers 900 av. J.-C.) enlevé au ciel dans un char de feu devant son successeur Elysée (11 Rois, 11, 23-24).
8. Le prophète Elysée, successeur d'Elie, montant de Jéricho à Béthel, en Palestine, et ayant été insulté par de jeunes garçons qui se moquèrent de lui en lui criant: ascende, calve! les maudit. Alors deux ours sortis de la forêt déchirèrent quarantedeux de ces jeunes gens (II Rois, Il, 23-24).