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Taine, Histoire de la litUrature anglaise. Introduction

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ment, il est ébranlé autrement, selon que Tair, les aliments, la température sont autres. Un climat et une situation géologique diflférents amènent chez lui des besoins, un mode d'actions, un système d'habitudes, et enfin un système d'aptitudes et d'instincts différents.

« L'homme forcé de se mettre en équilibre avec les circonstances contracte un tempérament et un caractère qui leur correspond. »

Le milieu, et nous entendons par là tout ce qui constitue, le lieu d'habitation et le champ d'action ordinaire de l'homme: sol, sous-sol, atmosphère, climat avec ses productions végétales et animales, constitue le cadre réel, le moule déterminé dont la société doit subir la forme, et dont la pédagogie doit suivre les contours *.

S'il y a des provinces qui diffèrent par le climat, le sol, les richesses de toutes sortes, par l'histoire, les ^souvenirs, les traditions, il faudra qu'il y ait aussi des méthodes d'enseignement adaptées aux besoins créés par le climat ou l'hérédité, aux genres de travaux autorisés par la région ou préférés par la race.

Chacune de ces méthodes s'appuiera sur ce que l'enfant a dans le sang : caractère, habitudes, traditions des aïeux, pour lui faire connaître, d'abord, ce qu'il a sous les yeux: topographie, faune, flore, monuments, etc., etc.

'L'éducation, qui veut être vraiment utile, doit préparer les enfants aux divers genres de vie auxquels ils sont destinés.

La Révolution, dans son instinct utilitaire, l'avait compris, a La société, disait Lepelletier *, a divers emplois : une multitude de professions appellent les citoyens. A douze ans, le moment est venu d^ commencer le noviciat de chacune d'elles...

I. Avec une pareille base, qui est le sol lui-môme, moule de la race, la pédagogie régionaliste n'a plus à craindre qu'Aristophane lui reproche, comme il faisait aux philosophes de l'antiquité, de bâtir ses théories' sur les nuées 1

a. Cf. Plan de Michel LepeUelier, marquis de St-Fargeau, présenté à la Convention.

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« Platon ne faisait que des philosophes ; Lycurgue ne faisait que des soldats ; nos professeurs ne faisaient que des écoliers. La République française..*, a besoin de faire des hommes de tous les ^tats *... »

Ce n'est pas ce point de vue utilitai're qui inspirera directiîment la pédagogie régionaliste.

Elle n'organisera pas précisément un enseignement technique, spécial, exclusivement pratique, comme celui que semblent vouloir donner, au moins d'après leur titre, les écoles allemandes dénommées Realschùle * ; elle ne cherchera pas à spécialiser trop vite l'enfant dans telle ou telle branche restreinte de connaissances*. •

i.Le principe est excellent, mais il faut voir avec quel sens pratique étaient déterminés les travaux que Ton devait imposer aux élèves.

• Il est une foule d'emplois laborieux dont les enfants sont susceptibles. . Je propose que tous soient exercés à travailler la terre... On peut encore • leur faire ramasser et répandre les matériaux sur les routes... Les localités, les saisons, les manufactures voisines de la maison d'institution offriront ^

des ressources particulières... Je voudrais qu'on établît dans les maisons d'institution de ces genres de travaux auxquels tous les enfants sont propres, et qui, distribués et répartis dans tous ces établissements, grossiraient sensiblement pour la République la masse annuelle des produits manufacturés !... »

Id., ibid. •

2. Le Gouvernement allemand, en autorisant les Realschùle, après avoir déclaré, conformément à ridée régionaliste, c que les écoles de la division supérieure doivent varier leurs cours suivant l'industrie des divers pays et les métiers qu'on y exerce t, fut le premier à proclamer € que l'emploi empirique du principe de l'utilité exclut l'idée d'un établissemegt de haute culture générale et n'est pas propre à satisfaire aux véritables besoins de la vie >. I

Cf. Circulaire de M. Falk, 14 juillet 1884 et Schneider, Volkschûlwesen.

3. L'enseignement nouveau que l'on tend à donner à la France sous le nom d'enseignement primaire supérieur ne satisfera pas encore les régionalistes, s'il se cantonne exclusivement dans le point de vue utilitaire.

Nous souscrivons pleinement à la belle appréciation qu'en donne M. Dumesnil dans son étude sur la réforme de l'Enseignement :

f Ce qu'il y a de bon dans l'enseignement primaire supérieur, s'il est bien compris, ou plutôt si on le laisse se développer spontanément, c'est que, par nature, il est et doit être divers. Il est évident que, si on ne le violente pas, il naîtra et se manifestera multiple et varié, selon les différentes régions de la France, et qu'il en reproduira, en les accentuant, les caractères essentiels et spécifiques. Il ne sera pas le même dans un pays de culture et dans un pays maritime ; il aura une touLautre figure dans une contrée où on produit le vin que dans une autre qui vit par l'élevage et le pâturage... C'est par là que cet enseignement est excellent, non seulement •

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Elle demandera, d'abord, qu'en organisant les progrannmes de chaque région, on tienne compte des aptitudes spéciales des habitants et des moyens d'étude que la nature a mis à leur portée, de façon à les rendre capables de vivre plus libres et plus forts, dans le milieu même où doit normalement s'écouler leur existence.

La poussée générale des aspirations anonymes et universelles se dirige, de nos jours, avec trop d'ardeur peutêtre, vers les études pratiques et utiles. Les régionalistes ne voudraient pas qu'on fasse perdre à nos belles races méridionales ce besoin inné qu'a mis dans leur âme l'influence combinée d'une hérédité glorieuse et d'un soleil aussi doux que lumineux, cet instinct qui les pousse invinciblement à joindre l'utile à l'agréable, à compléter le Vrai par le Beau et le Bien.

'A la préparation utilitaire, la pédagogie régionaliste ajoutera donc la formation esthétique et morale, par le respect et le maintien des traditions de la race, par l'étude de son histoire, par la pratique continuée de la religion des aïeux.

Un autre facteur important, qui influe sur l'évolution de l'individu et de la race, et dont il faut par conséquent tenir compte dans un système pédagogique, c'est le « moment, »

en ce qu'il aide et exalte Tactivité de chaque contrée, mais parce qu'il a directement |a racine dans le sol, qu'il y puise une sève toute locale et qu'il se tient dans une affinité étroite et profonde avec le génie de chaque race régionale. »

Avec lui, nous croyons « qu'il faut donner au peuple ou plutôt laisser le peuple se faire, l'aider à se faire un enseignement multiple, riche, fécond, divers, comme lui-même, et qui soit l'épanouissement de la vigueui du peuple, de ses besoins, de ses instincts, de ses coutumes tradi- • tionnelles, de ses travaux, et de ses profonds et lointains désirs, plus profonds et plus lointains que les vues qu'on prétend y substituer.

c Les choses ainsi ordonnées, ni l'inviolable et utile originalité du peuple ne serait détruite, ni, d'autre part, aucun enfant du peuple ne serait maintenu dans sa condition originelle, qui montrerait, par d'exceptionnels mérites, son aptitude à passer dans une sphère d'action plus large et plus haute. » Pour la Pédagogie, pp. 173, 176, 177.

Mais nous pensons qu'à cette éducation, il manque encore quelque chose pour répondre parfaitement aux véritables exigences régionalistes : l'élément spirituel et moral.

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