I. g. Dumesnil, Pour la Pédagogie, p
a. Plus libérale, la Convention disait seulement, dans son décret du 27 brumaire an lll, « que Tidiome du pays ne pourrait être employé que comme moyen auxiliaire ». Chap. IV, art. 3.
3. Au lieu de partir en guerre, comme beaucoup trop l'ont -fait, contre
Mais des tendances particulières sont là, d'après lesquelles certains croient bien faire en poussant les maîtres, non seulement à ignorer les dialectes, mais à les* combattre.
Les instituteurs n'ont pas été longtemps sans remarquer, assez justement d'ailleurs, que l'accomplissement de leur mission était rendu plus difficile dans les pays où l'enfant apporte en classe un dialecte local. S'empressant de tirer de ce fait des conclusions trop radicales et simplistes, ils ont chargé de tous les torts le a patois y> , déclarant, comme dans la fable, que « rien que la mort n'était capable d'expier son forfait». » Dans certains milieux on regarda comme très juste et très méritoire de travailler à cette petite croisade d'un nouveau genre*.
L'mgéniosité primaire s'est évertuée à inventer des moyens efficaces de supprimer le coupable. Le système le plus ordinaire, en même temps que le plus odieux, consiste à remettre à l'élève surpris à prononcer un mot patois, un objet, souvent ridicule, qu'il devra transmettre à celui qu'il entendra à son tour, soit en classe, soit en récréation, soit même en dehors de l'école, se servir de la langue proscrite. C'est tantôt une rondelle de métal, une bille, une poupée ou quelque objet plus grotesque*, laissé à l'imagination de chaque maître et qu'on appelle
les programmes et leurs auteurs, ce qui ne peut qu'amener une réaction nouvelle, nous croyons plus loyal, et plus profitable aussi, de restreindre à ses véritables limites ce qu'on a appelé la tyrannie officielle. I. La Fontaine, Fables, Liv. VII, f. i.
a. Dans un rapport présenté au Conseil général du Morbihan, on peut lire cette proposition, signée par un inspecteur d'Académie, qu'on ne peut accuser en l'occurrence ni d'anticeltisme, ni d'anticléricalisme, puisqu'il veut s'appuyer sur le clergé pour améliorer la race bretonne : € Créons pour l'amélioration de la race bretonne quelques-unes de ces primes que nous réservons aux chevaux, et faisons que le clergé nous seconde en n'accordant la première communion qu'aux seuls enfants parlant le français. > .
Cité par Buléon, Conférences au Congrès de Landerneau, 1896.
A Carpentras, au pays de Saboly, M. Paul de Terris (Cf. Us Noêls, p. 175, note) nous assure qu'un prix était donné pour avoir parlé français dans l'école et dans les rues.
3. En Bretagne, c'est un sabot que l'enfant doit porter au cou.
l8 PÉDAGOGIE REGIO>JALlStÈ
le « Symbole » ou le « Signum ». Le dernier possesseur du Symbole rechange le soir contre une pénitence exemplaire*.
I. On pourrait croire que nous parlons d*un autre âge et de choses depuis longtemps emportées par les souffles modernes.
M. de Berlue raconte avec beaucoup d'humour comment le Symbole lui fut appliqué maintes fois dans sa jeunesse. Dans le numéro du 7 janvier 1894 de VAiôli, qui est Torgane mistralien, nous lisons :
« Parler d'inquisition, de carcan, de question, serait employer de bien grands mots, c'est vrai ; cependant, n'y a-t-il pas dans les procédés employés contre la langue d'un peuple libre quelque chose qui rend légitime la métaphore ?» Il cite en preuve les extraits suivants tirés de la Correspondance générale de V Instruction publique primaire, i5 octobre 1893 :
Contre le patois : le Signe.
c Je me suis pris À réfléchir au sujet de ce procédé ; je reconnais qu'il stimule les élèves, et, cependant, je ne me suis pas décidé encore à l'employer. C'est que je trouve, à côté de certains avantages, un incon?énient qui me semble assez grave : sur dix enfants, je suppose, qui ont été surpris à parler patois dans la journée, seul, le dernier est puni. N'y a-t-il pas là une injustice? J'ai préféré jusqu'ici punir tous ceux qui se laissent prendre, et je suis heureux de les voir en général peu nombreux.
c J. Manuel, instituteur aux Saniéres (Hautes- Alpes). »
Le deuxième est signé : B. Boitiat, inspecteur primaire & Barcelonnette.
c Le patois est le pire ennemi de l'enseignement du français dans nos écoles primaires. La ténacité avec laquelle, dans certains pays, les enfants le parlent entre eux, dès qu'ils sont libres, fait le désespoir de bien des maîtres qui cherchent, par toutes sortes de moyens, à combattre cette fâcheuse habitude. Parmi ces moyens, il en est un que j'ai vu employer avec succès dans une école rurale de la haute Provence et que je tiens à vous signaler. Il n'est peut-être pas très neuf, mais il est assez original. Le matin, en entrant en classe, le maître remet au premier élève de la division supérieure un sou marqué d'une croix faite au couteau, ou tout autre signe permettant de le reconnaître. Ce sou s'appelle le Signe. Il s'agit, pour le possesseur, pour le signeur, comme disent les élèves, de se débarrasser du sou en le donnant à un autre élève q\i'il aura surpris prononçant seulement un mot de patois. »
Pour prouver l'avantage de ce procédé, il cite la déclaiation suivante d'un de ses instituteurs :
c Depuis bientôt deux ans que j'ai introduit le Signe dans mon école, je constate des progrès très réels dans la manière dont mes élèves parlent et écrivent le français. Peu à peu, le patois disparaît de l'école, de la cour, de la rue, de la famille même. Chacun y gagne, moi tout le premier, et personne ne proteste contre .mon procédé, que j'ai ainsi tout lieu de croire bon. »
Le compte-rendu de l'Union régionaliste bretonne du 14 août 1898 dit : « Proscrire le breton en classe et pendant la récréation, à l'aide de Symboles ou autres punitions d'un autre âge, est malheureusement encore d'un usage très général. •
L*ENSEIÔNEMENT OFFICIEL ^ IQ
Outre qu'il a le premier tort d'enseigner, d'organiser et d'imposer l'espionnage et la délation, ce procédé est, comme toutes les persécutions, aussi inepte qu'inefficace : la violence n'a jamais été un excellent moyen de persuasion.
Malgré toutes les défenses de ses. maîtres, l'enfant apprendra et parlera toujours son dialecte natal, parce que c'est sa véritable langue maternelle, la seule qui convienne parfaitement à la disposition atavique de ses organes et réponde exactement au milieu dans lequel il vit.
Un ennemi autrement redoutable que le Symbole, c'est la salle d'asile. Sous un prétexte utilitaire, devant lequel les nécessités de la vie moderne semblent demander qu'on s'incline, mais que Rousseau ou Pestalozzi eussent assurément trouvé bien insuffisant, on a créé des écoles maternelles pour les enfants du tout premier âge.
Outre qu'elles aident malheureusement les parents à se déposséder, dès le premier moment, du plus inaliénable de leurs droits et à se dispenser du plus important de leurs devoirs, qui est l'éducation de leur enfant, ces écoles ont encore l'immense inconvénient de soustraire le petit être à son milieu naturel, dès l'âge où il est le plus serisiblé'aux premières impressions, et de rendre impossible le premier enseignement maternel, qui corrobore si puissamment l'action de l'hérédité.
L'enseignement primaire, même avec ses batteries de Symboles, ne menace pas directement l'existence du dialecte, parce qu'il ne fait que se superposer à l'éducation de la famille, où la langue se transmet avec la première notion des choses.
La salle d'asile ou l'école enfantine, au contraire, se substituant à l'éducation première et supprimant l'enseignement maternel, tranche jusqu'aux racines mêmes de la langue*.
' I . Nous avons vu comment Lepelletier avait déjà compris ou au moins soupçonné cette vérité. Cf. p. 3, note 6.
t>ÉDAGOGIE RÉGIONALISTÉ
Nous ne parlerons pas de Faction directe des parents, de ces chefs de famille, généralement assez inintelligents, à qui on a persuadé que c'est une infériorité pour leur fils de parler Tidiomé de son père. Ils aident inconsidérément l'instituteur peu avisé à arracher de Tâme de leurs enfants, en môme temps que la langue^ qui fut celle de leurs aïeux, la considération qu'ils méritent et le respect qui leur est dû.