U CHANT TROISIÈME
PAGE 6o , VERS l5.
Dites que Dentafns , qui triompha deux fois,
Dans uu vase grossier faisait cuire des pois,
Lorsque les envoyées d’une faible puissance *
Vinrent de son crédit implorer Tassiitancct
Ïl y a ici une petite infidélité. Dentatus ne faisait point cuire des pois , mais bien positivement des raves. Voici ce que dit l’histoire sur Dentatus :
« Curius IJontatiis fut trois fois consul , et jouit deux fois des honneurs du triomphe. Les aiubassa-
NOTES
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deurs des Samnifes l’ayant trouvé qui faisait cuire des rcfuet dans un pot de terre , à la cainpapne où il s’était retiré après ses victoires, lui offrirent des vases d’or pour l’engager ù prendre leurs intérêts. Le Romain les refusa, en disant fièrement : « Je « préfère ma vaisselle de terre à vos vases d’or; je ne « veux pas être riche , content dans ma pauvreté de « commander à ceux qui le sont. »
Voici la vérité heureusement rétablie. Il ne faut jamais altérer l’histoire , lors même qu’il ne s’agit que de ratées cuites.
PAGE 6l , VERS i.
citez , pour vous donner un air plus érudit ,
Lia toi qui des Konuiins coniUennait l'appétit ,
Celte ioi/jmni , bizarre, inmolilique .
Qui ne Et qu’enhardit la débauche publique.
Macrobe dit qu’au temps de la loi famia , qu’on avait publiée pour réprimer la tlébauche du peuple , plusieurs sénateurs vinrent ivres opiner au sénat sur le salut de l.t république. Cette loi , enlr’auires
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choses , ne permettait pas de déj)enser plus de cent asses à un repas , ccntenos œris; ce qui revenait cnviron à cinquante sons de notre monnaie. La loi orchia réglait le nombre des convives qu’on pouvait inviter.
’y PAGE 6l , VERS 5.
nafontcï qup tlani Rome nu barbot fut paye l’Jiis (le cleui! cents écus , argent bien employé ,
Qui fit ciiic ù Caloii dans son triste délire ,
Qu'il ne répondait plus du salut de l’Empire.
Un Itarbot fut effectivement acheté à R.ome jusqu’à deux cent cinquante éciis ; ce qui lit «lire à Caton qu’il doutait du salut d’une ville où un poisson était vendu plus cher qu’un bœuf.
3® PAGE 6l , VERS 9.
Ajnmez que dans l'îaple* un généreux tyran l^aya cent écus d’or la suiiee d’im faisan
On attribue ce traita Mulcassc , roi de Tunis, et rela se jtassa à Naples.
NOTES
PAGE Cl , vEnS II.
Puisez clans Morfial, clans Pétrone et rlutar j'Jc; Ils présentent des faits hien dij^nes de remaicjue.
Lisez , pour vous orner l’esprit et vous mettre en état de parler savamment en Gastronomie , la description que Pétrone fait des festins de Trimalcion , c’est à dire de Néron ; lisez les OEimcs morales de Plutarque , ses propos de table , etc. ; les épinrammes de Martial ; Julius Cœsar bullcngcnis juliùdunensus è soc. Jésus , de conviviis ; Guidomi Panciroli rcrutn perditoruni ; cum commciitariis Salwullt , lilulunt de cibi capiendi modo octeribus usitalo ; le petit volume in-i2 que le fameux écrivain de la J'~ic des Papes a ilcdié au cardinal Rovcrella, sous ce titre : Bap. Platinœ Cremonensis de honcsiatc , coluplate et vnletudiuc libri decem. Dans cet ouvrage, Platina décrit l’art de préparer les mets d’une manière qu’il dit agréable et utile pour la sauté....
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3’ page 6r , VERS i3.
Sur-tout, si Vous voulez cliai-mor vos nuditcurs ,
Racontez les exploits de queltjues gros mangeurs-
Voici les exemples les plus saillans qu’on puisse citer : Maximin mangeait soixante livres de viande par jour ; Alhiuus engloutit dans une matinée cinq cents figues , cent pèches , dix melons , vingt livres de muscat , cent bec.lignes et quarante douzaines d’iiuitres ; Phagon dévora , devant Anrélius , un sanglier, un cochon , un mouton et cent pains ; il but unepiècede vin. Domitius, Africain, et Audebonte, roi d’Angleterre, périrent à table de trop manger. I.’histoire romaine nous fournit ])lusieurs exemples de buveurs extraordinaires, qu’il est bon de citer à table. Les femmes mêmes se^ivraient au vin ; et on en a vu qui, à toutes les santés qu’elles portaient, buvaient autant <lc coups qu’il y avait de lettres en leur nom. Pison fut lait préteur par Tibère, pour avoir bu pendant trois niiils. Flacus eut la province de Syrie pour un pareil exploit. Novcllus avala trois
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grandes mesures de vin , en présence du même em-
pereur....
Le Journal des Défenseurs ,tn renilant compte de la Gaslrononiie avec beaucoup d’inilulgence , m’a indiqué l’anecdote suivante ;
« Le maréchal deVillarsavaitun suisse qui mangeait énormément. Le maréchal un jour le fit venir :
Combien mangerais-tu d’aloyaux 1 lui dit il. AU !
monseigneur , pour moi falloir pas beaucoup , cinq
à six tout au plus. Et combien de gigots 1
De gigots! pas beaucoup , sept à huit. — Et de jjoulardcsl — Oh! pour les poulardes, pas beaucoup , une douzaine. Et de pigeons 1 Oh !
pour ce qui est des pigeons , monseigneur , pas beaucoup , quarante , peut-être cinquante , selon l’appétit. — Et des glouettes'? — - Des alouettes , monseigneur, toujours. «
DU CHANT m.
33 PAGE 64) VERS l4-
Rien ne îloît tiércnger l’hounêtc homme qui dîne.
Le bailli de Siiff'ren étant à Acliem , dans l’Inde, •nnc députation de la ville vint lui demander audience au moment où il était à table. Comme il était gourmand et n’aimait point à être trouble dans ses repas , il imagina plaisamment, pour se débarrasser de la députation, de lui faire dire qu’un article de la religion chrétienne défendait expressément à tout chrétien à table <le s’occuper d’autres choses que de manger, cette fonction étant d’une grande importance. La députation se relira très-respectueusement, en admirant l’extrême dévotion du général français.
34 PAGE 70 , vEns 5,
Ainsi finît Vatel , viefîme ddplorahlc.
Dont parleront long-temps les fastes de la taHe.
Voici la lettre où madame de Sévigné rend compte de cet évènement à madame de Grignan. Je me suis
NOTES
servi île ses propres termes, autant que la poésie a | pu nie le permettre :
« Le roi arriva le jeudi au soir; la promenade, la collation dans un lieu parsemé de jonquilles , tout j cela fut à souhait. On sotipa : il y eut quelques tables | où le rôti manqua , à cause de plusieurs dîners auxquels on ne s’était point attendu. Cela saisit Vatel; il dit plusieurs fois : «Je suis perdu d’honneur; voici « une affaire que je ne supporterai pas. w II dit à Gourville : «La tète me tourne; il y a douze nuits i « que je n’ai dormi ; aidez-moi à donner des ordres.»» j Gourville le soula«ea on ce qu’il put. Le rôti qui avait manqué, non pas à la table du roi , mais à la vinat-cinquième , lui revenait toujours à l’esprit. Gourville le dit à M. le prince ; M. le prince alla ju.sque dans la chambre île Vatel, et lui dit : « Vatel,
« tout va bien ; rien n’était plus beau que le souper « du roi. »» Il répondit : « Monseigneur, votre bonté « m’achève ; je sais que le rôti à manqué il deux tact Lies. Point du tout , dit M. le prince , ne vous
« fâchez point, tout va bien. >» Minuit vient : le feu
DU CHANT in. 125
cTarlifîce ne réussit point; il fut couvert d’un nuage ; il coûtait seize mille francs. A quatre heures du malin , Vatel s’en va par-tout; il trouve tout endormi. Il rencontre un petit pourvoyeur qui lui apportait seulement deux charges de marée; il lui demande : «Est-ce là tout? — Oui , monsieur.» Il ne savaitpas que Vatel avait envoyé à tous les ports de mer. Vatel attend quelque temps ; les autres pourvoyeurs ne vinrent point; sa tête s’échauffait; il crut qu’il n’y aurait point d’autre marée. Il trouva Gourville; il lui dit : «Monsieur, je ne survivrai point à cet alfront- « ci. » Gourville se moqua de lui. Vatel monte k sa chambre, met son épée contre la porte , et se la passe au travers du cœur ; mais ce ne fut qu’au troisième coup , car il s’en donna deux qui n’étaient pas mortels, qu’il tomba mort. La marée cependant arrive de tous côtés; on cherche Vatel pour la distribuer; on va à sa chambre , on heurle , on enfonce la porte , on le trouve noyé dans son sang. On court à M. le prince, qui lut au désespoir. M. le duc pleura ; c’étaitsur Vatel que tournait toutson voyage
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de Bourgogne. M. le prince le dit au roi fort tristeineat. On dit que c’était à force d’avoir de l’honneur à sa manière. On le loua fort y on loua et blâma son
courage.... u
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NOTES