‹ La pédagogie régionalisteChapitre 44 sur 77 · LIVRES DE LECTURES. ANTHOLOGIES DIALECTALES · texte numérisé non relu

LIVRES DE LECTURES. ANTHOLOGIES DIALECTALES

Nous avons, insisté déjà surla nécessité qu'il y aurait de fournir aux élèves et aux maîtres, aux jeunes gens et aux hommes faits, des lectures qui les maintiennent dans Tamour du sol natal, de la vie familiale, des traditions des aïeux, de tout ce qui fait la force de l'âme et le bonheur réel.

A ceux qui connaissent la vie, qui ont vu le monde, à qui se sont déjà offerts, pour étancher leur soif de lecture, le feuillçton incolore ou le roman scabreux, on peut indiquer, sans presque faire d'exception, tout le rayon des chefs-d'œuvre félibréens, où ils trouveront, au milieu d'un cadre qu'ils aiment et qu'ils connaissent, la peinture de sentiments qui pourront être chauds et vibrants, mais presque toujours simples, naturels, vrais.

Lamartine, après l'apparition de MirèiOy écrivait.: « Si j'étais ministre de l'Instruction publique, je ferais imprimer à six millions d'exemplaires le poènîe épique de Mtrèio et je l'enverrais gratuitement à toutes les portes où il y aurait une mère, un vieillard, un fils capable d'épeler ce catéchisme de sentiment, de vertu, de poésie. »

La petite âme délicate et impressionnable de l'enfant réclame une réserve jalouse dans le choix des lectures qu'on lui propose; aussi, ne peut-il être question de mettre entre ses mains les œuvres complètes même des meilleurs félibres.Il est des sentiments, même très nobles et très grands, que l'enfant ne doit pas connaître avant l'heure, sous peine de les mal comprendre et de les déflorer avant la saison.

Pourtant, il est bon que les élèves soient de leur temps et de leur pays, et connaissent ce que produit leur époque et leur province.

Ceux qui ont lu ces œuvres remarquables qu'on nomme Mirèio, Calendau, la Miôugrano, lis Oubreto, la Bresco, la Farandoulo, la Rampelado) Amour e Plour, H Parpaioun

* APPLICATIONS PRATIQUES l55

blu, las Papilhotos, Cants de l'aubo, Cants del Soulelh, lou Terradou, Vido d'Enjant, Çantos d'azur, Estello, Belino, tqut en ccfmprenant qu'on ne peut les mettre telles quelles sous les yeux des enfants, ne voudront pas qu'on prive de ce qu'elles ont de plus exquis les fils de la terre qui les a produites. C'est pourquoi, avec autant de bon goût que de délicatesse, avec autant d'art que de prudence, on a composé pour l'enfant ces anthologies, ces florilèges qui sont comme des écrins merveilleux dans lesquels sont enchâssés les joyaux les plus précieux de toute une littérature.

Pour rendre l'instruction attrayante, Fénelon voulait qu'on mît entre les mains de l'élève des livres bien propres, dorés sur tranche, avec de belles gravures ; Fleury conseille les livres neufs et bien reliés ; RoUin lui-même dit : « Une belle édition frappe les yeux et gagne l'esprit, et par cet attrait innocent invite au travail. »

Nous avons déjà signalé les Lectures ou Versions provençales-françaises de Savinien. Le IIP volume (Prosateurs) et le IV* (Poètes) semblent faits pour répondre à tous ces souhaits. Sous des dehors séduisants, très agréablement illustrés par le crayon de lihabile peintre marseillais, Valère Bernard, ces livres offrent un choix très soigné de tout ce que la littérature méridionale, si riche, • si variée, possède de plus remarquable pour former le goût et le cœur des jeunes provençaux.

Tout en y savourant les beautés littéraires, l'enfant, de la façon la plus agréable, peut y apprendre les traditions, l'histoire, les mœurs, les légendes de sa petite patrie.'

Le Recueil des Versions gasconnes de S. Lacoste, avec un extérieur moins attirant, offre les mêmes avantages.

Le champ est largement ouvert aux prosateurs et aux poètes de tous pays pour alimenter les bibliothèques scolaires ou populaires de bons livres de lecture, ainsi qu'aux maîtres de toutes les provinces pour composer, selon leurs préférences ou selon les besoins spéciaux de

• ï56 PÉDAGOGIE RÉGIONALISTE |

leurs élèves, des anthologies mieux appropriées à la force de leurs écoliers ou au dialecte de leur région ».

« I. Nous avons remarqué que, lorsqu'il s'agrit de trouver; pour rénfint

^ • des phrases détachées, simples mais significatives, ce sont les proverbes

qui constitue^^t la mine la plus riche où Ton puisse s'approvisionner. En \ dehors de Toriginalité des images, presque toujours empruntées aux

choses du pays, on n'a pas idée des leçons multiples que contiennent nos

proverbes provençaux :

« Leçons de morale :

Bello tésto, pau de sèn.

Quau semono d'espino — Vague plan quand camino. Aigo troublo noun fai mirau.

Li counseiaire soun pas li pagaire.

Qu pôu viéure dins sa demoro — Noun cerque travai deforo.

Leçons d'Histoire :

Castèu de Cagno, Tourre de Vilo-novos Grand Jardin de Vènço, — très belli causo de Prouvènço.

Leçons d'astronomie :

Quand lou Ventour a ^oun capèu — E Magalouno soun mantëu, — Bouié, destalo e vai-t-en lèu.

Luno mecrouso, — Femo renouso.

Leçons d'hygiène :

Un bon cop de couissin — Fai mai que lou médecin. Quau a mau is uei, se 11 frète 'mé lou couide. Coulèro ni plour — Garisson li doulour.

Leçons de religion :

Calèndo emé li siéu, — ^ Pascoemé soun Dieu.

Es meiour ço que Dieu mando — Que ço que l'ome demando.

Leçons d'expérience ;

Pescaire de ligno — E cassaire de cardelino — Es cop d'asard quand dino. Lou bos verd e lou pan caud — Soun la rouino de l'oustaU. Souvent au castéu se languis — Quand dins la cabano se ris.

La maison Aubanel imprime %n ce moment, sous ce titre : Lei Mounl- Joio, voucàifulàri dei prouvérbi e loucucien prouverbialo de la Lengo Prouvençalo, par Paul Roman, un recueil qu'on aurait pu appeler le Grand Trésor des proverbes du Midi ou encore le Panthéon de la sagesse méridionale^

Parmi les 40.000 proverbes recueillis dans ce livre et classés par lettre alphabétique, d'après le mot qui en caractérise le sens, il sera facile aux professeurs de trouver dQ quoi alimenter agréablement et longtemps leurs leçons.

APPLICATIONS PRATIQUES iSl

Art. VI.

Page 1