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CHAPITRE I

SES PRIJJCIPES.

Avant d'entreprendre Texposé de la Pédagogie régionaliste, il nous paraît utile de jeter un rapide coup d'œil sur les principes et les méthodes qui dirigent actuelle- " ment, en France, l'enseignement officiel.

Les programmes scolaires ayant été remaniés presque aussi souvent que notre Constitution, nous n'essaierons pas d'en passer en rev\ie les 'diverses rédactions : on a remarqué, avec une juste ironie, que « nous n'avions pas mal fait de renoncer, pour les conserver, aux tables d'airain sur lesquelleS|écrivâient les législateurs anciens, car il en eût fallu plus de douze * ! »

Nous ne nous attarderons pas non plus à examiner, une à une, toutes les matières, de plus en plus nombreuses, qu'on s'efforce d'y faire entrer : ce qui fait l'essence et l'intérêt des programmes, (î'est moins leur contenu matériel que les* idées philosophiques qui ont présidé à leur constitution.

I G. Dumesnil, Pour la Pédagogie, Paris, A. Collin, 190^, p. 7.

d l>ÉDAGOGIE RÉGIONALï^Vh!

Ces idées philosophiques dépendent souvent, à leur tour, du système politique ou sociologique que les programmes sont destinés à soutenir ou à promouvoir.

Le principe génér^ qui a dirigé tous les maîtres de la pédagogie, depuis Socrateet Xénophon jusqu'à Rabelais, Montaigne et Rousseau, semble être qu'on doit développer l'enfant suivant sa nature : principe excellent, banal à force d'être vrai et universel, mais qui ne laisse pas que de conduire aux résultats les plus.opposés, selon Tidée qu'on se fait de la nature de l'homme et du rôle qu'il doit jouer dans la société. '

De l'homme et de la société, le XIX* siècle ne paraît pas avoir eu une conception bien originale. Il a continué le XVIIP siècle, acceptant docilement les théories que résument assez complètement le Contrat social et la Déclaration des Droits de l'hçmme *.

Dans une étude récente ■, M. Paul Bourget écrivait : « Il ne faut pas un grand effort d'analyse pour discerner que deux affirmations se retrouvent derrière toutes les tentatives faites pour organiser l'enseignement primaire. •Le premier de ces deux dogiîies intangibles est que tout homme, en venant au monde, a des droits égaux au développement le plus complet possible de ses facultés. Le secohd est que ce développement a pour condition C éducation par les livres, » . * ^

. La Révolution, en effet, persuadée par Rousseau que tous leshommes naissaient égaux et libres, et par Helvétius,que l'éducation nous fait ce^que nous sommes », considéra comme son premier devoir de les préparer

.!. Si l'on voulait remonter aux sources premières de la pédagrogie du ' XIX' siècle, il faudrait, â travers Pestalozzi et son inspirateur Rousseau, aJler jusqu'à la Renaissance même, où plongent presque toutes les racines profondes de la civilisation moderne.

On pourra consulter dans la bibliothèque pédagogique : Souquet, Les écrivains pédagogiques du XVP siècle ; André, Nos maîtres hier ; ainsi que les ouvrages signalés par la Bibliographie du Dictionnaire de Pédagogie, . .

a. Gazette de 'Frauce, 4 avril 1906.

tous "également, par une éducation uniforme, à faire un usage pareil de leur liberté.

Ce fut le premier souci des Constituants : Talleyrand- Périgord disait, dans son rapport de Septembre 1791 »: « L'instruction, quant à son objet, doit^ être universelle, * car e'est alors qu'elle est véritablement un bien commun, dans lequel chacun peut s'approprier la part qui lui convient *T>. Condorcet ne parlait pas autrement à l'Assemblée législative * : « Nous avons pensé que, dans ce plan d'organisation générale, notre premier soin devait être de rendre, d'un côté, l'éducation aussi égale, aussi universelle, de l'autre aussi complète que les circonstances pouvaient le permettre*, qu'il fallait donner à tous également l'instruction qu'il est possible d'étendre à tous. »

Le monument le plus remarquable fut le plan de Lepelletier, repris par Robespierre et soumis à la Convention par une commission spéciale *. On y lit : « Je cherche une instruction générale pour tous, convenable aux besoins de tous, qui est une dette de la République envers tous, en un mot, une éducation vraiment et universellement nationale.

« •.. D'abord, je remarque avec peine que, jusqu'à six ans, l'enfant échappe à la vigilance du législateur • et que cette portion importante de sa vie reste abandonnée aux préjugés subsistants et à la merci des vieilles erreurs. * a A six ans, là loi commence à exercer son influence ; mais cette influence n'est que partielle, momentanée, et, par la nature même des choses, elle ne peut agir que sur le moindre nombre des individus qui composent la nation.

« Osons faire une loi qui aplanisse tous les obstacles...

I. Rapport lu devant la Constituante les lo, u et ig septembre 179 1, Déjà, dans ses séances des 3 et 4 septembre 1791, T Assemblée avait porté

une loi décrétant que l'instruction devait être commune à tous les citoyens, a. Remarquer la porte laissée ouverte à Tinégalité renaissante par ce

mot : c la part qui lui convient >.

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