AVANT-PROPOS
La centralisation, comme nous le ferons observer, a fait, pendant quelque temps, aux dialectes provinciaux, une guerr^ à mort. Obéissant à un instinct de représailles que Ton comprend, qu'on peut même excuser, mais sans vouloir l'imiter, quelques ardents adeptes de la province voudraient prendre leur revanche, en arrachant à l'idiome officiel œil pour œil, dent pour dent.
Nous croyons devoir déclarer que nous n'éprouvons aucun attrait pour ce genre de croisade.
Nous pensons aussi que l'on compliquerait fort inutilement une question de pure et sereine pédagogie, en y mêlant, bien à tort, des préoccupations politiques ou religieuses qui n'y auraient, d'ailleurs, aucune raison d'être. *
Les régimes qui ont fait les programmes centralisateurs, que critiquent les régionalistes, ne se sont-ils pas appelés tour à tour Richelieu, Louis XIV, Convention, Napoléon, et enfin République?
Tous les gouvernements visent plus ou moins à l'unification et à la centralisation. On leur rend service, beaucoup plus qu'on ne leur fait échec, en les empêchant de dépasser la juste limite.
Dans la Préface de notre précédent volume, nous avons dit la reconnaissance que nous gardions à tous nos maîtres pour la formation qu'ils avaient donnée à notre esprit et la part qu'ils avaient ainsi prise à notre œuvre.
Nous voulons offrir ici un merci tout particulier à ceux dans le concours ou dans la sympathie desquels nous avons trouvé aide plus spéciale pour la présente étude.
C'est à Savinien lui-même que nous avons demandé les documents nécessaires pour exposer la méthode qui désormais porte son nom. Avec un inlassable dévoue-
Xlv AVANT-PROPOS
ment, il s'est prêté à toutes nos exigences, a bien voulu répondre à toutes nos questions, et mettre à notre disposition les trésors vraiment incomparables d# son expérience. Grâce à lui, nous pouvons dire que notre travail a été vécu avant d'être écrit.
Pour le Béarn et la Gascogne, nous avons été documenté par réminent M. Planté, ancien député, maire d'Orthez, président de la vaillante Escolo Gastou-Febus, et pour la Bretagne, par notre vénéré ami M. le chanoine A. du Bois de la Villerabel, vicaire général de St-Brieuc, et par M. Vallée, secrétaire de l'Association bretonne, qui ont bien voulu nous mettre au courant des publications et des expériences faites dans leur région.
Pour la recherche des sources et l'établissement de la bibliographie, nous avons trouvé l'aide la plus érudite en même temps que la plus cordiale dans l'actif capwco/ de YEscolo de Lar, M. Paul Roman, bibliothécaire à la Méjanes d'Aix.
De sympathiques encouragements .nous sont venus de la part de tous ceux qui aiment leur petite patrie et leur idiome natal : nous ne pouvons entreprendre de les nommer.
La seule ambition de ces patriotes convaincus étant de voir arriver enfin le triomphe de leurs idées et la mise en pratique de leurs théories, nous souhaitons que notre livre, en contribuant à obtenir cet heureux résultat, acquitte envers eux notre dette et leur porte, de notre part, un muet mais efficace remercîment.
Avignon, le 14 novembre 1906.