‹ La gastronomie (volume 2)Chapitre 19 sur 28 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

J E suis un troubadour français ;

Je fuyais ma triste patrie :

Hélas ! qu’y faire désormais 1 Ils ont fait mourir mon amie !

Je craignais aussi les bourreaux ;

Et , voulant conserver ma vie ,

Je mets tous mes biens sur mon dos Pour m’en aller en Helvétie.

Ayant marché tout en tremblant ,

Sur les bords du Léman j’arrive :

J’y comptais bien paisiblement

FUGITIVES

Exercer ma muse plaintive ,

Lorsqu’un bailli trop inhumain ,

A qui j’oflris mon humble Iiommane ,

Me (lit : rt Monsieur, il faut demain « Vous éloigner de ce rivage. »

« Eh quoi! lui dis-je, monseigneur,

« D’où vient cet ordre tyrannique?

((Un troubadour ferait-il peur,

« Ou mal à votre république ? >>

Lors je lui chante mes malheurs Sur un air tendre et pathétique.

« Monsieur, dit-il, portez ailleurs « Votre muse et votre musique. »

Tout confus, dans mon embarras Chez les Germains je m’achemine ;

C’était le temps des noirs frimas;

194 POÉSIES

J’avais une bien froide mine.

On'me parle. Dieu! quels acceus!

Oh! que leurs manières sont dures!

Je faisais de beaux complimens ,

Je n’obtenais que des injures.

Qu’entends-je'? quel bruit! quel fracas!

Autoiur de moi je vois la guerre.

Je m’engage dans les combats ,

Je prends un air bien téméraire.

Beaucoup de gloire m’attendait , Disait-on, après la victoire :

Jamais on ne la remportait ,

Et je n’attendis pa? la gloire.

Accablé de soins et d’ennuis,

Je déserte la Germanie.

«Allons, dis-je, voir un pays

FUGITIVES

« Où du moins règne l’harmonie. »

J’arrive clans ces lieux brillants Où Thétis, du sein de son onde, Porte des milliers d’habitants Qui sont les plus joyeux du monde.

Loin des combats, loin de Paris,

Dans la plus belle des demeures , Parmi les plaisirs et les ris.

Je voyais s’écouler mes heures:

Jadmirais tout clans ce séjour,

Et de tout je faisais l’éloge;

Mais on veut me pendre un beau jour, Pour avoir bien parlé du doge.

On me rend à la liberté ,

Dégoûté des panégyriques.

Bientôt pour certaine beauté

POÉSIES

Je prends des goûts métaphysiques.

Je vais à sa fenêtre un soir Pincer ma triste mandoline ;

D’être adoré j’avais l’espoir,

Un mari jaloux m’assassine.

Je suis malade dans mon lit,

C’est la lin de mes aventures

Assassiné , chassé, proscrit.

Ayant pour tout bien mes blessures....

Vous qui rimez et qui chantez.

Vous, beaux esprits, mes chers confrères Plaignez, dans vos prospérités.

Le plus malheureux des Trouvères-

FUGITIVES

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