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I. Chanal, op. cit., pp. 3 et

Voici, par exemple, les sujets qu'il propose, pour transposer la fable du Corbeau et du Renard :

I* Le corbeau, honteux et confus, raconte sa mésaventure à sa femelle. a* Le renard raconte à ses renardeaux comment il s'est emparé d'un

fOO PÉDAGOGIE RÉGIONALISTE

C'est un acheminement vers la méthode que CfCèron employa la dernière et qu'il trouva la plus parfaite : a Quand je fus un peu avancé en âge, je crus devoir traduire les harangues des grands orateurs de la Grèce ; ce travail me fut utile. En exprimant en latin ce que j'avais lu en grec, non seulement je pouvais me servir des meilleurs termes en usage parmi nous, mais encore l'analogie me conduisait à en employer d'autres qui, pouf être nouveaux dans notre langue, n'en paraissaient pas moins heureux *. »

I^ version, voilà le moyen le plus efficace de procurer la correction, la richesse, l'élégance du style, et de meubler l'esprit de cette « forêt de pensées et de mots » que Cicéron veut qu'on possède avant de se mettre à composer.

Elle fournit à tous à la fois un texte précis, un modèle bien déterminé, qu'on pourra reproduire, sans le copier, et, pour le cas spécial qui nous occupait tout à l'heure, une norme commune, une traduction-type, au moyen de laquelle il sera facile de pratiquer, avec tous ses avantages, la correction simultanée.

M. Fouillée proclame la version de beaucoup supérieure à la lecture : « La lecture cursive des ouvrages écrits dans la langue officielle ressemble à une promenade dans un musée ; la traduction d'une langue dans l'autre ressemble à la copie d'un tableau ; l'une fait les orateurs, l'autre fait les artistes ■. »

Tandis que les lectures ou dictées classiques ne laissent que peu de traces dans l'esprit qui les fait avec trop de rapidité, la version imprime, dans les profondeurs de la

fromagre, dérobé, dit-il, par le corbeau, et qu*il vient partager avec eux.

3* Remplacer par des hommes les personnages de ces deux animaux. On supposera qu'un parasite feint d'inviter un jeune homme à déjeuner, commande un bon repas à Fauberg-e. puis, après avoir piqué Tamourpropre de son hôte, lui laisse le soin de payer la note. »

De toutes les méthodes purement françaises, celle-ci se rapproche peutôtre le plus de Tidéal.

!.. Cic, De Oratore, lib, I.

a. Revue des Deux-Mondes, i5 août 1890.

APPLICATIONS PRATIQUES lOI

mémoirç, les expressions et les idées contenues dans le texte, avec d'autant plus de netteté et de solidité, qu'elle a demandé une attention plus vive et plus soutenue.

Comme, pour trouver le véritable équivalent d'un simple terme, il faut que Télève « crochette et furette tout le magasin » des mots de son propre idiome, il apprend sa langue de façon active et personnelle*.

Madame de Staël, qui apprécie très justement les divers essais pédagogiques de son temps, dit de celui-ci, dans son livre de r Allemagne :

« L'étude des langues est beaucoup plus favorable au progrès des facultés, dans l'enfance, que celle des mathématiques et des sciences physiques... Le sens d'une phrjase dans une langue étrangère est à la fois un problème grammatical et intellectuel. Ce problème est tout à fait proportionné à l'intelligence de l'enfant : d'abord, il n'entend que les mots ; puis, il s'élève jusqu'à la conception de la phrase, et, bientôt après, le charme de l'expression, sa force, son harmonie, tout ce qui se trouve enfin dans le langage de l'homme, se fait sentir par degrés à l'enfant qui tradyit.

« Il s'essaie tout seul avec les difficultés que lui présentent deux langues à la fois ; il s'introduit dans les idées, successivement, compare et combine divers genres d'analogie et de vraisemblance, et l'activité spontanée de l'esprit, la seule qui développe vraiment la faculté de penser, est vivement excitée par cette étude.

« Le no^mbre des facultés qu'elle fait mouvoir à la fois IjLii donne l'avantage sur tout autre travail. »

La version paraît être l'exercice classique par excellence, qui permet, en effet, de grouper autour d'un texte donné tous les autres exercices. Orthographe, voca-

I. C'était ravantagre des vers latins, aujourd'hui si délaissés. Pour bâtir le plus indigne hexamètre, il fallait passer en revue tant de synonymes, d'ép.ithètes, de locutions diverses, qu'on finissait, même après le plus déplorable échec poétique, par avoir appris ra langue d'une façon active et personnelle, la seule qui soit vraiment fructueuse, et qui trouve en elle-même, dans le plaisir de la découverte, sa propre récompense.

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bulaire, syntaxe, grammaire, philologie, stylistique sont mis en jeu par la version. L'histoire de la littérature, des mœurs, des institutions, la géographie, les sciences de toutes sortes sont appelées à Taide pour Texplication d'un nom propre ou d'un terme spécial.

Dans tout l'enseignement secondaire, depuis la huitième jusqu'à la rhétorique, la principale occupation de l'élève, c'est la traduction.

Mais quelle langue traduit-il ? Voilà une grosse question.

Mirabeau disait : « Pour bien apprécier sa propre langue, il faut pouvoir la comparer à une autre ; et ce sont les meilleures qu'il faut prendre pour objet de comparaison. »

Là langue latine et la langue grecque ont été jugées les meilleures ; nous estimons assez ces deux langues et les services qu'elles rendent, pour n'y pas contredire.

Mais le latin, dans nos classes, est-il appris pour luimême?

a C'est une erreur de croire que les professeurs se proposent d'enseigner le grec et le latin à leurs élèves. Il s'agit bien de grec et de latin ! La vérité est qu'on enseigne le français, rien que le français. L'enseignement, comme toutes les choses humaines, suit son évolution dans le temps.

« Depuis trois siècles qu'il y a des collèges, où des professeurs dictent des thèmes et des versions, le but a bien pu changer. Il n'est plus celui qu'avaient en vue les érudits de la Renaissance, ni même celui que poursuivait le bon Rollin.

« Si nos maîtres mettent continuellement en présence les deux langues,' ce n'est pas, soyez-en sûrs, qu'ils se soucient de faire des latinistes ; mais ils veulent, par le moyen du latin, faire sentir la propriété des termes français, la valeur des locutions, l'agencement de la phrase. En expliquant Tauteur latin, en corrigeant la version latine, en commentant le thème, ils font découvrir aux élè-

•ves la» ressources de notre langue, enseignement d'autant plus efficace qu'il donne Tillusion d'apprendre une langue étrangère '. »

Le latin, il faut le bien noter, est une langue morte, dont l'acquisition préalable exige des efforts considérables. Nos meilleurs lycéens n'emploient-ils pas cinq et six ans de leur existence à étudier cet instrunient Ae' comparaison, pour arriver, au bout du compte, à ne pas le posséder assez corpplètement pour en faire l'usage auquel on le destine*? C'est précisément une des raisons pour lesquelles les maîtres de l'enseignement voudraient aujourd'hui remplacer le latin par quelque langue' étrangère moderne, que l'on pense faire apprendre avec beaucoup moins de temps et d'efforts par la méthode directe et qui présenterait, en dehors de l'usage classique, quelque utilité pratique.

Parmi les langues capables, nous ne disons pas de remplacer le latin, mais de le suppléer là où on ne peut

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