AmarinOf osier
120 PÉDAGOGIE RÉGIONALISTE
erreurs ne s*expose-t-on pas ? Ce ne sont pas seulement les ignorants qui les commettent, mais quelquefois des hommes fort recommandables d'ailleurs par leur science, étrangers malheureusement au langage des populations au milieu desquelles ils viennent travailler «.
Quelles précieuses sources d'informations rétrospectives pourraient constituer les noms locaux, conservés et interprétés avec intelligence, dans leur forme dialectale et traditionnelle !
En rendant, par exemple, au mont Sainte- Victoire, situé près d'Aix-en-Provence, son nom provençal de Santo-Venlûri, on perrçet le rapprochement, qui peut être très fécond en 'déductions intéressantes, avec le nom véritable du mont VentoUr, indûment appelé Ventoux^.
Les géographes et les historiens ne sont pas encore
I. Rien de plus commun, dans les pays de montagne, que les dbux noms ' cv-dessus : uba, ubac, partie exposée au nord, à Tombre ; adré, adret, côté exposé au midi, au soleil. ^
Le fort que nos pères provençaux appelaient le fort du Midi, de VAdré, est devenu sur les cartes le fort de la Dretie (près de Nice). Et VUba devient le Bac dans la carte itinéraire bleue des chasseurs alpins, dite de Grandmaison I Y songre-t-on, sur le versant altier d*un aride coteau alpin I Une * autre carte orthographie : les Hubagues ! Qu'on se fasse alors, d'après le nom des lieux, une idée exacte de leur nature, de leur physionomie ou de leur situation.
La plupart des erreurs viennent du manque de connaissance des idiomes locaux.
L'officier chargé de la carte de la région d'Avignon a dû demander, par exemple, à un habitant de Sénas ou d'Eygalières le nom d'un petit massif montagneux qu'on aperçoit vers le sud. Celui-ci aura répondu : « Us Aupiho » (prononcez lis Ou-pi-ho). L'officier, qui devait être fort intelligent, mais qui, malheureusement, ignorait le provençal, a écrit, comme on peut le constater sur la carte au 1/80.000* : « Les Houpies / ». On nous a dit aussi qu'une autre carte d'état-major désignait sous le nom de Jus de Gigot un certain point de notre région. Il s'agit du Jas de Guigo, jas, gîte de berger, appartenant à M. Guigue I Ce serait risible si ce n'était lamentable, surtout quand on songe que les cartes alleifiandes portent entre crochets, sous le nom français, le véritable nom provençal, comme dans l'Atlas de Stieler,
3. Les Comtadins, en effet, appellent ce mont : lou Ventour; un de ses chaînons est lou Ventouret, le vent qui le traverse, la Ventoureso. Cf. Mirèio, ch. III, note 8, Avignon, iSSg. — M. de Montdevergues,*écrivant â Peiresc f en i683, le nomme Ventour. Item, Castil-Blaze. Un document du X**siècle l'appelle tm>ns Venturius. — Cf. M. Clerc, Sainte-Victoire et Sainte- Venture, Annales de la Soc. d'Etudes prov., 1904, n 6, pp. 278 et suiv.
d'accord pour déterminer la région habitée aux premiers siècles de notre ère par les « Albici » et les « Albiœci » .
Strabon se borne à cette mention : « Dans les montagnes situées au nord du pays des Saliens, se succédèrent les Albiciens, les Albiœques et les Voconces *. » César ajoute seulement : a Les Albiciens, hommes barbares, habitaient les montagnes au dessus de Marseille* ».
Or, sur le revers oriental du massif du mont Ventour se trouve une commune que nos excellentes cartes dénomment le Revest-du-Bion. S'il était rendu à sa forme primitive, n'est-il pas vrai que le simple nom de Revest (f Albion • deviendrait un point de repère lumineux ?
D'autre part, la commune appellation des deux Ventour ne lAir a-t-eîle pas été donnée par un m0me peuple, et ces.deux barrières formidables ne formaient-elles pas les limites naturelles* de cette région que César appelle « les montagnes au dessus de Marseille » ?
Dans une remarquable plaquette *, le capoulié Devoluy nous indique encore un autre avantage de la connaissance des idiomes locaux :
« Nous aurons encore, pour le comté de Nice, par exemple, l'inappréciable avantage de démasquer avec la plus grande facilité les noms de la carte qui portent un faux visage italien, en raison d'une orthographe vicieuse, accréditée par les errements de l'Etat-major sarde, où nous sommes coupables de le suivre aveuglément. J'ai constaté que non seulement tous les noms du comté de Nice sont de langue d'oc, mais encore qu'en en dressant la liste, on constitue un dictionnaire presque conjplet de terminologie topographique de tout le Midi. »