ENTRE UN POÈTE ET SA MUSE
liE POETE.
Ç ü E L L E étrange fureur te porte k me poursuivre ? Sans toi, serais-je un sot, et ne saurais-je vivre? Muse, pour être heureux et pour me faire aimer. Ai-je toujours besoin d’écrire et de rimer ?
Eh ! pour dieu , laissez-moi m’occuper d’autre chose, Vaquer au soin divers que le devoir m’impose.
LA MUSE
Tu n’y vaqueras point. Je me fais tine loi De ne te point quitter, de m’attacher à toi,
FUGITIVES
De t’occuper sans cesse à la ville , au villnne ,
Et de ne point souffrir que ton esprit volage Jamais en aucun lieu puisse avoir d’autre emploi Que celui de rimer et de songer à moi.
LE POETE
J’avais pensé d’abord, en te rendant hommage, Faire de cette intrigue un simple badinage, Teprendre, te quitter au gré de mes désirs. Comme un amant léger, amoureux des plaisirs ; Mais en toi je crois voir une épouse acharnée.
Qui fait valoir les droits d’uu fâcheux hymence , Qui du lit nuptial me faisant approcher.
En vertu d’un contrat me force à me coucher
Tu le veux, j’y consens et je reprends la plume; Mais en de vains projets mon esprit se consume : Sur des sujets tout neufs il voudrait s’exercer; J’écrirais assez bien si je sayais penser;
242 POÉSIES
Penser avant d’écrire est pourtant nécessaire :
Je voudrais m’éloigner de la route vulgaire;
J e voudrais que mes vers , semés de nouveaux traits. .
LA MUSE
Rime toujours , mon cher , tu penseras après.
lE POETE.
Que vais-je faire, enfin?
LA MUSE
Fais une tragédie.
Déterre dans l’histoire ou la mythologie ,
Quelque vieil assassin, quelqu’illustre bourreau ; Enchâsse ses forfaits dans un cadre nouveau ;
Fais dans tesyers sanglans, dans tes scènes hardies Admirer ses fureurs aux tiennes réunies.
Toucher ne suffit plus : tâche de faire peur ; Sonde, ayecLemercicr, les abîmes du coeur.
FUGITIVES
Rajeunis à ton tour d’antiques parricides,
En remuant encor la cendre <les Atrides.