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t j 66 LA GASTROPvOMIE,
[;: : Fuyez la botanique et sa nomenclature.
j N’allez pas dans vos champs épluchant la verdure,
Sur une herbe inutile exercer votre esprit ,
I; Vous transir dans un pré pour faire l’érudit ,
Feuilleter Adanson, Tournefort ou Linnée,
Et sur un aconit pâlir une journée.
i'[ Respectez le savoir des Plines , des Bufions ;
j! Mais qu’importe pour vous l’histoire des cirons ,
Celle des éléphans , des tigres , des panthères?
J Vous vous intéressez aux mœurs , aux caractères
De ces bons animaux qui naissent sous nos yeux, Et dont nous jouissons dans nos climats heureux.
;I Vous estimez beaucoup l’écorce salutaire
Que l’ile de Ceylan fournit seule à la terre ;
Vous aimez la muscade, et savez en quels lieux On cultive, on recueille un fruit si précieux.
Vous savez qu’au pays d’Amboine et de Tomates, Le girolle triomphe au rang des aromates;
CHANT III
Vous savez discerner quel est le champignon Qui cache sous sa voûte uii germe de poison.
Du sol périgourdin la truffe vous est chère ;
A l’immonde animal elle doit la lumière ;
Elle aime à végéter, paisible et sans orgueil ,
Au pied d’un chêne blanc, d’un charme ou d’un tilleul...
Lecteur, je vous entends... Fidèle à ma méthode.
Je vous dois à cette heure un heureux épisode. Pardonnez, mon pinceau va changer de couleurs; Peut-être à mon récit donnerez-vous des pleurs. Faisons à la pitié de légers sacrifices :
Les pleurs qu’elle fait naître ont toujours des délices.
Coudé.... que ce grand nom ne vous alarme pas , J’écris pour tous les temps et pour tous les climats ; Condé , le grand Condé , que la France révère , Recevait de son roi la visite bien chère ,
Dans ce lieu fortuné, ce brillant Chantilli ,
Long temps de race en race à grands frais embelli.
Jamais plus de plaisirs et de magnificence N’avait d’un souverain sijjnalé la présence.
Tout le soin des festins fut remis à Vatel ,
Dit vainqueur de Rocroi fameux maîfre-d’hôtel. Il mit à ses travaux une ardeur infinie ;
Mais avec des talens il manqua de génie.
Accablé d’embarras , Vatel est averti Que deux tables en vain réclament leur rôti ;
Il prend pour en trouver une peine inutile.
« Ah ! JJ dit-il , s’adressant à son ami Gourville , De larmes , de sanglots , de douleur suffoqué : ft Je suis perdu d’honneur ; deux rôtis ont manqué <e Un seul jour détruira toute ma renommée;
« Mes lauriers sont flétris, et la cour alarmée « Ne peut plus tlésormais se reposer sur moi :
« J’ai trahi mon devoir, avili mon emploi.... u î-ic prince , prévenu de sa douleur extrême , Accourt le consoler, le rassurer lui-même,
CHANT III. 69
n Je suis content , Vatel, mon ami , calme-toi ;
<e Rien n’était plus brillant que le souper du roi. n Va , tu n’as pas perdu ta gloire et mon estime :
« Deux rôtis oubliés ne sont pas un grand crime.
« — Prince , votre bonté me trouble et me confond :
<€ Puisse mon repentir effacer mon affront! «
Mais un autre chagrin l’accable et le dévore ;
Le matin , à midi , point de marée encore.
Ses nombreux pourvoyeurs , dans leur marche entravés , A l’heure du dîner n’étaient point arrivés.
Sa force l’abandonne, et son esprit s’effraie D’un festin sans turbot , sans barbue et sans raie.
Il attend , s’inquiète , et maudissant son sort ,
Appelle en furieux la marée ou la mort.
La mort seule répond : l’infortuné s’y livre.
Déjà percé trois fois il a cessé de vivre.
Scs jours étaient sauvés , ô regrets ! ô douleur !
S’il eut pu sujiporter un instant son malheur.
A peine est-il parti pour l’infernale rive ,
Qu’on sait de toutes parts que la marée arrive.
On le nomme, on le cherche , on le trouve; grands dieux.' La Parque pour toujours avait fermé ses yeux.
Ainsi finit Vatel, victime déplorable, 34 Dont parleront long-temps les fastes de la table.
O vous! qui par état présidez aux repas,
Donnez -lui des regrets, mais ne l’imitez pas !