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LES PRINCIPES

Le principe primordial de la pédagogie régionaliste, qui est peut-être un principe universel, c'est que le rôle de réducation est dé suivre la. nature, a C'est dans la nature même de l'homme, qu'il faut chercher les lois de sa culture », disait le grand éducateur Pestalozzi.

Pour la faire triompher, aussi bien que pour la vaincre, pour la développer comme pour la réformer, il faut suivre ses procédés et ses lois : Natura non nisi parendo vinciturK

Le premier chapitre de toute pédagogie devra donc avoir pour sujet la psychologie exacte de l'enfant, non pas tel qu'il devrait être, d'après des rêves plus ou moins utopistes, mais tel qu'il est en réalité, dans tel moment du temps, dans telle aire de l'espace.

# On ne croit plus maintenant avec Helvétius que « l'éducation nous fait (tout) ce que nous sommes ». On s'est habitué à tenir compte de Taôtivité propre de l'âme, et nous voyons nos meilleurs manuels recommander précisément aux maîtres de traiter les élèves d'après la capacité,

I. Le principe de Bacon n'est pas, comme quelques-uns l*ont cru et dit, contraire à TÉvangile. La doctrine chrétienne enseigne, en réalité, qu'il faut développer l'homme suivant sa nature, et tire précisément de l'étude attentive de cette nature la nécessité comme la manière de la vaincre et de la réformer.

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rhumeur, les disï)ositîons de chacun •, suivant ainsi le conseil baconien : « Favendum nonnihil ingeniorum libertati* ».

Poser un pareil principe, n'est-ce pas rendre Téducation pratiquement impossible? Dans l'inconcevable diversité des individus, comment établir une unité?

La nature elle-même nous a répondu en organisant un premier groupement, qu'on appelle la famille. Entre les individus qui la composent, n'est-il pas vrai qu'il règne une certaine similitude, qui permettra de donner à leur éducation collective des principes communs ?

La famille, base de tout l'ordre social, dans les races latines surtout, peut être considérée comme l'expansion d'un individu qui en est le chef et lui imprime certains caractères communs, transmis de génération en génération. Comme l'individu, elle a une personnalité, une originalité, dont il faut tenir compte dans l'éducation, et qu'il serait dangereux de contrarier,

La base sur laquelle repose la famille, c'est le foyer, que les anciens divinisèrent, pour en marquer davantage l'importance. Le premier soin de l'éducateur, qui veut suivre les indications de la nature, doit donc être de faire aimer le foyer et de cultiver dans l'âme de l'enfant les goûts et les vertus qui en feront la joie et l'ornement.

Ce qui relie, dans le temps, les unes aux autres, les générations qui se succèdent, ce sont les traditions, les usages, les fêtes, l'art domestique, les chansons qui sont l'apanage de la famille.

Ce qui autorise les relations dans l'espace, c'est la lan-* gue, herbier vivant où sont recueillies, non point sèches

I. « L'éducation, nous dit Gompayré, n*est au fond que l'art ré^çhi, intervenant à son heure dans les instincts naturels pour les gouverjj^^^ ^^ les conduire à leur fin. Comment réussir dans cette tâche, si on ne cpnnaît pas les besoins de l'enfant pour les satisfaire, ses aptitudes pour les exciter, les limites de ses forces pour s'y conformer, en un mot, si Ton n'a pas saisi sur le vif les premières démarches de la nature, afin de calquer ou de modeler sur elles les méthodes artificielles de la pédagogie > i

d. Bacon> De augmtnHs ti digniiaU scieniiarum» lib. IV, cap. iv*

PRINaPES GÉNÉRAUX bf

et fanées, mais fraîches et colorées, toutes leis fleurs dtik la race.

Traditions, usager, coutumes, langue du foyer, voilà donc les premières bases du programme naturel.

D'après Tordre de la nature, c'est le père et la mère qui doivent donner aux enfants l'instruction, comme ils leur ont donné la vie.

« Pestalozzi, ce grand ami de l'école, se permettait parfois de la considérer comme un pis aller, comme un expédient provisoire, auquel nous condamneraient, pour un temps, l'ignorance des parents et leur désolante inaptitude à élever leurs propres enfants.

« Ce n'était pas seulement en vue de ménager la faiblesse de l'intelligence enfantine qu'il projetait un plan de simplification des méthodes. C'était surtout pour rendre réalisable son rêve suprême : l'éducation de l'enjcAit par la mère.

« Volontiers il eût consenti à la disparition de l'école élémentaire pour la remplacer par la « chambre de famille » , où une mère attentive et tendre, ouvrière ou paysanne aussi bien que bourgeoise, armée de son Manuel, instruirait elle-même ses fils et ses filles *. »

Un des principes fondamentaux de la méthode régionaliste sera donc que la mère étant l'éducateur-né de son enfant, toute éducation qui prétendra suppléer celle de la mère devra lui ressembler le plus possible, ^se modeler sur elle.

L'État ne peut intervenir que pour aider, fortifier, contrôler cette éducation, jamais pour latcontredire ni la contrarier.

C'est ainsi qu'on l'a compris jusqu'ici en Angleterre.

« L'idée que les parents se font de l'éducation et de l'instruction désirables ^our leurs fils a servi de règle à toute la pédagogie anglaise.

I. Compayré, Pestalozzi et V Éducation élémentaire, Paris, Delaplane» p. 70.

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• « Nos voisins ont eu cette fortune que l'État s'étant, pendant de longues années, désintéressé de rinstruction publique, aucun type artificiel et uniforme n'a été imposé d'en haut aux écoles.

« Celles-ci n'ont donc pas eu de raison de rompre avec les vues ou les instincts des familles ; elles sont restées, en un sens, le prolongement de la vie domestique et en ont recueilli les. saines et viriles habitudes, la saine et virile conception de la vie*. »

« Aux Etats-Unis, ce sont les Etats particuliers, les communes, qui se chargent d'organiser les écoles, de régler les méthodes, de surveiller les instituteurs. Ce ne sont pas seulement qi^glques centaines d'inspecteurs disséminés sur la surface du territoire qui veillent à l'éducation nationale, ce sont tous les citoyens, qui, répartis en comités nommés à l'élection, se partagent le soin' de la surveiller et de l'inspecter". »

Mais pourquoi aller chercher si loin des exemples ? Notre histoire nationale et nos histoires locales ne nous fournissent-elles pas les plus précieux, puisqu'ils nous ont été donnés par nos pères ?

« On voit dans la correspondance des contrôleurs généraux, nous dit M. Brunetière, que l'un des premiers soins, d'une humble commune, libre de sa petite fortune, est de se procurer un maître d'école. »

« Le régent devait être agréé par la municipalité qui le payait, c'est-à-dire, au fond, par les principaux pères de famille. Ici encore se réalisaient l'autonomie, la beauté, les franchises de la vie communale.

« Parfois, la place de régent était donnée au concours ; mais partout, pour fonder l'école, choisir le maître ou en changer, les pères de famille légalement intervenaient*. »

La Révolution elle-même n'a-t-elle pas proclamé, par

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