‹ La pédagogie régionalisteChapitre 49 sur 77 · I. Cf. Les Idées directrices, pp · texte numérisé non relu

I. Cf. Les Idées directrices, pp

a. D'ailleurs, comme la méthode proposée n'a point pour but d'apprendre le provençal, mais le français, la question de l'orthographe provençale ne la préoccupe pas directement.

Le sentiment que nous trouvons en nous si naturel, nous comprenons que chacun l'éprouve à son tour en faveur de son dialecte maternel. * •

C'est à Mistral lui-même que nous emprunterons une division et une appréciation des dialectes méridionaux, sommaire il est vrai, mais suffisante pour ce qui nous occupe.

« La langue provençale est parlée encore en France dans plus de vingt départements, mais pas partout de la même manière.

« Au premier coup d'œil, on dirait que chaque ville, que chaque village s'exprime d'une façon différente. Si on veut y regarder de près, on s'apercevra vite que ces divers parlers se partageât seulement en quatre dialectes principaux : le dialecte Rhodanien, le Marseillais, le Languedocien et le Gascon.

« Le dialecte Marseillais règne dans la région de Marseille, Aix, Salon, Apt, Digne, Nice et Toulon, c'est-à-dire dans la partie montagneuse de la Provence. La Bellaudière, Brueys, Coudoulet, Gros, Germain, Pelabon, Diouloufet, etc., ont écrit dans ce dialecte. Aujourd'hui, ceux qui le font le plus briller sdnt : d'Astros, F. Aubert, Bellot, Bénédit, Bourrelly, L. Constans, Crousillat, Gaut, Gelu, Laidet, Lejourdan, Ricard-Bérard, Senès, Thouron.

m Le dialecte Rhodanien et le Marseillais forment ce que nous appelons plus particulièrement la langue Provençale. Le Rhodanien est en usage sur les bords du Rhône entre Arles, Saint-Rémy, Cavaillon, Carpentras, Orange, Avignon, Beaucarre et Nimes. C'est le plus doux et le plus pur de tous. Quand une jeune artésienne ou une jeune .avignonaise vous cause dans cet harmonieux dialecte, vous ne pouvez vous lasser de l'entendre ; on dirait des perles d'or qui tombent, clapotant, flans une vasque de cristal. Saboly, Coye, Astier, Truchet, Hyacinthe Morel, Aubanel de Nimes, etc., ont écrit dans ce dialecte, -et, à notre époque, T. Aubanel, J. Aubert; Autheman, Boudin, Bonnet, Brunet, Cassan, Castil-Blaze, Chalvet, Desanat,

172 PÉD^OGIE RÉGIONALISTE

C. Dapuy, E. Garcin, Glaup, Lambert, M. Lacroix, A. Mathieu, F. Mistral, C. Reybaud, Roumieux, Roumanille, Tavan, etc., se font'tift plaisir de chanter leurs pensées sur un instrument si agréable et si docile.

« Le véritable Languedocien est celui qui s'entend entre Montpellier, Narborine et les Cévennes ; lui aussi est doux et charmant au possible, c'est lui qui se rapproche le plus de l'ancienne langue romane. Favre, Lesage, Rigaud, Michel, Tandon, Lafare-Alais ont écrit de bien belles choses dans ce dialecte, et aujourd'hui, Moquin- Tandon, Peyrottes, Pierquin de Gembloux, etc., suivent avec grand honneur la même carrière.

« Le Gascon a son siège entre Toulouse et Bordeaux. Goudouli, Despourrens, d'Astros, Bergeyret, Hillet, Verdier, etc., ont écrit dans ce dialecte, et, comme chacun sait, Jasmin, le fameux poète, lui a fait, à notre époque, un riche manteau de gloire *. » ,

Comme on le voit, chacun de ces dialectes a sa valeur. Au moyen âge, comme de nos jours depuis la Renaissance du XIX* siècle, il a eu ses poètes et ses savants, dont plus d'un a le front nimbé de l'auréole du génie.

Il est donc naturel que lefe habitants de chaque région estiment et gardent le leur ; il ne faudrait pas s'étonner même si l'on voyait cet attachement grandir avec l'idée félibréenne qui consiste précisément dans l'amour de tout ce qui constitue la petite patrie.

Au point de vue philologique, cette diversité constitue une richesse*. Factice, en eflét, serait la langue littéraire qu'on imposerait au Midi, si jamais on arrivait, aw/remen/

Page 1