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2. A. Cbénièr, amené à parler des moyens pratiques destinés & assurer le règne d'une éducation nationale, ne trouvait rien de plus original que d'en revenir à rétablissement des fêtes nationales, projet d'ailleurs emprunté à Rousseau, et qui fut le lieu commun des discours révolutionnaires sur l'éducation.

Il e^t difficile de se faire une idée de l'importance attachée par |ps

Ce serait, en effet, un spectacle très salutaire pour Tenfance que celui de fêtes réellement populaires, où tout le monde fraterniserait véritablement, où jeunes et vieux, animés de la même bonne humeur, partageraient les* mêmes jeux, avec cette franche gaieté qui repose l'homme et lui rend la volonté de vivre et le courage de*travailler.

A Tâge d'or de la reine Jeanne et du bon roi René, la Provence fut la patrie d'élection de toutes les manifestations cordiales et gaies de la vie en commun. Malgré l'invasion croissante des distractions parisiennes, elle garde encore quelques-unes de ces fêtes traditionnelles qui offraient au génie de la race si bell^ occasion de se déployer.

Donner à l'enfant un rôle dans ces cérémonies, après lui en avoinexpliqué le sens historique ou le symbolisme patriotique, serait faire œuvre d'excellent éducateur. ,

Quel est le pays qui n'a pas conservé le Souvenir d'un culte très ancien ou de quelque événement remarquable commémoré par un cérémonial tout particulier, que les habitants se transmettaient jalousement de génération en génération ?

Un des plus curieux était le pèlerinage que les habitants de Pertuis allaient faire chaque année, le 24 avril, au mont Sainte- Victoire, près d'Aix-en-Provence *.

hommes de ce temps-là à Tinfluence pédagrogique des fêtes nationales. ^ Divisés sur tous les points, ils s'accordent tous à croire qu'on aura instruit et régénéré le peuple français, par cela seul qu'on aura institué des solennités populaires.

c II est une sorte d'institution qui doit être considéra comme une partie essentielle de l'éducation publique, je veux parler des fêtes nationales, n (Cf. Rapport dô Robespierre du 18 floréal an II.)

I. Ce pèlerinage était organisé par une confrérie qui portait le nom caractéristiquf de Venturiers (en provençal, venturié, dérivé de ventùri, et non pas de vitôri qui aurait donné vitourié.)

Millin en parle ainsi dans son Voycige dans les départements du Midi de la France, Paris, 1808, t. II, pp. 107 et seq. :

c Dans la journée du 33 avril, le bruit du tambour se fait entendre et rassemble les habitans : les enfans, les garçons, les jeunes filles, et même des vieillards se réunissent; ils choisissent, pour les conduire, un chef qui est chargé de pourvoira la, subsistance de cette petite troupe. Tous •partent, le soir, au son d'une marche dont j'ai fait graver la musique. Arrivés sur la montagne, au lieu de se livrer au repos, ils s'occupent ^

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Les bravades que Ton exécute encore dans bon nombre de pays^ en particulier à Saint-Tropez, rappellent les luttes des paysans contre les Sarrasins.

ramasser du bois, en construisent un bûcher, et y mettent le feu après s'être couvert la tête de fleurs. Alors le roulement du tambour redouble ; on forme des^ ronds joyeux et des farandoles bruyantes autour du bûcher, qui semble consumer encore les dépouilles des barbares ; la montagne retentit des cris de joie, et partout on entend répéter : Victoire! Victoire I avec une espèce de délire.

c La troupe, satisfaite d'avoir célébré l'époque mémorable de la délivrance et de la gloire de ses pères, se remet en marche. Sa rentrée dans Pertuis est une espèce de triomphe : chacun tient à la main une branche d'arbre et des bouquets, et l'on crie à Tenvi: Sancta Victoria I Sancta Victoria ! Les habitants vont ensuite au temple rendre grâces au Dieu des ar. mées, qui n'a pas«permis que leur antique patrie fût subjuguée par les barbares du Nord.

« On célèbre dans Pertuis même un autre fête qu'on peut regarder ici comme une seconde commémoration de cette délivrance. On construit sur un char un bûcher, qui brûle pendant qu'on le promène par la ville ; le char, traîné par des mulets attelés deux à deux et guidés chacun par un conducteur, est précédé d'appariteurs vêtus de blanc, ayant l'épée au côté et un bâton blanc à la main; il est suivi des aàbés de la jeunesse» des magistrats et des personnes les plus qualifiées. Les rues sont éclairées par une grande quantité de tœdes ou morceaux de bois d'arbres conifères allumés, que chaque habitant tient à la main ; il y en a à toutes les fenêtres, à toutes les portes ; chacun aime à entendre pétiller ce bois, et à respirer les vapeurs résineuses qui s'en exhalent. Partout où le char passe, l'air retentit d'acclamations. Cette cérémonie a lieu le jour des Rois, et est appelée, pour cette raison, la Belle-Étoile, parce qu'on croit communément qu'elle a été instituée en mémoire de l'étoile qui conduisit les mages. »

Cité par F. Digonnet, Les monts Ventour, Avignon, F. Seguin 1906. Cf. aussi J. Saint-Martin, la Belle-Étoile à Pertuis, Aix, i863, et Statistique des Bouches-du-Rhône, t. III, p. 248.

Ces fêtes et pèlerinages, que le christianisme avait conservés, en les sanctifiant, étaient-ils, comme on l'a dit, la commémoraison de la célèbre victoire remportée par Marius sur les Teutons, en loa avant Jésus-Christ^ dans le voisinage du mont t de la Victoire »? Ne seraient-ils pas plutôt, comme semble l'iiidiquer l'allure même des cérémonies, un souvenir transformé d'un antique culte rendu au dieu des Forêts, au génie de la Montagne, à ce dieu Ventur ou Vintur, dont on a retrouvé les autels à Buoux, près d'Apt, et à Mirabel, dans la Drôme, et dont la croyance naïve des premiers hommes pouvait placer la demeure sur les cimes imposantes du Ventour de Provence ou du Ventour du Comtat ?

Le Ventour de Vaucluse reçoit, en effet, le 14 septembre, un pèlerinage, jadis si renommé c qu'en i5i8, la ville d'Avignon y députa un de ses consuls, Joachim de Sade, pour demander â Dieu la cessation de la peste et faire un vœu au nom de la cité. »

Cf. P. Achard, Union de Vaucluse, 21 août 1878.

N'auraient-ils qu'un intérêt historique, ces souvenirs, qui, nous venons de le voir, peuvent fournir aux savants les plus précieuses indications, mériteraient d'être conservés.

APPLICATIONS PRATIQUES iSq

A Castellane, la fête du Petardié est un souvenir de Tassaut repoussé en i586 et de la citoyenne de Castellane qui, selon la chanson, ^

D*un cop de bugadié j Tuè lou petardié I

La fié te du Roi de l'eissado, célébrée à Salon, où le roi, choisi parmi la confrérie des paysans, porte une pioche en. guise de sceptre ; la charrette de Saint Eloi, qui parcourt encore la plupart des villages, exaltent l'art de la terre et les nobles travaux des champs.

Sous les détails les plus divers, c'est toujours le génie local qui se montre et s'épanouit.

Les feux de la Saint Jean amuseraient les garçons ; la reine de Mai serait une agréable distraction pour les petites filles. Au dimanche des Rameaux, les, uns et les autres trouveraient qu'il est bien doux d'habiter un pays où croissent des rameaux chargés de fruits comme ceux que l'on porte à l'église !

On dira aujourd'hui que ces fêtes antiques sont démodées et qu'il faut à nos générations plus éclairées des amusements plus modernes et plus rationnels. Il y a trente ans seulement, elles n'étaient pas discutées, ces traditions qui s'étaient conservées pendant de longs siècles sans fatiguer nos pères, comme la Belle-Estelle de Pertuis, célébrée si pompeusement en 1878, ou les jeux de la Tarasque réorganisés à Tarascon en 1891.

Est-ce que l'esprit humain serait resté pendant tout ce temps dans l'enfance et la sottise, pour revêtir seulement de nos jours la toge virile?

Ces belles et savoureuses traditions de notre race, qui ne sont autre chose, après tout, que l'histoire mise en action, il ne faut pas les laisser périr. L'école, si elle le voulait, pourrait faire beaucoup pour elles ».

I. Il y aurait un ouvrage classique fort intéressant et fort utile k écrire sur les Fêtes et Jeux provençaux, productions délicates de la foi ou de respritde nos aKeux, qui représentent un côté très pittoresque et très signi-

I p. Béranger ; Dictionnaire d'Achar^.

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A ces fêtes vraiment populaires et nationales, autrement cordiales que les fêtes officielles de la centralisation, on pourrait ajouter, comme élément de grâce et d'allégresse, la^ musique et la chanson populaire.

Chaque race a une musique qui la caractérise et des instruments privilégiés qui répondent mieux à ses^ goûts ou à son tempérament. *

Les airs nationaux de tambourin et de galoubet, qui jetaient une note si gaie dans nos fêtes provençales, pourquoi ne les apprendrait-on pas aux enfants de Provence?

Quels chants entend-on aujourd'hui dans les fêtes? Le refrain de café-concert, insignifiant quand il n'est pas immoral, a remplacé, hélas ! les gracieuses rondes bretonnes, les jolies %allades provençales.

Où sont-elles ces chansons naïves que Taïeule apprenait à la mère, que la mère chantait à son enfant, et que l'enfant gazouillait jusque sur le seuil de la classe, trésor in- ' comparable que les générations se transmettaient joyeusement en y ajoutant chacune quelque chose d'elle-même?

C'est à l'école, que reviennent le droit et le devoir de maintenir et de perpétuer le répertoire de la race.

La musique dans l'éducation n'est point chose si ac- •*

cessoire qu'on pourrait le pen^r. Sa valeur éducatrice a été de tous temps célébrée par les maîtres de la pensée et de la pédagogie.

ficatif de nos mœurs et de notre histoire. « N'allez pas croire, nous dit M. J. de Fontviérane, qu'un « irin » est un ensemble d*amusements bizarres n'ayant aucune raison d*être, aucun lien entre eux : tous ces jeux ont de profondes racines dans le passé; leurs règles se sont élaborées peu à peu dans un usage plusieurs fois séculaire, et Ton trouve dans ces pratiques des traces multiples de la vie aux époques écoulées ; croyances, habitudes! mœurs publiques et familiales, tout a un écho dans les « vot09. On a dit que, pour bien connaître un homme, il faut bien savoir à quoi il s*amuse. U en est de même des peuples. Oit a conté les guerres, les massacres, les tyrannies et les persécutions qui lensanglantèrent nos belles contrées. Qu^on nous parle donc, avec les mômes détails, des joies 1

de nos pères lorsque, livrés entièrement à eux-mêmes, ils tâchaient d*ou- ,

blier le poids des servitudes dans ces incomparables roumavagt qui émerveilleront encore nos petits neveux. »

National d'Aix, i" juin 1903. — A consulter aussi : Soirées provençales de

Platon « lui attribue le premier rang dans la formation de Tâme. Il va même jusqu'à accorder à cet art le pouvoir d'habituer, par analogie, les citoyens à Tordre et à l'harmonie sociale.

Aristote dit que la musique est d'abord un passe-temps honnête et un plaisir très délicat, et qu'elle possède, en outre, le pouvoir plus noble d'exercer sur les âmes une influence moralisatrice.

Napoléon, ce grand manieur d'hommes, écrivait de Milan aux inspecteurs du Conservatoire : « De tous les beaux arts, la musique est celui qui a le plus d'influence sur les passions, celui que le législateur doit le plus encourager. Un morceau de musique morale et fait de main de maître touche immanquablement le sentiment et a beaucoup plus d'influence qu'un bon ouvrage, qui convainc la raison sans influer sur nos habitudes*. »

Dans la Préface d'un Recueil scolaire, M. Ferdinand Buisson écrit : « Tu ne sais pas si, quelque jour, ce ne sera pas un de ces refrains d'enfance, appris à llécole, qui soutiendra ton flls à l'heure du danger, qui lui rappellera son devoir et le préservera de la défaillance. »

Dans nos pensionnats, les jeunes flUes demandent qu'on leur enseigne la musique; mais, nous dit M. Compayré", c'est surtout afin que ce talent figure au contrat parmi les qualités de la future, plutôt que pour chercher dans l'act musical unKiélassement innocent et élevé. Elles l'apprennent pour se trouver un mari ; la preuve, c'ost qu'elles se hâtent le plus souvent de négliger et de désapprendre la musique dès qu'elles ont trouvé le mari. »

La raison en est, peut-être, que la musique qu'on enseigne ainsi à nos enfants, étrangère et artificielle, ne répond en rien à cette musique naturelle et instinctive, qui sort de l'âme même de la race et qui chante, sans effort, comme un écho spontané des générations passées.

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