I. Fréd. Mistral^ art. sur te Folklore brésilien
't APPLICATIONS PRATIQUES 146
et d'harmonie, on ne peut s'empêcher de reconnaître que les danses traditionnelles du pays offrent les plus aFtistiques ressources.
Dans presque toutes nos provinces, elles sont beaucoup plus morales que celles qu'une prétendue civilisatioç est parvenue à y introduire. t
plaisir des yeux, elles n'excitent pas les sens ; mise en action de scènes historiques ou locales, elles sont une instruction en même temps qu'une récréation '.
Faut-il décrire l'entraînante farandole, à l'aide de laquelle, dit-on, le Midi a conquis le Nord ? Dans son Poème du Rhône *, Mistral l'appelle : * ♦
la naciounalo danso Roudanenco
., E dôu reiaume ancian di Bousounido,
Que, de Coundriëu à-n-Arle, i jour de voto, Di viravôut dôu Rose imitarello, Ersejo et fai la serp au long di dougo...
Les « Moresques », les « Epées », rappellent* les attaques des Sarrasins et la défense des Provençaux.
Les « Olivettes », les « Treilles », les « Pileuses », les « SQufflets », représentent les récoltes principales ou ^es industries du pays.
Les « Bergères», îa « Cordélle », conservent le souvenir des pasteurs transhumants qui les apportèrent des Alpes.
ToVites ces danses figurées, dans la musique desquelles chante la nature, pleine de fleurs et de soleil, et qui expriment par leurs figures gracieuses la lumineuse eurythmie des races méridionales, symbolisent à ravir les gloires historiques de la nation et leS travaux 'agricoles du pays. •
I. Qu^on ne se méprenne pas sur notre pensée : nous ne saurions trop réprouver les danses modernes, quelquefois aussi laides qu'immorales, qu'un snobisme fort peu intelligent est parvenu a introduire chez nous ; nous disons seulement que, si on juge la danse nécessaire ou utile comme exercice musculaire ou esthétique, ce sont les danses traditionnelles qu'il faut choisir, celles qui glorifient les travaux de la race ou en rappellent les souvenirs historiques.
a. Lou Pouèmo dôu Rose, ch. I, p. 8.
T46 PÉDAGOGIE RÉGIONALISTE
Nos pères excellaient à poétiser ainsi les choses de la vie. Cette idéalisation du labeur quotidien et ce caractère national donné à ces exercices, rendus aujourd'hui dangereux, les transformaient en une leçon morale qui faisait aimer à chacun la condition et la patrie où la Providence l'avait fait naître.
Parmi ce qu'on pourrait appeler les amusements religieux de la Provence, il en est un vénérable entre tous et par son objet et par son antiquité.
S'il^tait vrai qu'on veuille le sacrifier encore à l'esprit nouveau, nous voulons en dire un mot, pour réveiller la sympathie envers une coutume si belle, qui présentait, dans son apparente naïveté, des ressources pédagogiques remarquables.
La veille de Noél, très affairés, les garçons partaient pour la colline chercher la mousse et le « vert-bouisset ». Le père, après avoir disposé dans un coin de la maison une petite charpente, la recouvrait du traditionnel papier gris que l'on froissait et ombrait, pour simuler des rochers. Les fillettes, de leurs petits doigts délicats, disposaient, dans quelque pli de terrain, le papier d'argent, mis en réserve depuis de longues semaines, pour simuler les ruisseaux, où les plus habiles dessinaient jusqu'aux rides que doit faire l'onde en glissant sur les cailloux.
N'était-ce pas pour tous une occasion de développer leur sens artistique, dans les conditions les plus favorables, sous l'influence du souffle religieux et familial ?
Le goût du théâtre est inné chez l'homn^e, à tous les degrés de l'échelle sociale *.
Comprenant que le, spectacle de la Crèche donnait satisfaction à ce besoirt esthétique, l'Église n'hésita pas à lui offrir chez elle, et dans le corps même de sa liturgie, une place privilégiée.
I. UÉglise l'avait parfaitement compris, au moyen âge, lorsqu'elle prêtait paternellement ses temples pour y représenter les Mystères.
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La Crèche, c'est l'apothéose des humbles, des travailleurs, des petits, que la tradition nous montre réunis autour du berceau de TEnfant-Dieu.
Vue par le seul côté extérieur, c'est une expositiori intéressante, un naïf plaidoyer en faveur des costumes nationaux.
Que de beaux actes de religion faisaient accomplir ces délicieuses « Nativités » ! La première huile qui sortait du pressoir, la plus pure, la plus odorante, servait à entretenir -une lampe qui devait y brûler jusqu'à la Chandeleur. La première poignée de semence était déposée dans de petites soucoupes, longtemps à l'avance, et arrosée avec soin, pour être placée, quand elle aurait germé, aux pieds même du Créateur à qui elle demanderait de bénir la récolte.
Ces petits « santons », quelquefois grossièrement taillés et représentant des professions d'un anachronisme criant, que d'exemples de délicatesse, de bontéi de charité, ils donnaient au peuple qui les contemplait ! Le meunier poussait devant lui son âne, chargé de son plus gros sac de farine ; le berger apportait son agneau le plus blanc ; le chasseur, avec son fusil de forme très primitive, c'est vrai, mais pas assez ancienne cependant pour remonter aux Romains, ne voulait pas être en retard pour livrer son plus beau gibier. Il n'était pas jusqu'au poète, le félibre aux longs cheveux, qui, n'ayant pas d'autre trésor, n'apportât son rouleau de chansons, où se trouvaient ces « noëls » simples et émus que l'on chantait avec amour.
Tous manifestaient de façon très visible leur intention d'offrir à l'Enfant qui se donnait lui-même ce qu'ils avaient de plus exquis.
Aussi, dans les familles où l'on se proposait. à soi-même de tels modèles, quel besoin de faire partager sa joie I Le soir des Calendes, au mas, autour de la Crèche des humbles, demeuraient tous les pauvres serviteurs qui n'avaient pas de famille. Quelquefois, à la^ tombée de la nuit, un parent, autour cfuquel la mort avait fait la solitude, arrivait simplement, disant : « Bonnes fêtes, parents.
P je viens poser cacho-fio avec vous » ; la porte s'ouvrait
^ toute grande, et, sur la table, s'ajoutait un couvert. Il
1. fallait que tout le monde fit Noél et prit part à Tallégresse
' générale *.
Combien d'autres coutumeâ vénérables se rattachaient ^ . à ces « Fêtes calendales », qui, avec la joie et Tallé-
gressp, apportaient aux âmes chrétiennes le goût de tout ce qui est beau, l'amour de tout ce qui est bien.
On s'est plaint, avec assez de raison peut-être, qu'à l'école on ne donne plus l'éducation. Ce n'est pas avec de grandes théories plus ou n>oins utopistes, c'est peutêtre avec des moyens simples comme ceux-ci,, adaptés à f la trempe d'esprit d'un peuple,'au génie intime d'une race,
qu'on ferait l'œuvre la meilleure.
Nous soumettons toutes ces pensées aux réflexions des '- sérieux éducateurs qui veulent sincèrement le bien de
nos enfants et le bonheur de notre patrie.
I. La^arine, de Manosque, nous fait â ce sujet un récit naïf et touchant ?
« Mon père, ma mère, qui ne mangeaient pas une noisette sans la partager avec la famille, voulaient que dans la maison tout fût en fête.
<t Le premier servi était le cheval. On coupait un gros « pain de ménage » dans un grand plat et on Tarrosait d'un « flasque » de bon vin. Quand le pain était bien imbibé, mon père allah le mettre dans la crèche et le cheval faisait Noèl. ^
tt Au chardonneret, on donnait un morceau de « fougasse» à Thuile et au sucre que ma mère avait pétrie.
<c Puis venait le tour du chien : on lui donnait un grand plat de pommes . de terre avec de la morue. Oh ! si vous l'aviez vu, C(>mme il était heureux le bon chien I il aboyait, remuait la queue et comprenait, lui, que la joie était dans la maison. »
Comme il est touchant ce besoin des gens simples d'associer ainsi à leur joie tous les compagnons de leur labeur t
Aiôli, 27 décembre 1893.