‹ La gastronomie (volume 2)Chapitre 10 sur 28 · BU CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

BU CHANT PREMIER

Qu'un rival de Virgile , nmonreux des campagne*,

à l’Honime des Champs aplanir des moutngnes , E: rinstruise dans l’nrt de jouer aux échecs ;

Ecur moi de tels sujets sont arides et secs.

*' E re pense pas que quelques jilaisanteries , quelques allusions rcpamiiies «laiis ce poënie , puissent faire croire que j’aie eu le dessein d’attaquer l’auteur de V Homme des Champs ; il ne conviendrait pas de clienher .'i jeter du ridicule sur cette jtroduction d’un lioninic célèbre , dont je suis le sincère admirateur. Je n’, i eu tl’aiiti e dessein que celui d’égayer un peu mes amis. Si le public sourit un instant , comme eux,

NOTES

à la Gastronomie , j’aurai obtenu tout le succès que j’ai pu désirer.

Qu’ila soient clignes de toi comme de Vunivers.

On sent bien que ce dernier hémistiche est trop beau pour qu’il puisse m’appartenir ; aussi l’ai - je dérobé tout entier à Auguste , qui dit positivement dans la tragédie de Cinna : Je suis maître de moi comme de V univers. J'ai commis une grande faute : im hémistiche devrait être une propriété aussi sacrée qu’une maison patrimoniale-, mais la littérature en est aujourd’hui à ce point, qu’on y est réduit à r'ar- Tacher Les morceaux.

Ils se raisaîent lioniieur de celle sauce élrange,

De vinaigre et de scl détestable mélange*

Le savant Meursius , par les conjectures tirée* à' Athénée , croit que ce brouct était composé de

DU CIIAINT I. 9^

chair (le porc, de viiiaij>re et de sel. Je m'en suis

rapporté à Meuisius.

4 PAGE 24, VERS iC.

Il m«inquo à ce ragoût un assafsonnement.

— Kb ! d’où vient avcz-V'oui m'^Ugé de l’y mettre — Il y manque, seigneur, .si vous voulez permettre,

Les préparations que vous n'emploîrez pas,

L’exercice et sur-tout les hoias de l’Eurotûs.

Ce trait est rapporté par Cicéron dans les Q ues~ lions tiisculancs.

Dirai- je les auteurs de rcs rares écrits ?

Dirai je ÛlifŒCUs, Actidès, l’iiiloxènt* é

Lisez le Voyage du jeune Anacharsis , à l’article des repas des Atliéniens.

c PAGE 2(5, VERS 3.

Archestrate sur-tout , porte cuisinier.

Qui Tut clans son pays ceint d’un dotible laurier.. .

Voici ce qui est dit d’Arcliestrate , d’après née , liv. 5 :

<■ Il est l’auteur d’un i)oëmc intitulé ; la Gasira-

94 NOTES

nomie. Cet auteur fut l’ami d’un des fds de Périclès; Il avait parcouru les terres et les mers pour connaître par lui-même ce qu’elles produisent de meilleur. Il s’instruisait dans ses voyages, non des mœurs des j)euples, dont il est inutile de s’instruire, puisqu’il est impossible de les changer, mais il entrait dans les laboratoires où se préparent les délices de la table , et il n’eut de commerce qu’avec les hommes utiles à ses plaisirs. Son poëme est un trésor de lumière , et ne contient pas un vers qui ne soit un précepte. C’est dans cette école que plusieurs cuisiniers ont puisé les principes d’un art quilesà rendus immortels. »

Je chante , comme lui, la cuisine , la table.

C’est un grand malheur que la Gastronomie d’Archestratc ne soit jias venue jusqu’à nous. Je ne sais si la mienne pourra réparer cette perte.

DU CHANT I

Thranon brilla d:in® les piVei sur-tout;

Sous ses loigts (1^1'cats les farines pétries Sortirent en l'eîgneta, en gauHres, en oublies.

Lisez , à ce sujet , je vous prie , P/u/« i/r. Gor. , t. J , p. ii5.

La grâce , l’industrie et la délicatesse ■Prcsi'lèrent alors aux fesriiiMl- I i Grèce.

On y nommait un ro: : scs lornmés sujets Osaien: bien rarement enfreia lre ses décrets.

Anciennement , dit Plutarque , on créait un chef, un léoislateur , un roi de la table. Ce roi donnait, en effet, des lois, et prescrivait, sous certaines peines , ce que chacun devait faire, soit de boire , de manger , de chanter, de haranguer ou de réjouir la compagnie par quelque talent Cicéron dit q<ie Verrès, qui avait foulé aux pieds toutes les lois du peuple romain , oliéissait ponctuellement aux lois lie la table. Iste enini inetorsevenis ac diligens , qui

NOTES

yopuli romani Icgibus nunquam pnruissct , iis diligenter legibus parebat quæ in poculis ponebantur.

Je ne rois point en lui le vainqueur de Ttgrane, Mais l'iliustce gourmand du salou de Diane.

On sait que Liiculliis avait plusieurs salons, à chacun desquels il donna le nom d’une divinité, et ce nom était, pour son maitre-d’hôtel , le signal de la dépense qu’il voulait faire. Cicéron et Pompée l’ayant surpris un jour, il dit seulement qu’il souperait dans le salon d’Apollon ; et on leur servit un repas qui coûta vingt-cinq mille livres. On faisait aussi très-grande chère dans le salon de Diane.

Qu’importe en Lucullus le géni^ra! d’armée ?

11 doit h ses soupers toute sa rcuomnu'e.

Corneille a dit:

Je ne dois iju’à moi seul toute m.t renommée.

DU CHANT I

PAGE 29, VERS l5.

A l’art (le la cuisine elles furent soumises,

L't l’Europe lui doit les premières cerises*. ..

Ce lut eflectivenient Luculliis f]ui apporta du royame de Pont les premiers cerisiers qu’on ait vus on Europe,

PA.GE 3o , VERS 1 1.

A plusieurs plats nouveaux d’un goût très-recherché ,

Le nom d’Apîcius fut long-temps attaché \

Il fit secte , et l’on sait qu'il s’émut des querelles Sur les Apîciens et leurs sauces nouvelles.

Voici ce que l’iiistoire rapporte d’Apicius:

« Apicius, qui vivait tlu temps de Trajan , avait trouvé le secret de conserver les huîtres fraîches. Il en envoya d’Italie à ce prince, pendant qu’il était au pays des Partîtes, et elles étaient encore trèssaines quand elles arrivèrent. Ainsi le nom d’Apicius , lonf<-tcmps all'efté à plusieurs ragoûts , lit une espèce de secte parmi les gourmands de Rome. Il dépensa , àcomposcr îles sauces , un million cinq cent mille livres; et trouvant , par la révision descscomp-

NOTES

Jes, ne lui resl ait plus que soixante mille écus , ils’cuipoisoima , dans la crainte de mourir de laiin. »

'4 PAGE 3i, vEns i3.

Claude, faiWe h(?rltierdu pouvoir des Nerons,

Ptôleruità la gloire uu plat de cliampigiions.

L’empereur Claude avait une très-prande prédilection pour les cliamjjiiinons ; il en lut empoisonné par Agrippine , sa nièce et sa quatrième leiiime; mais comme ce poison le rendit simplement malade , elle envoya chercher Xénophon , son médecin , qui , feignant de lui donner un de ces vomitifs dont il se servait ordinairement après ses débauches, lui fit passer une plume empoisonnée dans la gorge.

....Néron avait coutume d’ap]ieler les champignons le ragoût des dieux , parre que Claude , son prédécesseur, en ayant été empoisonné, fut mis après sa mort au rang tics dieux.

PAGE 3i , VERS 17.

Caligula Ct faire un lepa* sans eguî Pour son lucitntus , Irô'-illuslre cheval.

Le cheval île Caligula, nommé Jneitatus, fut

DU CHANT 1

Iraité comme les »raTuIs hommes l’étaient du temps de la république. Caligiila le nomma pontife , et voulait le faire consul. Il lui fit faire une écurie lie mar • bre , une auge d’ivoire , une couverture de pourpre , et un collier de perles. Ce cheval , digne convive de Caligula , mangeait à sa table. L’empereur luimême lui servait de l’orge tloré , et lui préseuiait du rin dans une coupe d’or où il avait bu le premier.

*t> PAGE Sa, VERS i3.

Le sénat mit aux voix cette alfuire importante ,

Et le turJjol lut mis à la sauce pdjiianie.

La sauce piquarite est ici une fiction poétique. Voici comment cela s’est passé :

le Uomitien convoqua un jour le sénat pour savoir en quel vase on cuirait un turbot moustrueux dont on lui avait fait présent. Les sénateurs examinèrent gravement cette affaire. Comme U ne se trouva point de vase assez grand , on propo.sa de couper le jjoisïon par morceaux ; cet avis fut rejeté. Ajirès bioi «les délibérations, on déciila qu’il lallait construire 1111 vase exprès ; et il lut réglé que quand l’empereur

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NOTES

irait à la j’uerre , il aurait toujours à sa suite un grand nombre de potiers de terre. Ce qu’il y a de plus plaisant , c’est qu’un sénateur aveugle ])arut extasié à la vue du turbot, et ne cessa d’en faire l’éloge, en fixant les yeux du côté où le poisson n’était pas. >•>

*7 PAGE 02, vEus 17.

Je pourrais compulser d’iunombrûbles chroniques.

X.e lecteur sera bien aise de trouver ici quelques détails qui auraient passé les bornes d’un poëme , et j qui compléteront ce qui nous reste à dire de la cuisine des anciens.

<c Jules César mangeait quelquefois en un

seul repas le revenu de plusieurs provinces. Vitellius en faisait quatre par jour; et, dans tous ceux qu’il prenait chez ses amis , ou ne dépensait jamais moins <le dix mille écus. Celui que lui donna son frère est célèbre. On y servit deux mille poissons d’ébte, sept mille oiseaux engraissés , et tout ce que l’Océan et la Méditerranée peuvent fournir de plus délicat. Néron tenait table depuis midi jusqu’à la nuit, avec

DU CHANT I

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des prodigalités monstrueuses. Géta se faisait servir toutes sortes de mets j)ar ordre alphabétique. Héliogabale traita douze de scs amis d’une manière incroyable. Il leur fit donner à cbacun des animaux en vie de l’espèce de ceux qui avaient été servis; il voulut qu’ils emportassent tous les vases de cristal , d’or et de pierreries dans lesquels ils avaient bu ; et il est à remarquer qu’il en faisait donner de nouveaux chaque fois qu’ils demandaient à boire. Il leur mit sur la tête une couronne entretissue de feuillages d’or, et leur donna à chacun un char superbe et bien attelé, pour s’en retourner chez eux. Jamais il ne mangeait de poisson quand il était près de la mer ; et quand il en était éloigné, s’en faisait servir en eau marine

« Dans les derniers temps de la république , dit Pacatus, on n’était pas content si, au milieu de l’hiver, les roses ne nageaient pas dans le vin de Falernc; ctsi, dans l’été, on ne l’avait fait rafraîchir dans des vases d’or. Il fallait , au tiavers des périls de la mer, aller chercher des oiseaux du

NOTES

Apiès la conquête fie l’Asie . on inîro-

fluisit les clianteuses et les balatlincs »

( Rév. ])e Vertot. )

« Rien n'est comj)arable, pour la profusion, au banquet d’Assiiériis , qui traita pendant six mois tous les princes ctgouvcrnans de sonEiat , et tint pendant sept jours entiers, des tables couvertes pour tout le

peuple de la «rande ville deSii/.e

« C excès ont été vus dans des temps plus voisins de nous. Au rapport de Pie III, Sindrij^ile, duc de Lithuanie, ne faisait jamais de repas où on ne servît trente sortes de viandes ; et il restait six bcurcs à table. Le cardinal S. Sixte traita la lille de Ferilinand , roi de Naples , avec des dépenses incroyables On donna à laver avec de précieuse.s odeurs, à tous les clian«einens de services; et, au moyen de la diversité et delà disposition desmcLs, on vit représenter sur les tables les travaux d’HercuIe et une partie fies métamorphoses »

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NOTES

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