HISTORIQUE
De tout temps, la femme a dû se livrer à des opérations commerciales. Hérodote raconte que, dans l’ancienne Egypte, certaines professions commerciales étaient exclusivement réservées aux femmes. Aux premiers temps de Rome, quoique le commerce y fût peu développé, il y a des petits commerçants sur le Forum (1), Numa établit huit collèges d'artisans, et les textes littéraires et épigraphiques nous ont conservé le souvenir de marchés réguliers dont l’origine paraît fort ancienne (2). Il est probable que des femmes, et même des femmes mariées, devaient se trouver parmi eux. Mais rien dans la législation, ni dansles récits
de cette époque qui nous sont parvenus, ne nous permet de
1. Par exemple celui chez lequel Virginius acheta le couteau avec lequel il tua sa fille.
2. Tous les 9 jours se tenaient des nundinæ où l’on faisait de nombreuses affaires. À certaines dates, il y avait de grandes foires (mercatus). Les réunions solennelles de la ligue latine donnaient lieu tous les ans, le 13 août, à des marchés considérables au temple de Diane près du mont Aventin. Daremberg, Dict. des antiquités grecques et
romaines, Mercatura.
dire avec quelque certitude si des règles spéciales étaient appliquées dans ce cas. |
Lorsque, plus tard, à la suite de l’augmentation de la puissance et de la richesse romaines, le commerce se développa, il fut toujours considéré comme une profession peu honorable et presque exclusivement réservée aux affranchis. Les femmes ne l’exerçaient qu'occasionnellement. Qu'il y eut des femmes commerçantes, cela est certain et quelques textes du Corpus confirment cette opinion. Seul le commerce bancaire leur était interdit : fæminæ remotæ videntur ab officio argentarii cum ea opera virilis sit (1). Paul étudie le cas d’un testament fait par une femme € negociatrix » (2) cum testatrixæ negociatrix fuerit. Parvi autem refert, dit Ulpien (3), qui exercet masculus sit an multer, et, dans le code, on donne üne action exerctloria contre une femme armateur (4). Que cette femme pût être mariée rien ne s'y opposait mais, en fait, les Romains voyaient d’un très mauvais œil la femme qui se livrait au commerce, pour eux elle sortait de son rôle et la femme préposée aux {abernæ était assimilée aux prostituées avec lesquelles il n’y avait pas d’adultère. Il est donc impossible d'étudier d'une manière un peu précise le rôle et la capacité particulière de la femme mariée commerçante dans la société romaine,
Jusqu'au xm° siècle, une pareille obscurité existe sur cette question en France. Certes, il devait y avoir beaucoup
de femmes même mariées, qui faisaient du commerce. En
(MD /Al ro es D'XKXIM, 2; 30270
SDIXIV 6,07:
A. C. IV, 25, 4 et si a muliere magister novis præposilus fuerit ex contraclibus ejus ea exercitoria actione similitudinem institoricæ tenetur,
effet, par la force même des choses, la femme a dû s'approprier l’exercice de certains métiers. Mais aucun texte ne fait allusion à leur capacité. Il est probable que ce silence est surtout dû à ce fait que le commerce était encore peu important. Les échanges ne se faisaient que dans les villes et ils ne portaient que sur des objets d’usage courant et de peu de valeur, de plus, les femmes ne faisaient partie d’aucune des corporations qui s'étaient formées et le besoin d'une législation spéciale ne s'était pas encore fait sentir. Pourtant, déjà, certaines allusions peuvent être relevées dans quelques auteurs, desquelles il résulte que le travail féminin libre commençait à exister. C'est ainsi que les femmes des tenanciers de Fueden avaient le droit de fabriquer et de vendre des chemises moyennant un prélèvement d'un douzième au profit de l’abbaye (7).
Aussi est-il très explicable que, lors des rédactions des coutumes, toutes, à de très rares exceptions près, aient contenu des dispositions spéciales à la femme mariée commerçante afin de lui permettre de continuer son commerce
sans être trop gênée par l'autorité maritale.
1. Prolego du Polyptique de l’abbé Irminin, p.453 de Guérard.
SECTION I
La femme mariée commerçante dans les pays de coutume.