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I. Armana de i856, p

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perception est moins affinée, moins analytique que celle de Tœil, ne distinguant que la forme et la résonnance générale, qui est sensiblement la même pour tous les dialectes, n'éprouvera pas grande difficulté pour les comprendre à peu près tous. Entre naturels de dialectes différents, la conversation n'est pas si malaisée. Dans les rtunions de la Sainte-Estelle, les discours, en quelque dialecte qu'ils soient prononcés, sont compris de tous.

Les différences dialectales, avons-nous dit, proviennent d'une adaptation un peu différente de la même langue générale au climat, au sol, à un moment plus ou moins avancé de la civilisation. Comme le peuple possède le génie naturel de sa langue, ces phénomènes, dus à une marche naturelle de son évolution, qui surprennent les demi-savants, ne l'étonnent ni ne le déconcertent *.

Dans un môme village, il n'est pas rare de rencontrer des gens qui parlent des dialectes différents et qui pourtant se comprennent parfaitement entre eux •.

Mistral nous dit excellemment : « La langue provençale, vive expression du caractère d'une race, se divise,

1. Il n'est pas impossible n^ôme que des habitants de contrées différentes, obéissant instinctivement aux mêmes lois d'évolution du langage, aient éprouvé quelque jour le besoin de déformer certains mots ou certains sons dans le même sens que leurs voisins.

On cite, à ce propos, le son ei qui, en i85a, s'écrivait à Avignon /et, dei, et qui maintenant ^'écrit et se prononce franchement i, li, di; k Aix, il s'écrit encore ei et dans bien des cas se prononce réellement i. On sait •que l'o se dîphthongue de plus en plus fortement, selon qu'on va de la plaine à la montagne : Arles, 00; Aix, oue; Nice, oua; Alpes, ouo. Si l'on voulait bien analyser, les Rhodaniens ne diphthonguent-ils pas très nettement dans les finales des verbes amon, volon, et les Aixois font-ils bien entendre tous les éléments de oue ?

On a opposé la finale o à la finale a pour différencier certains dialectes. Écoutez si le Rhodanien ne prononce pas nosta lengo^ comme d'ailleurs il dit très nettement la lengo, et non lo. Dans une étude où il avait dû se surveiller particulièrement, Roumanille donne comme exemple de noms féminins : una bèllo tè^o. una grand' femo.

Cf. Dissertation sur l'orthographe provençale, p. xxxviii.

2. Voici ce qu'écrit M. de Tourtoulon : « Nous avons trouvé dans certaines communes quatre ou cinq langages différents, à peu près également compris, quoique non également parlés par tous les habitants, par exemple le gascon, le limousin, le saintongeois, le dialecte d'oïl et le dialecte d'oc de la frontière, sans compter le français plus ou moins correct appris a l'école. »

comme de juste, en autant de sections qu'il y a de bran-, ches dans le peuple du Midi. Comme la fontaine de Vaucluse, elle alimente ses sept bras : chacun se teint de la couleur des terrains qu'il traverse, mais dans tous, c'est toujours la même eau de roche, limpide et fraîche*. »

Il est une seconde réponse, plus grave, mais non moins légitime :

Si réellement un dialecte s'élève au-dessus des autres de façon notable et fournit en beaucoup plus grand nombre des chefs-d'œuvre qui méritent vraiment d'être étudiés par tous, les élèves eux-mêmes n'ont-ils pas le droit de réclamer qu'on fasse de ce dialecte une langue classique ? ♦

Tout ce que nous venpns de dire sur l'étroite parenté fies dialectes méridionaux permet de se rendre compte qu'il ne faudrait ni beaucoup de temps ni beaucoup de peine pour leur donner rapidement la clef de ce nouvel attique.

Fallût-il un effort plus important, les maîtres qui, dans

certaines écoles, dépensent tant de peine et tant de -temps

pour apprendre à leurs élèves, qui en retireront peut-être

beaucoup moins d'utilité, l'italien, l'espagnol, l'anglais où

l'allemand, pensent-ils que ce travail soit à regretter? '

La pratique volontaire de cdtte langue littéraire qui n'aurait pas été imposée par la fantaisie arbitraire d'une école plus chauvine que les autres, mais offerte par le génie à l'admiration de tous, arriverait peut-être à provoquer, naturellement et progressivement ^ par l'étude cotnmune des mêmes modèles, non point une banale et artifi-' cielle uniformité, mais une vivante et harmonieuse unité.

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