‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 96 sur 314 · Cette première strophe a son explication ci-après · texte numérisé non relu

Cette première strophe a son explication ci-après

2. Phalaris, tyran d'Agrigente, en Sicile (566-534), avait commandé à Périllo d'Athènes un taureau de bronze pour y enfermer ses victimes el les y brûler. La première expèrience de ce supplice fut faite aux dépens de Périllo qui y fut mis à mort...

3. En lombard. c'est-à-dire que Virgile vient d'employer un terme essentiellement lombard issa, ce qui l'a fait reconnaitre. Le damné à son tour emploie le terme mo,mais Viruile qui le connait, le sait latin et non lombard, aussi va-t-il dire à Dante, qui est atin, de lui parler à sa place.(Voy. au sujet de mo et issa, Ch. XXDE,7, note 4.) Ce damnét nous apprend ainsi qu'à la suite du récit d'Ulysse, qui termine le Ch. précéd., Virgile a dit à Ulysse la phrase soulisnée répétée ici, que Dante n'avait pas jugé utile de rapporter, et qui contient le lerme lombard — mû— dont a été frappée l'oreille de ce damne.

L'Exrer NNVII 201

« Si, de la douce terre latine, où j'ai commis tout mon crime, lu « viens seulement de tomber dans ce monde aveugle,

« dis moi : les Romagnols ont-ils la paix ou la guerre ? Je suis des « monts situés entre Urbin et le sommet d'où sort le Tibre. »

J'étais resté attentif et penché lorsque mon Guide me toucha au côté en disant : « Parle, toi : celui-ci est latin *. »

Et moi, dont la réponse était toute prête, je lui dis aussitôt : « Aime «< en ce feu cachée,

« ta Romagne n'est pas et ne fut jamais sans guerre dans le cœur

de ses tyrans ; cependant quand je la quittai je n’en laissai aucune « ouverte.

« Ravenne est telle qu'elle a été depuis nombre d'années : l'aigle de « Polenta la couve, en étendant ses ailes sur Cervie 6.

« La cité qui jadis soutint une si longue épreuve et fit un si san- < glant monceau de Français, est encore entre les griffes vertes ? ;

« et le vieux et le jeune mâtins de Verucchio, si cruels envers Mon- « tagna, enfoncent leurs crocs où ils ont coutume de le faire“.

« Le lionceau au nid blanc, qui d'hiver en été change de parti, gou- « verne les villes qu'arrosent le Lamone et le Santerno *.

< Quant à la ville dont le Savio baigne le flanc, entre la plaine el la « montagne, elle est de mème entre la tyrannic et la liberté !°.

« Maintenant, dis moi, je te prie, qui tu es ; ne sois pas plus dur que « d'autres n’ont été... et puisses-tu avoir bonne renommée dans le « monde. » |

Ce feu reprit son murmure accoutumé, puis sa pointe se remit à vibrer, et émit ce souffle :

« Si je pensais répondre à quelqu'un qui doive jamais retourner

4. Terre latine. Au-dessus du Pô ce sont les Lombards, au-dessous les Latins. L'endroit désigné ici est Montefeltro, château des ducs d'Urbin,

5. Celui-ci est latin. Ici, ce n'est pas par opposition avec Lombard que Virgile appelle ce damné un Latin, mais c'est parce qu'il n'est pas Grec comme Ulysse, el qu'alors Dante peut s'entretenir avec lui en italien. (Voy. Ch. précéd., v. 7475.)

6. Ravenne, ainsi que Cervie, sur le Savio (Etats de l'Erlise N.), appartenaient alors aux Polenta. Guido Novello de Polenta (père de Françoise de Rimini, voy. Ch. V, 97- 99, note c) gouverna le premier Ravenne (1275-1322). Les Polenta portaient parti d'or el d'azur à l'A1GLE de yueule el d'argent.

7. Cette cilé est Forli (États de l'Eglise, N.) au sud de Ravenne et de Cervie. Elle appartenait aux Ordelassi qui portaient coupé d'or, face d'or et de sinople, de six pièces, au LION rampunl de sinople (VERT). Le pape Martin IV ayant appelé à son aide des troupes françaises, Forli soutint un long siège, très meurtrier pour les Français.

8. Malatesta, le père, et Malatestino, son fils, seigneurs de Rimini, reçurent ce nom de Verucchio, à cause d'un chäteau ainsi appelé qui fut donné à leur famille par les Riminiens. Dante les désigne sous le sobriquet de matins parce qu'ils tyrannisèrent leurs sujets, entre autres Montagna de Parcitadi, chef des Gibelins, qu'ils firent mourir en prison. Il est reparlé de Malatestino dans le chant suivant, 85.

9. Le lioncean au nid blanc, c'est Mainardo Pazgani, qui portait d'argent (BLANC) au Lion d'azur. Il gouvernait Faenza, sur le Lamone, en Romayne au midi télé), où il était gibelin, et Imola, sur le Santerno, en Toscane, au nord (hiver), où il était guelfe. (Voy. Purg., XIV, 118-120.) C'était un ennemi des Papes. On l'avait surnommé le Diable.

10. Ii s'agit de Césène, ville située au sud de Cervie et baignée par le Savio qui se jette dans l'\driatique, prés de cette dernière ville. À l'ouest de Césène on voit les Apennins, et à l'Est la plaine. A l'époque où Dante écrivait ces vers, la situation politique de Césène était indécise. La montagne symbolise la liberté et la plaine la scrvitude, comme dans l'allégorie du premier chant.

20? LA DivixE COMÉDIE

« dans le monde, cette flamme que j'agite resterait désormais immobile.

« Mais, si l’on m'a dit vrai, comme jamais personne ne sort vivant « de ce gouffre, je te répondrai, puisque je n'ai pas à craindre de « nuire à ma mémoire ti.

« J'étais homme d'armes; mais je me fis cordelier croyant assurer « ainsi mon salut ; et j y aurais pleinement réussi,

< sans ce Grand-Prêtre (à qui mal en prenne!) qui m'a ramené à mes « premières fautes!?; et je veux que tusaches le comment et le pourquoi.

« Revêtu de l'enveloppe d'os et de chair que ma mère me donna, « j'ai agi, non en lion, mais en renard.

« Toutes les ruses, toutes les voies couvertes me devinrent fami- « lières et je devins si habile en l'art de tromper que ma réputation « s'en répandit jusqu’au bout de la terre.

« Maïs, parvenu à l'âge où chacun devrait amener les voiles et ras- « sembler les cordages ‘à,

« ce qui m'avait plu jusque là, me déplut : je me repentis et me « confessai... Hélas ! pauvre malheureux, j'aurais pu être sauvé!

« Le prince des nouveaux pharisiens était en guerre, près de Latran « même, non pas avec Sarrasins ni Juifs,

« ni assiégeants de Saint-Jean-d'Acre, ni marchands au pays du « Sultan, mais avec des chrétiens, tous étant des ennemis {4,

« Sans égard pour son poste suprême, ni pour ses ordres sacrés, ni « pour la corde dont j'étais ceint — et qui fait maigrir ceux qui la « portent —;

« de même que Constantin vint prier Sylvestre #, dans sa caverne « de Siratti, de le guérir de sa lèpre, ainsi vint ce pontife me prier « d'être son conseil,

« et de le guérir de sa fièvre d'orgueil. Je commençai par ne pas « lui répondre, car ses paroles me semblèrent d'un fou.

« Mais : rassure-toi — me dit-il — car je t'absous d'avance ; et tu le « sais, je puis fermer et ouvrir le ciel

« avec les deux clés auxquelles mon prédécesseur ne tenait guère !*. « Apprends moi donc comment renverser Penestrino ‘?.

11. Comme on le voit, Dante profite ici de l'erreur de ce damné pour surprendre ses confidences, en vertu de ce principe qu'il est louable de tromper un maudit, surtout quand ce maudit est puni pour avoir trompé.

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