HISTOIRE DE LA LANGUE ET DE LA LITTÉRATURE
Les ouvrages savants ne manqueraient pas.
Parmi les travaux d'ensemble nous citerons seulement ceux qui paraissent offrir le plus d'intérêt pour le public primaire :
C. Fauriel, professeur à la Faculté de Paris, Histoire de la Poésie proveriçale, 3 vol.
Restori, Histoire de la Littérature provençale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, i** partie traduite par A. Martel, Montpellier, Hamelin, 1894.
G. Jourdanne, Histoire du Félibrige (1854-1896), Avignon, Roumanille, 1897. •
E. Portai, La LetteVatura provenzale moderna, Palermo, Pedone Lauriel, 1893.
On attend encore le manuel classique, bien au courant des derniers progrès de la philologie et de la critique, mais en même temps simple et court, pour rester à la portée des élèves.
Art. yil. — HISTOIRE et géographie.
On ne peut pas dire que Thistoire de Provence n'ait pas été écrite. Elle a fourni matière à de très longs ouvrages comme ceux d^ Nostradamus, Bouche, Papon et plus récemment, Augustin Fabre, AJéry, Napoléon Peyrat, 'etc., ainsi qu'à des études de détail nombreuses et fort remarquables.
Les monographies étant, le plus souvent, trop particulières et trop savantes, les grands ouvrages manquant de critique ou d'impartialité, on ne peut songer à les mettre entre les mains des élèves.
Il faudrait, pour chaque région, un manuel classique, clair, concis, impartial. L'Escolo Gastou Fébus a fait adopter dans toutes les classes du Béarn le « Petit Précis d'Histoire du Béarn » adapté aux programmes officiels d'histoire nationale... par J. Eyt, Pau, Empérauger, 1903.
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Chaque province pourrait avoir ainsi son histoire générale*, à laquelle les maîtres recevraient la charge d'ajouter les détails particuliers afférents à chaque ville ou village.
Les manuscrits de cette partie, trop spéciale pour entrer dans une édition générale, seraient transmis et perfectionnés de génération en génération pour constituer en quelque sorte Tapanage de Técole qui les conserverait jalousement •.
li Dans la Correspondance de la Presse départementale, du jeudi 17 août, nous lisions tout récemment, sous la signature de Jacques Rocafort :
/ Il s'agit d'assigner dans renseignement de chaque école une place à part À rhistoire locale, Thistoire du village natal, l'histoire de la province, suivie à. travers les péripéties de l'histoire générale de la nation.
c Le Conseil général de la Côte-d'Or a mis au concours un c Manuel d'histoire de la Bourgogne » ; le manuscrit lauréat recevra un prix de 1 ,000 francs.
« Ce manuel devra comprendre deux parties : d'abord un exposé de l'histoire de la Bourgogne, rédigé conformément à un programme arrêté par une commission, et dont chaque chapitre sera suivi de lectures ; puis, une série alphabétique comprenant les hommes célèbres de la Bourgogne. La liste a été donnée, elle comprend depuis Bossuet jusqu'à SpuUer, en passant par Piron, Lazare Carnot, Nisard et le général Changarnier. »
Voilà un plan tout tracé en même temps qu'un bon exemple.
On se souvient du concours ouvert par le Félibrige pour une Histoire dj Provence^ dont la palme fut victorieusement remportée par le superbe travail du capoulié Devoluy, q^ue nous avons eu le plaisir de lire et que nous regrettons de ne pas voir publié.
2. Et pourquoi, dans cette œuvre de patriotisme local, l'instituteur ne se ferait-il pas aider par le curé de la paroisse, dont il partage, en quelque manière, le sacerdoce ? Le prêtre, chez qui la formation secondaire a élevé d'un degré la largeur des vues, la puissance de Ja critique, en même temps que la finesse du style, serait un précieux auxiliaire. Travaillant à la même œuvre, un^s dans le même amour de la terre patriale, ces deux éducateurs d'un même peuple, qui, au fond, ont les mêmes pensées de générosité et de dévouement, obtiendraient de bien meilleurs résultats qu'en laissant subsister cet antagonisme que l'on regrette de part et d'autre et qui est aussi stérile que peu justifié. Le curé aurait, s'il le voulait, son terrain spécial en étudiant les saints locaux. Âh I ces bons saints de chez nous, qui sont bien humbles peut-être, mais qui sont plus près de nous que les plus grands princes du Paradis! Le peuple les aime davantage parce qu'ils ont la spécialité de guérir leurs maladies et de consoler leurs peines; ce sont ses amis, il ïes invoque avec familiarité. Comment pourraient-ils ne pas exaucer les Provençaux, eux qui ont tant aimé la terre de Provence? Leur biographie ne fait-elle pas partie de notre histoire? N'est-elle pas, à l'origine, notre histoire même? Si le clergé voulait, il aurait là un excellent moyen de faire revivre dans chaque pays les anciennes traditions et de se rapprocher du peuple qui semble lui échapper, précisément peut-être parce que l'Église néglige un peu trop ce qui le touchait de plus près et ce qui l'intéressait davantage.
APPLICATIONS PRATIQUES iSç
Quand on ne pourrait pas écrire une véritable histoire, on imiterait l'exemple de Forcalquier.
M. Cyprien Bernard y a fait, pour les écoles, deux tableaux contenant : Tun, la liste des hommes de ' la région qui, depuis le moyen âge, ont honoré leur pays' comme écrivains ou savants ; Tautre, celle des officiers ou soldais qui ont trouvé la mort en accomplissant devant l'ennemi leur devoir de bons citoyens. Le Conseil municipal a voté lui-même les fonds pour les faire imprimer et exposer dans toutes les écoles du pays, publiques ou privées.
En contemplant et en apprenant ces listes glorieuses, les petits-fils des héros qu'elles honorent sentent naître en eux le désir d'y ajouter leur nom.
Aux fêtes de Manosque, en 1892, M. Ch. Maurras, lança l'idée d'un catéchisme félibréen qui comprendrait : une petite histoire de Provence ; un abrégé de l'histoire de la littérature provençale et de son influence en Europe ; un résumé des œuvres de notre Renaissance ; quelques sirventes ; un exposé de l'orthographe félibréenne, accompagné de quelques notions sur les principales variations dialectales > enfin une conclusion sur l'unité du parler d'oc dans son apparente variété.
Malgré fe décret de 1882, la géographie locale en est réduite dans les classes aux explications orales que veut bien donner le professeur.
Il y a bien dans la collection Ad. Joanne (Hachette et C'*) toute une série de monographies de départements. Pour les rendre classiques, il faudrait les réviser çt les compléter.
Il est fort regrettable qu^on ne puisse mettre entre les mains des élèves primaires le Tableau de la Géographie de la France, par P. Vidal de la Blache, qui forme le t. I. de V Histoire de France de E. Lavisse, Paris, Hachette, igoS. Ce travail remarquable, conçu précisément dans le sens que nous indiquons, rendra aux maîtres les plus signalés services.
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Art. VIII. — SCIENCES locales.
Sur ce sujet encore lés études de détail ne manquent pas. Ils sont nombreux les savants qui ont écrit sur la géologie, la flore ou la faune locales, qui ont étudié l'architecture, la peinture, le mobilier de leur région.
Nous ne connaissons pas de véritable manuel scolaire ; nous citerons seulement, à titre de simple spécimen, quelques études concernant notre région *. '
Raymond Reynier, Les Oiseaux de ^rovence, nomenclature française-provençale de tous les oiseaux de notre Midi oriental. — Aix. •
Ce travail, dédié à la jeunesse des* écoles, décrit chaque espèce avec tout ce qu'il faut en savoir ■.
Ch. Brun, Petit manuel d'agriculture méridionale. — Toulon. — Avec un lexique provençal et français à Tusage des écoliers.
D' Réguis, Faune icthyalogique de Vaucluse, avec uncharmant sonnet provençal dédiant l'œuvre à Mistral, ce qui ne gâte rien.
Mlle Jeanne Réguis, Synonymie provençale des plantes de Vaucluse. — Avignon.
Laflbge, professeur au lycée de Carcassoniie, Bestios e plantos. Noms patois usités dans les environs de Carcassonne pour désigner les animaux et les plantes vulgaires. — Carcassonne, Gabelle.
Abbé L. Moutier, Petit glossaire patois des végétaux du Dauphiné. Bull, de la Soc. dép. d'Archéol. de la Drôme, 1889. '
Laugier de Chartrouse, Nomenclature Patoise des plantes
I . La Bibliographie de Behrens en signale beaucoup d'autres.
a. Depuis quelques années, les arrêtés préfectoraux interdisent dans nos départements du Midi la chasse de plusieurs catégories d'oiseaux dont le nom est naturellement indiqué en français. Que de tortures morales on eût t épargné aux chasseurs scrupuleux, que de conflits on eût évités entre braconniers et gendarmes si, à l'école, on avait appris le nom provençal à côté du nom français de chacun des volatiles protégés par nos compatissants préfets ! *
APt>LlCATlONS PRATIQUÉS l6ï
des entnro/is cT Arles et leur concordance avec les noms français.... — Arles, Dumas et Dayre, i85g.
Statistique des Bouches-du-Rhône , Partie botanique.
Pierre Pena et Mathias de Lobel : La Botanique en Provence au XVI^ siècle, réédité par Ludovic Legré, 263 pp. in-8" — Marseille, Barlatier.
Hugues de Solier, Stirpium adversaria, 45 pp. in-8", Mar- * seille, Barlatier, contient une liste provençale de toutes les plantes que ce savant avait cueillies et baptisées.
Art. IX. — CHANSONS populaires.
Dans VAibli du 7 avril 1894, Mistral écrivait: « Après avoir arraché de Tâme des enfants toutes les traditions qui leur faisaient aimer la terre et rendaient la vie allègre, on vient de s*apercevoir (trop tard) que les enfants d'aujourd'hui, quelque brevetés et diplômés qu'ils soient, sont vides et secs. Au ministère de l'Instruction publique, on vient d'ouvrir un concours « pour créer, à l'usage des écoles primaires, un recueil de chants populaires qu'on puisse apprendre facilement aux enfants *». Valait-il la peine d'enlever aux écoliers tout ce qu'ils apportaient du foyer, pour reconnaître ensuite que cela leur manque ? Ce ne serait rien si on laissait la nature remettre toutes choses en place, si on laissait les/leurs du terroir, les haleines du pays embaumer d'elles-mêmes nos écoles 1
I. Le recueil édité à la suite de ce concours est celui-ci : Chants populaires pour les écoles, poésies par Maurice Bouchor, mélodies recueillies et notées par Julien Tiersot. Paris. Hachette. — i" série, 1897 : chanson bretpnne, — des Pyrénées, — des Alpes, — provençale, — flamande, - d'Alsace ; — 2' série, igoa : chanson blésoise, — bourgruig-nonne, — ■ normande, —
picarde, j- champenoise, — berrichonne, — limousine, — auvergnate,
des Cévennes, — du pays de Foix.
Les mélodies sont assurément intéressantes; le nom seul de Julien Tiersot suffirait pour dire qu'elles ont été choisies avec goût et notées avec exactitude. Quel que soit le talent du poète, ses inventions ou sel traductions ne sauraient avoir la saveur du texte populaire. Et puis, c'est bien peu d'une seule mélodie pour une région. Ce qu'il faudrait pour nos écoles, c'est un recueil spécial à chaque province.
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« Non 1 une commission a fait Tinventaire des mélodies populaires de toutes les provinces, a choisi les quarante meilleures (à son sens), et invité les poètes français à metfre sur ces airs des paroles à l'usage des enfants !
« Les airs provençaux se chanteront en Sologne avec . paroles françaises ! Je voudrais entendre les petits provençaux chantant les mélancoliques rapsodies bretonnes avec des paroles françaises dont ils ne comprennent pas bien la saveur ! Cest vouloir tout brouiller et tout abâtardir. Quel métissage !
« Il était si facile de rouvrir simplement la porte aux chants populaires, traditionnels, où vit, province par province, sans promiscuité regrettable, Tâme simple, la poésie pure du peuple. *
« La République aurait-elle été mise en danger si,»dans les collèges et lycées, on chantait de temps en temps : Parpaioun, marido-ti, — Lou roussignbu que volo, — La Cansoun dôu Môussi, ... dôu Gibous, — Ai rescountra ma mto dilun, — Lou camin de Perpignan, — La cansoun dis esclop, — Magali, — Lou rèi En Pèire, — Coupo Santo, — L'Escriveto, — Fanfarneto, — Miansoun, — ou les jolis noëls de Saboly, de Peyrol, de Roumanille, etc. ? »
La jeune Ecole parisienne du Félibrige a publié un recueil des plus intéressants :
Lou cansounié de la Prouvènço, adouba pèr VEscolo parisenco dôu Félibrige, Avignon, Roumanille, comprend quelques-unes des pièces les plus exquises de Mistral, Roumanille, Aubanel, Paul Arène, Félix Gras, Auguste Marin, Charloun Riéu.
Li cant dôu Terraire, de Charloun Riéu, Marseille, Ruât, 1904, respirent un vivifiant parfum du terroir qui s*exhale des « chansons simples et vraies d*un pauvre laboureur de génie qui chante sa charrue, en restant paysan et qui sait la chanter » !
Les Chants populaires de la Provence, recueillis et annotés pa;* Damase Arbaud, i" vol., 1862, 2* vol. 1864, Aix,
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Makaire, essaient de réaliser pour la Provence ce que M. Fortoul, en i852, avait projeté de faire pour la France entière en publiant les vieilles chansons dues au génie anonyme du peuple.
Tous ces recueils sont intéressants, à de nombreux points de vue. Bien qu'ils ne contiennent rien qui puisse, môme de loin, être comparé aux hardiesses regrettables de nos chansons modernes, il suffit de les parcourir pour reconnaître qu'on ne peut les mettre sans critique entre les mains des enfants.
Quelques heures de travail suffiraient pour en tirer le plus délicieux chansonnier scolaire.
La remarquable édition des Noéls de Saboly, publiée avec une Préface fort instructive par M. Fr. Seguin*, fournirait une autre mine, très riche, dans laquelle l'excellente étude de M. Faury* serait un guide précieux pour diriger le choix des maîtres.
Les matériaux sont prêts : il ne manque que le souffle ou la main qui les organise. Cpmme aux premiers jours de la création, la matière première est là, attendant le fiât qui lui donne une forme et une vie :
Ah \ se me sabien entendre I Ah I se me voulien segui I
I . Recueil des Noéls composés en langue provençale par Nicolas Saboly. Nouvelle édition publiée pour la première fois avec les airs notés, recueillis et arrangés pour le piano ou Torgue par Fr. Seguin, Avignon, F. Seguin, i856, rééditée en 1897.
a. J.-P. Faury. Saboly. Étude littéraire et historique, Avignon, Aubanel, 1876. Ouvrage qui a obtenu la médaille d'or aux jeux floraux du centenaire de Sat>oly.