DU CHANT DEUXIEME
Je (^ois eu convenir, vous n’aviez pas encoc Atteint l'àÿe avancé de ia mélancolie.
V O Y E Z un livre nouveau , intitulé : De la littérature considérée dans scs rapports avez les institutions sociales, par madame de Sraël-Holstein. On y voit «]ue les anciens n'avaient point encore atteint l’dge de la mélancolie , laquelle est une source de perfectibilité.
NOTES
‘9 PAGE 3p , VERS 7.
Ffiîfps cas fie fpluî cjuj, fier de aon falont , S’estime voire rgal , et d’un aie imnorfant , Aapr^.s de son roumeaii que la flamme illumine, Donne avec dignité des lois dans sa cuisinr.
« J’.ii vu, (lit Montaif^ne, parmi nous, un de ces firtistesqui avaitservi lecardinal Caraf'fe. Il me fit un discoii rs (le cette science de gueule , avec une «ravité et une contenance magistrale, comme s’il eût parlé de quelque grand point de théologie. Il me déciiifira les différences d’a[)pétits, celui qu’on a à jeun , et ('lui qu’on a après le second et tiers services; les moyens tant(jt de lui plaire, tantôt de l’éveiller et ])i()uer; la police des sauces, premièremrnt en général; et puis particularisant les qualités des ingrédients et leurs effets, les différences des salades selon leur saison; celle qui doit être réchauflée, celle qui veut être servie froide ; la façon de les orner et embellir pour les rendre plaisantes à la vue. Après
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ccla il entra en matière sur l’ordre du service, plein de belles et importantes considérations ;
mxnimo sar.è dîscrîmine refert t Quo ^eslu lepcrcs et qiio gaUina stceiur.
n Et tout cela enflé de riches et magnifiques paroles, et de celles là mêmes qu’on emploie à traiter du gouvernement d’im Empire. Il m’est souvenu de mon homme. «
Ne rcns permcHcz pas de dîner tous les Jours A l’heure où le soloil a terminé sou cours.
Un plaisant a dit que les parisiens, i force de retarder l’heure de leur dîner, finiraient par ne dîner que le lendemain.
O rons que mes leçons n’auront point satisfaits ,
.Tose vous renvoyer au Ci/isiVifer/ra^fa/'s j Au Trésor de Comus , catéchisme ordinaire T)p l'artiste grossier, du valet mercenaire,
Qui pense avoir atteint Je secret de son art Quand ilsaît apprêter une omelette au lard.
Ce n’cst pas une chose si aisée que de bien faite
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NOTES
une omeletle. Voici ce qui est arrivé, à ce sujet, au grand Coudé :
« Dans une des courses militaires de ce prince , dit Gourville dans ses Mémoires , toutes ses provisions consistaient en quelques paniers de pain , auquel j’avais fait ajouter du vin , des œufs durs , des noix et du fromage. Avec ces provisions, nous marchâmes bien avant dans la nuit , et entrâmes dans un village où il y avait un cabaret. On y demeura trois ou quatre heures; et n’y ayant trouvé que des œufs, le grand Coudé se piqua de bien faire une omelette. L’hôtesse lui ayant dit qu’il fallait la tourner pour la mieux faire cuire, et lui ayant enseigné à peu près comme il fallait faire, l’ayant voulu exécuter, il la jeta bravement du premier coup dans le feu. Je priai l’hôtesse d’en faire une autre, et de ne lapas confier à cet habile cuisinier «
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PAGE 5o, VP-RS i3.
I.aissons-Ies s'attendrir sur la IjrcUs bêlante Qui livre au coufelas si cute.^saiitc ,
Lai>50ns-les (Vun agneau Hêplorer le lrépa« >
Leur fausse humanité ne m’en impose pas.
Voici un fragment du passage de Plutarque à ce sujet , tel qu’on le trouye traduit dans V Emile de J. J. Rousseau :
«Tu nie demandes, disait Plutarque, pourquoi Pythagore s’abstenait de manger de la chair de bê* tes; niais moi je te demande, au contraire, quel courage d’homme eut le premier qui approcha de sa bouche une chair meurtrie; qtii brisa de sa dent les os d’une bête expirante; qui fit serrir devant lui des corps morts, des csrdttvres^ et engloittit <lans son estomac des membres qui , le moment d’auparavant, bêlaient , mugissaient , marchaient et voyaient ? Comment sa main put-elle enfoncer un fer dans le corps d’un être sensible ? Comment ses yeux purent-
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NOTES
ils supporter un meurtre'? Comment put-il voir saigner, écorcher, démembrer un pauvre animal sans i| défense'? Comment put-il supporter l’aspect des |i chairs pantelantes? Comment leur odeur ne lui fil- ^ elle pas soulever le cœur? Comment ne fut-il pas dégoûté, repoussé , saisi d’horreur, quand il vint à i manier l’ordure de ses blessures , nettoyer le sang noir et figé qui les couvrait?.... »
Les peaux rampaient sur In terre écorchées ,
Les chairs au feu mugissaient embrochées.
L’homme ne put les manger sansfrémir,
Et dans son sein les enleudit gémir.
O Voilà ce qu’il a dû imaginer la première fois qu’il surmonta la nature pour l'aire cet horrible repas; la première fois qu’il eut faim d’une bête en vie, qu’il voulut se nourrir d’un animal qui paiss.ait encore, et qu’il vit comment il fallait égorger, dépecer, cuire la brebis qni lui léchait les mains, u
M. Delille, en avril 1786 , étant à dîner chez ûlar-
'3 tKGE 5l , VERS 17.
Faites prenv'e d’usage et de délicaiesfe.
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montel , son confi ère , raconta ce qu’on va lire au sujet des usages qui s’observaient à table dans la bonne compagnie. On parlait de la multitude des petites choses qu’un honnête homme est obligé de savoir dans le monde ])ourne pas courir le risque d’y être baloué. «Elles sont innombrables, dit M. Delille ; et ce qu’il y a de làcheux , c’est que tout l’esprit du monde ne sulHrait pas pour Taire deviner ces importantes vétilles. Dernièrement, ajouta-t-il, l’abbé Cosson , professeur de belles-lettres au collège Mazarin, me parla d’un dîner oii il s’était trouvé quelques jours auparavant , avec des gens de la cour, des cordons bleus, des maréchaux de France, chez l’abbé de Radonvilliers, à Versailles. Je parie, lui dis-je,
que vous y avez fait cent incongruités Comment
donc! reprit vivement l’abbé Cosson, fort inquiet. Il me semble que j’ai lait la môme chose que tout le
monde. Quelle présomption ! Je gage que vous
n’avez rien lait comme personne. Mais voyons, je me bornerai au dîner; et d’abottl que fîtes-vous de votre serviette en vous mettant à table'? — .De ma
NOTES
serviette? Je fis comme tout le momie; je la déployai, je l’étendis sur moi , et l’attachai par un coin à ma
boutonnière. Eh bien ! mon cher, vous êtes le
seul qui ayez fait cela ; on n’étale point sa serviette » on la laisse sur ses genoux. Et comment fîtes-vous pour manger votre soupe ? — Comme tout le monde, je pense. Je pris ma cuillère d’une main et ma fourchette de l’autre.... — Votre fourchette , bon Dieu 1 Personne ne prend de fourchette pour manger sa soupe; mais poursuivons. A])rès votre sou|ie, que mangeâtes-vous? — Un œuf frais. — Et que fîtes-
vous de la coquille? Comme tout le monde ; je
la laissai au laquais qui me servait. Sans la casser? Sans la casser. Eh bien , mon cher , on
ne mange jamais un œuf sans briser la coquille; et
après votre œuf ? Je demandai du bouilli.
Du bouilli ! Personne ne se sert de cette expression ; on demande ilu bœuf, et point de bouilli; et
après cet aliment? Je priai l’abbé de Radonvil-
liers de m’envover d’une très-belle volaille. — iMallieurcux ! de la volaille ! On demande du |)oulet , uu
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chapon , de la poularde ; on ne parle de volaille
qu’à la basse-cour Mais vous ne dites rien de
votre manière de demandera boire. J’ai , comme
tout le monde , demandé du Champagne , du Bordeaux, aux personnes qui en avaient devant elles. — Sachez donc qu’on demande du vin de Champngne , du vin de Bordeaux, Mais dites-nioi quelque chose de la manière dont vous mangeâtes votre
pain. Certainement à la manière de tout le
inonde : je le coupai proprement avec men couteau. ■ — Eh 1 ou rompt son pain , on ne le coupe pas....
Avançons. Le café , comment le prîtes-vous
Eh ! pour le coup , comme tout le monde; il était hrftlant, je le versai par petites parties de ma tasse
dans ma soucoupe. Eh bien ! vous fîtes comme
ne fit sûrement personne ; tout le monde boit son café dans sa tasse, et jamais dans sa soucoupe. Vous voyez donc , mon cher Cosson , que vous n’avez pas dit un mot, ]>as fait un mouvement qui ne lût contre l’usago. L’abbé Cosson était confondu , continua M. Dclillc. Pendant six semaines il s’informait
NOTES
toutes les personnes qu’il rencontrait, de quelquesuns des usages sur lesquels je l’avais critiqué. » M. Delille lui-ménie les tenait d’une femme de scs amies, et avait été long-temps à se trouver ridicule dans le monde , oii il ne savait comment s’y prendre pour boire et manger conformément à l’usage.
Ij’abbé Cosson, qui manquait d’usage à table, ne manquait point de présence d’esprit. Il avait déjeûné un jour chez M. Chauveau-Lagarde, qui l’a connu particulièrement, et de qui je tiens ce trait. On lui avait servi un pâté dont il avait été fort content -, le lendemain il s’en rappela : il vint retrouver son ami de grand matin , et lui dit très-sérieusement: « Mon cher, j’ai aujourd’hui du monde à déjeûner chez moi, je ne m’y attendais point : faites-moi le plaisir de me prêter votre pâté. »
”4 PAGE 5l , VERS i8.
Joui.scz Icnlemenl, et querien ne vous prp'se ;
Giitcle* qii’in voire ) ouclie un motrenu trop LSté, r«i: coit cutouchemiu pat lui autre Lrurlé.
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Boilean a dit dans V.^rl poétique :
Gardez qu’une voyelle à courir trop hâtée , Ke soit eu son chemin par une autre heurtée*
PAGE 5a , VERS 3.
Vous devez accueillit cet aiîroit parasite
Qui chez vous quclquerois a’iiitioduit et s’invite.
Sou heureux appétit vous amuse et vous plaît.
Parmi les modernes , on peut citer Montmaur, le plus fameux parasite île son temps. Il naquit en Limousin en iSyô , et mourut à Paris en i6|3. C’était «n homme riche, mais avare. Il disait à ses amis ; Fournissez les viandes et le vin, et je fournirai le SEL. Étant un jour à table avec tin grand nombre de ses amis qui chantaient, parlaient et riaient tous à la lois : messieurs , dit-il , un peit de si-
lence, on ne sait ce qu’on wa/i^e.Furetièr e ht contre lui l’épigrarame qui suit :
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Motitrnaur ne trouv-a dan^ la Bible Ilieii d’incroyable ou d'imposiilde, Sinou quand il vit que cinq pain»
Ila«asièrent tant d’humains,
Et que, pour comble de merveilles , Il en resta douze corbeilles.
Bon Dieu , dit il, pai\1onne»moi , Le miracle excède ma foi j Sans doute le texte en ajoute ;
Que n'ètaia-je là pour le voir ?
Je ne crois pas que ion pouvoir Eu eût fait rester une croûte.
Il est important de rappeler ici les différentes significations qu’a eues le mot parasite dans l’antiquité et cirez les modernes. Le titre de parasite était autrefois très-lionoralrle ; il a eu le même sort que celui de philosophe. Les Romains nommaient les parasites epiilones; ils étaient préposés dans les temples à recevoir l’offrande des premiers fruits; ils étaient chargés de les rlistribuer au peuple, et d’en conserver pour les festins consacrés aux divinités. Presque tons les dieux avaient leurs parasites , lesquels, disent les liistoricirs, faisaient aussi certains
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sacrifices avec les femmes qui n’avaient eu qu’un mari. Ces liommes qui mangeaient à la table des dieux, qui étaient convives de Jupiter, de Bacclius, d’Apollon, jouirent d’abord d’une grande considération chez les peuples ; mais on s’aperçut bientôt qu’ils avaient un gros appétit , et qu’ils mangeaient la part de leurs divins liôles. Ils finirent par s’avilir , en se ménageant , sous le prétexte du service des dieux, l’entrée des grandes maisons ; ils s’y conduisirent comme dans les temples; et, tout en louant le maître de la maison , comme ils avaient loué Jupiter ou Hercule , ils dévoraient ’es mets ré* servés à la famille. Alors on noinmi [ urasites les flatteurs et les complaisans, qui , pour se procurer un bon dîner, sacrifiaient route probité et délicatesse. Les Romains, en les recevant à leur table, usaient du droit de les ridiculiser, de les bafouer, et même de les battre, usage qui ne s’cst pas conservé jusqu’à nos jours; car un parasite est aujourd’hui Vainidc la maLwn , et les louanges qu’il <lonne sont prises pour de la bonne monnaie. On les trouve
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forts amusants; et beaucoup de gens qui mangent j leur fortune sans appétit , sont enchantés d’avoir à l| leur table ces sortes de complaisans, qui dissipent |i quelquefois l’ennui qu’entraînent les richesses et la | satiété.
Et se donnent la mort par la peur de mourir. ' |
Imitation de Martial. Faunius-Cepion, complice j d’une conspiration contre Auguste , qui fut découverte , se donna lui-même la mort. C’est sur ce sujet que Martial a fait le distique suivant :
Hostem dm fugerit , se Failli!!/ s ipse peremit,
H'tü rogo ,101 furor est , ne moriace morir’
VWWVVWA^^'WV ^\^'VWi^^\^VV^^lVWVWV^i^\'WVVV^V\'VVV\^\'^^A/VV^'\■V\V
NOTES