I. F. Mistral, Armana» i856. p
•2. « Pour moi, dit M. Gaston Paris, loin de voir d'un mauvais œil £e mortellement infini de ^a, lang^ue d'oc, je trouve dans Téclosion poétique de ces mille variétés dialectalçs le meilleur fruit du mouvement félibresque. Chaque province, chaque 'canton, donne ainsi sa note particulière dans un concert dont la variété môme fait le charme et l'intérêt. Et pour me placer â un point de vue plus personnel, je dirai que le philologue est^ enchanté de cette occasion d'étudier des nuances idiomatiques qui se perdraient dans une langue littéraire factice. »
Us Débats, i3 avril 1875.
APPLICATIONS PRATIQUES lyS
que par le cours normal des événem^ts, à runîflcation rêvée, dit-on, par quelques-uns.
Ces rêveurs, s'il en est, ne sont pas dans le rang des génies, ni parmi les chefs du mouvement. ,
Mistral est allé honorer Iqs grands poètes des autres dialectes. Il est vrai qu'il a toujours parlé et écrit son dialecte âe Maillane, dans lequel il s'est fait applaudir partout, montrant par cet exemple vivant l'unité foncière de la langue méridionale * ; mais il n'a jamais dit à personne*. « Il faut délaisser votre dialecte et n'écrire plus que celui des rives du Rhône. »
Au contraire,, logique avec ses actes personnels, il a toujours dit : « Si vous voulez me suivre et imiter ce que j'ai fait, écrivez comme moi dans le dialecte que chanta votre mère auprès de votre berceau. »
Mistral est trop profond philosophe pour marcher sans l'appui des circonstances à la conquête du Midi : il sait que si Dante a fait du toscan la langue générale de l'Italie, c'est moins son génie que les circonstances politiques qui ont accompli l'œuvre.
Ce n'est pas le grand maître actuel du Félibrige qui réclamera l'unification. Écoutons-le parler :
« La science positive a fait justice de cette conception contre nature, et par conséquent monstrueuse, d'une expression unique et uniforme de langage usitée par tous les Français, en toute occasion de lieu et de temps, depifis Dunkerque jusqu'à Bayonne. Nous savons, à n'en plus douter, que si, par un concours d'événements inconcevable, une pareille uniformité se réalisait un seul instant, il se produirait presque aussitôt, selon les lois du transformisme, une suite de différenciations, de divergences de caractères, qui recréeraient rapidement de nouvelles variétés dialectales, de nouveaux pa/ow*. »
j. Seul, le dialecte d*Aix Ta tenté quelquefois. 11 s'en est servi pour quelques petites pièces écrites pour ce pays, notamment pour le cantique que Ton chante encore à Saint-Sèr. Il avait aussi le projet de l'employer pour faire parler la reine Jeanne dans le langage qui, en réalité, fut le sien.
a. P. Devoluy, Les noms dS la carie dans ie Midi, p. 6.
174 PÉDAGOGIE RÉGIONALISTE
D'ailleurs, Tuniformité absolue est aussi absurde qu'impossible. Ce qui fait la différence des dialectes, c'est le tempérament des hommes qui le parlent, tempérament qui dépend surtout du climat et des conditions de vie, lesquelles, en dernière analyse, sont déterminées par la nature du sol. Vous avez beau décréter l'uniflc^tion, le montagnard n'en continuera pas moins à renforcer les sons, à diphthonguer les voyelles, à prononcer toutes les consonnes, tandis que l'homme. de la plaine aura toujours tendance à simplifier, à adoucir et à vocaliser. Pour égaliser les dialectes, il faudrait niveler la surface du globe, abaisser les montagnes et les jeter dans les vallées.
• Par conséquent, il* nous paraît juste, en principe, que les livres destinés aux élèves de chaque grande région soient écrits dans le dialecte de cette région et proposent à l'admiration et à l'imitation les hommes et les œuvres (Je la contrée.
Mais alors, dira-t-on, l'enfant d'une région spéciale sera condamné à ignorer tout ce qui ne sera pas écrit dans son dialecte, et si, dans un parler différent du sien, se manifestait toute une floraison de chefs-d'œuvre, il serait privé de la }oie de les savourer?
L'objection est sérieuse. On peut y faire deux réponses.
La première, c'est que tous les dialectes du Midi forment une seule masse linguistique où les différences qui séparent l'un de l'autre ées divers parlers sont peu considérables. Les savants, après avoir reconnu la continuité qui les unit, l'influence perpétuelle qu'ils exercent l'un sur l'autre, déclareht qu'ils forment comme une série indéfinie où il est presque impossible de marquer des limites précises *.
Dans l'article dont nous avons tiré plus haut une division sommaire des divers parlers d'oc. Mistral disait déjà :
I. Cf. Ch. de Tourtoulon et O. Bring-uier :* Limite géographique de la langue d'oc et d'oïl, Paris, 1876.
« Ces quatre parlers, tous nés de la même mère, tous dorés du même soleil, ont des points de ressemblance de Tun à l'autre, se tiennent par la main, et il n'est pas difficile de les connaître tous, dès qu'on en connaît bien un. Ils sont vraiment comme quatre frères qui ont été nourris du même lait, qui se ressemblent par quelque trait dq visage et qui sont pourtant séparés par quelque diflérence : Faciès non omnibus una, nec diversa tamen. Ces quatre parlers contiennent presque les mê/nes mots : ce qui les sépare, c'est que, pour certains mots, chacun a sa manière de les prononcer, A cela il n'y a aucun mal : chaque oiseau chante comme il sait et comme il peut; et pourtant de ces différents chants naît ce charmant bruit, cette belle musique qui fait l'ornement et le charme du mois de mai; Or donc, il m'est avis que ceux qui se plaignent de cela ne comprennent guère les vues du bon Dieu, qui a répandu lui-même la variété par toute la nature*. »
Pour se rendre compte de cette parenté, il n'y a qu'à ouvrir le Grand Trésor, qui, pour chaque mot, donne les formes de presque tous les dialectes.
A la lecture, le lettré, qui a l'habitude d'analyser les mots par les yeux, apercevra, sans doute, dans les graphies employées, des différences qui pourraient le déconcerter. Mais qu'il prononce ces mots lui-même, bu se les fasse prononcer par quelqu'un qui connaît les divers dialectes, • il verra aussitôt qu'il n'y a guère plus de différence entre un Rhodanien qui dit vole, un aixois qui dit vouéli et un gascon qui écrit boi ou boulh ^(et prononce à peu près vouli), qu'entre un français normal qui dit maman, un ouvrier du vieux port qui prononce mémén et un gavroche du « feuburg » qui dira mômôn !
En France, tout en prononçant différemment, on graphie pareillement, ce qui, nous l'avons dit, ne serait pas impossible en terre d'oc.
Le petit paysan, qui juge les mots par l'oreille, dont la