A. Godard, Routes d'Arles
baptême national ; c'est la croyance populaire que les Provençaux ont été les premiers chrétiens des Gaules, qu'avant d'être les initiateurs de l'Europe aux arts et aux lettres, ils furent vraiment les premiers messagers de la foi lumineuse qui venait renouveler la face de l'ancien monde *.
Grands hommes, saints locaux, ancêtres célèbres, canonisés par l'Église ou par la légende, fourniraient de beaux enseignements.
Commentées sur les lieux qui en furent les témoins, leurs nobles actions procureraient aux enfants beaucoup plus d'agrément et surtout de profit moral que les obscurités de l'époque mérovingienne ou les horreurs des grandes boucheries de l'histoire militaire, dont la plupart, occasionnées par l'ambition d'un seul ou la haine de quelques-uns, sont l'opprobre plutôt que la gloire du genre humain.
L'enfant vous dira avec l'imperturbable indifférence d'un excellent perfoquet toute la suite des rois, la date de chacune de leurs batailles et le nom de tous leurs généraux : mais, des institutions qui ont fait la force de son pays, des hommes de science, de dévouement, d'éloquence, qui ont fait la gloire de sa province, il ignore jusqu'au nom.
Plus d'un gamin intrépide, quand il escaladait les remparts de son village, a pu entendre murmurer par un « ancien », assis au soleil sur le vieux banc dé pieite: « Il est vaillant comme nos pères qui, du haut de ces murs, déboutaient l'envahisseur ». Mais il ne sait point ce que l'aïeul veut dire, il ignore les actions de ces héros, humbles peut-être, mais pourtant si .vaillants, qui lui ont donné le sang ardent qui circule dans ses veines.
I. Et la lôg-ende de la belle reine Jeanne, Tidole des Provençaux, qui, si Ton voulait en croire les bons paysans, aurait eu sa maison presque dans chaque village r
Et celle^du bon roi René, à qui on fait remonter Tinvention de tous les jeux de Provence I Ne représentent-elles pas vraiment, l'une, une périoëe de civilisation, l'autre, une époque de prospérité et de paix, pendant laquelle le peuple était considéré comme une grande famille dont les chefs aimaient à visiter ou à réunifies membres pour leur apprendre à partager les mêmçs pensées et les mêmes jeux ?
122 PÉDAGOGIE RÉGIONALISTE
Il prend part encore aux fêtes, aux bravades où Ton commémore, avec une inconscience de plus en plus glacée, des événements très remarquables ; mais il en ignore l'histoire et dès qu'il sera du conseil municipal, il fera supprimer ces « mascarades » dont il ne comprend plus le sens.
Ce sera grand dommage, car il coupera ainsi les racines latentes qui, l'attachant au sol, fondent son amour de la petite patrie et de la grande aussi.
Et puis, demain, quand sonnera le clairon d'alarme et que le drapeau s'agitera tremblant derrière la frontière, il ne saura plus ce que c'est que la patrie, il hésitera, il reculera peut-être !
Conserver ainsi, dans la mémoire de leurs descendants, le nom de tous les hommes, les plus humilies comme les plus illustres, qui ont contribué à augmenter les gloires de la patrie ou à améliorer le^ sort des citoyens, n'est-ce pas se faire de l'histoire la tonception juste et vraie que notre époque démocratique réclame ^vec raison >
Chacun de nos anciens villages de Provence, avec ses consuls et ses communautés, aurait droit à une large . place dans l'histoire des institutions qui faisaient la véritable gloire et la solide prospérité de la patrie.
Il y a quelques années à peine, en 1896, dans une lettre adressée au Ministre de l'Instruction publique, M. E. Combes, l'Ecole parisienne du Félibrige exprimait excellemment toutes ces idées.
Peu après, en 1900, dans un tout petit village du sudouest, un instituteur, aussi modeste qu'éclairé, fondait, dans le but de faire recileillir, par les enfants eux-mêmes, tout ce qui concerne l'histoire et les traditions locales, une société scolaire qu'il a appelée la a Société traditionniste. » ^
Le plan de ses travaux, qui, dit-il, n'efet encore qu'un simple cadre, dénote une si claire intelligence de la matière et un si vif amour des choses du pays, que nous
ne résistons pas au plaisir d'en donner les lignes principales :