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Op. cit.. t. I, p. 44a

I4î2 PÉDAGOGIE RÉGION ALISTE

Quel charme pour un foyer qu'une épouse, une mère, une sœur qui sait chanter les chansons qu'inventèrent les aïeux pour endormir les soucis d'un époux, adoucir les luttes d'un frère ou charmer le sommeil d'un enfant I

Quels trésors de poésie ces mélodies, riches des émotions de toute une race, ne viendraient-elles pas amonceler dans l'âme d'un enfant ? N'a-t-on pas dit que c'étaient les chansons de sa mère qui avaient éveillé le génie de Mistral ? .

En Provence, on a toujours chanté, dans la tristesse comme dans la joie, aux heures de liberté et d'enthousiasme comme aux époques de lassitude et d'oppression.

Pour le peuple de Provence, chanter est la moitié de la' vie. La chanson est pour lui une compagne, une consolatrice, une amie, qui encourage aussi bien qu'elle réjouit et peut même, lorsqu'il en est besoin, soutenir les défaillances de l'âme.

• Pour que l'ouvrier travaille joyeusement, il lui faut des

chansons. Il lui en faut pour ses moissons, pour ses vendanges et pour ses olivades. Mireille chantait en cueillant la feuille des mûriers. Nore chantait en défilant les cocons dorés. Au milieu d'un essaim de gaies oliveuses, celle qui ne chanterait pas serait regardée comme un oiseau de malheur.

Maisf pour chanter, il faut des chansons, et des chansons qui fassent épanouir les âmes. Qu'oti apprenne donc aux enfants ces mélodies où passe le souffle du pays, où retentit le timbre de l'âme provençale, où refleurit, éternelle, la joie de la race*.

On a remarqué qu'on ne chantait plus aujourd'hui comme on faisait autrefois dans les ateliers des villes, dans les réunions d'ouvriers. Ne serait-ce pas parce qu'on manque de chants traditionnels, et parce qu'on ne

L. Nous savons que dans nos écoles ordre est donné défaire chanter les enfants ; mais que leur fait-on chanter? Dans une ville importante et distinguée du Comtat, les voisins d'une école enfantine nous ont affirmé que. pendant plusieurs mois, le chant qui servait aux enfants à marquer le pas en entrant en classe était celui de : Viens, Poupoule II! En écoutant cet

trouve plus dans les niaiseries des répertoires modernes ce qu'on pourrait appeler les résonnances naturelles de l'être même ?

A l'école de retrouver et de réapprendre à nos jeunes générations tout ce folklore de la race que Mistral réclame avec tant d'éloquence et de raison dans un article par lequel nous terminons ce sujet :

« Les collections de papillons, bien épingles dans des cases, ont leur valeur, sans doute ; mais les papillons qui volent et qui brillent dans les champs sont autrement utiles pour la vie et le charme de la prairie en fleurs.

« Pourquoi donc cette charmante et touchante poésie qu'on nomme « populaire » ne serait-elle pas, enfin, utilisée par les éducateurs des générations nouvelles ?

« Pourquoi des comités de Folkloristes ne seraient-ils pas chargés, par le ministre de l'Instruction publique, de reconstituer, dans leur forme la plus pure, au moyen des versions diverses qu'on a cueillies çà et là, dans les provinces de même langue, les chants nationaux de chaque province, de chaque nation et de chaque race ?

« Est-ce que, dans l'ancienne Grèce, cette initiatrice de toute vie supérieure, les chants orphiques et homériques, qui flottaient dans la mémoire des rapsodes errants, aussi bien que dans celle des femmes, ne furent pas recueillis de cette façon, au temps de Pisistrate, et rétablis et mis en oeuvre pour l'éducation du peuple grec?

« Si, par exemple, dans les écoles enfantines, dans les écoles primaires, dans les lycées, dans les casernes, on faisait chanter aux enfants, aux écoliers, aux soldats, tels

aveu quelque peu humiliant, nous rôvions à l'effet que produirait, chanté par un essaim de têtes blondes, ce couplet du chant de la Coupe :

D'uno raço que regrèio...

Sian bessai li proumié gréu !

La marche provençale des Rois, mise en vogue par VArlésienne, est devenue, depuis 1894, le chant de fête de TÉcole Normale de Paris.

Pourquoi chaque collège ne chercherait-il pas, dans le trésor populaire de sa province, un chant traditionnel qui deviendrait pour les élèves ce que l'hymne national est pour le citoyen, ce que la marche du régiment est pour le soldat ? '

et tels chants du cru, appropriés à leur âge, tout imprégnés de la franchise et de Tessence du pays, croit-on que ces fraîcheurs de nos sources nationales ne feraient pas germer dans les cœurs 'juvéniles cies sentiments plus généreux, plus naïvement patriotiques?

a Dans les dîners mensuels des sociétés provinciales, traditionnistes ou autres, qui vont se multipliant depuis quelques années, il est d'usage de chanter les couplets populaires de nos vieilles provinces, et cette commémoration des oeuvres des ancêtres, par la reprise des chants* qui leur appartiennent, fait le principal attrait de ces joyeuses réunions.

a Est-ce que nos écoliers et nos jeunes soldats, si on leur réapprenait les cantilènes du foyer, n'éprouveraient pas aussi, et bien plus profondément, le charme et Tinfluence salubre de ces choses?

« N'oublions pas que le réveil de l'idée germanique et sa diffusion dans les masses eurent pour premier moteur la chanson populaire, remise en vogue et en honneur, au bon moment et savamment, par Gœthe et sa pléiade*. »

Il est un petit chapitre que nous n'oserions pas ajouter de nous-même au programme d'éducation méridionale, si nous ne savions que, dans certaines écoles des plus sévèjes, l'art de la danse est admis au rang4es matières d'enseignement.

N'est-ce pas de la danse que le grave Quintilien prétend célébrer l'utilité lorsqu'il dit, liv. I, ch. X : « La musique a deux.sortes d'harmonie : l'une qui s'applique à la voix, l'autre aux mouvements du corps. Tout cela n'est-il pas évidemment nécessaire à l'orateur ? »

Si, à nos enfants, aux jeunes filles surtout, on veut apprendre cet art de l'eurythmie, qui consiste à donner au corps humain les poses les plus gracieuses et les plus esthétiques, en des figures d'ensemble pleines de grâce

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