Il y a exception pour les mots en ièu
iuièu, tuyau ; louièu, alouièu, aloyau \ jouièu, joyau.
82 PÉDAGOGIE RÉGIÔNALISTE
écriteau
escritèu
chevaux
chivau
tableau
tablèu
égaux
egau
manteau
mantèu
canaux
canau
Lorsque le son o doit s'écrire en français au, il se prononce en provençal aou ; s'il doit être représenté seulement par o, son équivalent provençal est o ou ou :
autre
autre
rose
ro5o
jat/ne
jaune
porte
porto
saui
saut
obligation
ôubligaci(Mn
gaù\Q
gaulo
obstirtation
oustinacioun
Aucune diflérence de prononciation ne fera soupçonner, en français, la diversité d'orthographe entre : pain, vin, plein.
Ain français équivaut, en provençal, à an r
pain pan
main man
saint sant
romain rouman
in (ein), à in, sans nasalisation, î gardant le son alphabétique : ^
pin pin
vin vin
cinq cinq
séraphin serafin
ein, à en (ein), sans nasalisation :
sein sen
ceint ' cencha
En se distingue aussi de an :
enfant enjant
France Ffanço
semence semènço
De même ai, de è, el, er :
aigre
aigre
allègre
alègre
aile
alo
elle
elo
espèce
espèci
notaire
noutàri
terre
terro
Les exceptions sont en petit nombre et s'élèvent à peine à la proportion de i/i5 *.
Où la comparaison est instructive, en. même temps qu'utile, c'est lorsqu'il s'agit de V accent circonflexe.
On neçianque pas dédire, dans toutesMes grammaires, que cet accent remplace une lettre supprimée, mais on oublie généralement» d'indiquer quels sont les mots qui réclament cet accent et quelle est la lettre qu'il supplée dans chacun». La simple traduction en provençal signale les mots et désigne la lettre:
coûter
cousta
coûte
cos/o
pâte être
pasto èstre
râteau château
rastèu castéu
pâtre bête
pastre , bèsti
apôtre hôte
aposto oste
bâton forêt
bastoun Jourèst
châtaigne bâiller
castagno badaia
I. La plupart, d'ailleurs, c'est une chose à remarquer, ne sont pas d'accord avec l'étymologrie.
Les substantifs : descendance, dépendance, tendance, croissance, résis» tance, qui proviennent de verbes latins à la troisième conjugaison, et qui se prononcent en provençal dependènço, creissènço, etc., devraient s'écrire en français avec une, comme : conséquence c^ffluence, etc.
Si oser n'est pas d'accord avec au5a, c'est qu'il s'éloigne un peu trop du latin : audeo.
Item pour close : clauso, claudere.
parrain : peirin, patrinus.
a. Cette lettre, supprimée ordinairement dans le mot racine, se retrouve souvent dans les dérivés français : béstio, béte, bestial ; — • fust^ fût, fustiger, fustigation.
84 PÉDAGOGIE RÉGÏONALISTE
Pour chacune des parties du diçcours, on peut faire d'intéressantes et utiles remarques, par exemple, pour le verbe.
Il y a, en français, un certain nombre de terminaisons muettes dont il est difficile de distinguer l'orthographe.
Le provençal, qui fait sonner toutes les lettres, aide à la 1 etrouver :
r Au présent de l'indicatif delà première conjugaison :
j'aime
ame
tu aimes
âmes
il aime
amo
ils aiment
amon
2° Au présent du subjonctif de tous les verbes ; ,
que je rende que rende
que tu rendes que rendes
qu'il rende que rende
qu'ils rendent que rèndon
La distinction, qui embarrasse souvent les enfants, est aussi indiquée dans les terminaisons de quelques autres personnes qui sont homophones en français :
r Au présent et à l'imparfait de l'indicatif, la deuxième personne du pluriel de certains verbes se distingue difficilement : vous liez, vous liiez ; vous fiez, vous fiiez ; le provençal dit : ligas, ligavias ; fisas, fisavias.
2** A l'imparfait et au passé défini, il en va de même pour la première personne du singulier : je me promenai, proumenère ; je me promenais, proumenave,
3** Au passé défini et à l'imparfait du subjonctif, c'est, dans tous les verbes, la troisième personne du singulier : il fut, Juguè ; qu'il fût, quefuguèsse,
4° A l'imparfait de l'indicatif et au présent du conditionnel, la troisième personne du singulier se distingue de la troisième du pluriel : il chantait, cantavo ; ils chantaient, cantavon ; il chanterait, cantarié ; ils chanteraient, cant arien, i
5* Au futur simple et au présent du conditionnel, c'est la première personne du singulier: je lirai, legirai; je lirais, legiri^u.
& La troisième personne du singulier du verbe être, au présent de l'indicatif, ne se confond pas avec la conjonction : il est, es ; et, e.
X A la deuxième personne du singulier de tous les verbes en général, la terminaison est toujours indiquée par la prononciation : arroser, passara^, veirié^, que àxgutsses.
Les participes 1 Quel guet-apens pour les jeunes orthographistes ! Comment le provençal peut-il être embarrassé pour savoir s'il faut écrire aimé ou aimée, fait ou faite, alors qu'il n'a qu'à traduire la phrase dans son dialecte, où l'accord se fait en vertu d'un instinct d'autant plus infaillible qu'il est plus inconscient ? le provençal distingue le masculih ama,fini, rendu, reçaupu, du féminin amado, finido, rendudo, reçaupudo ; le gascon a même le pluriel.
La règle assez bizarre de quelque, devient lumineuse et simple. Quelques, dans le sens de quelques-uns et prenant ^'accord, se dit : quàuqui, is; quand il est invariable, il se traduit par pèr tanl : j'ai acheté quelques meubles, ai croutnpa quàuqui moble ; quelque corrpmpu, pèr tant çpurroumpu *.
A un point de vue moins général, on peut noter les erreurs orthographiques d'homonymie, qu'une simple traduction permettrait d'éviter :
Prêt et près {preste, proche) ; de et deux {de, dous) ; il se vante; il vente {se vanto, venta) ; ver et vert {verme, verd) ; ou et où (o, ounte) ; je n'en veux plus {n'en vole plus ou pas mai) ; il a plu {a plougu) ; il a plu {a plasegu) ; autant, au temps {autant, au tèms), etc., etc.
I. Mais,demandera-t-on, quand faut-il dire : quàuqui et quand ^ér /an/ ?... On sait cela de naissance quand on est provençal. VoilÀ Tincommunicable perfection de nature et de race I
86 PÉDAGOGIE RÉGIONALISTE
Si on avait songé à cette méthode pourtant si simple pour vérifier le sens et l'orthographe des mots français, que de belles occasions on aurait évitées d'étaler, d'argent sur fond d'azur, au coin de nos rues et de nos places, les plus éclatants témoignages d'une ignorance aussi coupable que honteuse, 'puisqu'elle porte sur les choses qui devraient nous tenir le plus à cœur, le nom . de notre propre pays, de ses quartiers, de ses rues.
On trouve en plein Marseille des énigmes comme celle-ci : rue de la Pierre qui rage tf en provençal de la Pèiro que rajo (de la pierre d'où l'eau jaillit... de la bornefontaine) '.
Quel régiment de lanciers a pu donner aux officiers d'état-major l'idée d'inscrire sur les partes : Pas-des- Lanciers? — Dou pas de VEncié (enciso, incisa) signifie tout simplement.: le pas, le défilé qui coupe la chaîne de l'Étoile et permet d'arriver à Marseille.
A Arles, on croirait déchoir si on ne prononçait pas, comme les bons franchimands : le Valcarès, Cet étang où viennent se désaltérer les vaches de Camargue (Vacarès, du substantif vaco, vache, et du suffixe ares, qui indique une réunion ou un lieu de rassemblement) doit être assez étonné de s'entendre appeler val, au sein de f'uniforme plaine où il s'étend.
Le phare de Foro-Man est ainsi nommé par les habitants de la*Camargue parce qu'il est situé à gauche, quand on regarde la mer (foro-man) : la carte le baptise F*araman.
Aies, qui a pour blason significatif une aile, à force d'être francisé, a fini, depuis le milieu du siècle dernier, par s'écrire Alais, qu'on tend même aujourd'hui à prononcer comme palais.
Lou quarlié de la Lèbre (du Lièvre) n'a-t il pas été traduit quartier de la Lèpre • 1
I. I] y a aussi, près d'une caserne, nousa-t-on dit, la rue de la Piquette, en prpvençal carriero de la Pisseto. On devine !... Et la rue Jean de Loly > Archéologues, fouillez les archives notariales pour faire la généalogie de la famille de Loly ; il s'agit de Jan de l*ÔU, Jean de THuile !
a. Il est un savant qui a donné d'un quartier de Cannes, appelé iou Suguel, cette très scientifique étymologie : 9uxy|, figue, parce qu'il devait y
Le jeune provençal qui connaît la prononciation et Torthographe française n*est point encore à l'abri de toutes les incorrections.
Chaque langue, en effet, a des locutions, des tournures particulières qu'on désigne sous le nom d'idiotisntes. Exclusivement propres à la constitution morphologique ou syntaxique d'une langue, ces constructions produisent, si on les traduit littéralement, d'atroces barbarismes.
Lorsqu'une étude comparative préalable n'a pas fait ressortir les différences qui existent à ce point de vue entre deux idiomes, on ne saurait imaginer quelle multitude de locutions vicieuses le conflit de deux langues petit susciter dans une cervelle d'homme *. C'est la source de tout un répertoire comique des plus innocemment désopilants : qui ne s'est égayé au récit de toutes les coquilles que l'on prête à l'Anglais voyageant en France, à l'Auvergnat, au Provençal se rendant à Paris ?
On ne saurait croire combien les provençaux, même les plus instruits, éprouvent quelquefois d'hésitation devant certains idiotismes qu'ils ont l'habitude d'entendre ou d'employer, et que jamais on n'a pris la peine de critiquer devant eux de façon rationnelle.
avoir là un figuier remarquable !I Que ne demandait-il à un gamin qui lui aurait dit que : su veut dire tête, sommet, et suquet, petite ôminence.
Ne parlons pas du Guide-Joanne qui proclame très gravement que le nom de Beaucaire vient de la forme carrée du château : Beau-carré (àellum quadrum), (De Lyon à la Médit , >aris, Hachette, i86a, p. 408.) Le château n'est pas du tout carré, et le mot caire en provençal signifie coin, quartiet. endroit : Beaucaire est donc synonyme de Beaulieu, Belleville, etc..
A Avignon, les noms provençaux des rues ont été beaucoup mieux conservés, par exemple : rue du Ponl-Trouca, de YAïgarden, de la Campant, du Limas, de la Figuière ; rue Galante, rue Crémade ; rue de la Fusterie (des Fustiers ou charpentiers), de la Peyrollerie (des Peirouié ou chaudronniers), de la Banasterie, de la Bouquerie, de la Carreterie, etc. On trouve même des rues qui portent dans une section le nom français, et dans Tautre le nom provençale rue Persil, rue Juvert ; rue Sureau et rue Sambuc.
I. Les exemples que l'on pourrait fournir se chiffrent par milliers ; ils ont été recueillis dans des livres de deux sortes, les uns pratiques et destinés à l'instruction, comme ceux de Em. Boudon, de Gabrielli, etc. ; les autres poétiques ou comiques, dont il suffira de citer, parmi les plus remarquables : Lou Sermoun de Moussu Sistre et Lou Trésor de sustentacioun de l'abbé Favre, lou Lutrin de Ladern de Mir, Lou cop dtl capel de Maifre.
PEDAGOGIE REGIONALISTE
* Sans prétendre donner de ces fautes de langage une classification strictement scientifique, nous allons essayer de les ranger dans un certain ordre :
Quelques substantifs ont un genre différent en français et en provençal, par exemple :