I. Digne, Repos, édit., imp., libr., 1840, in-ia, x-i8a pp
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et, s'il existe des lois pour régir Tune d*elles, ces lois conviennent à toutes, bu plutôt sont celles d'un langage universel, dont les langues particulières ne sont que les différents signes.
M Donc, celui qui connaît bien le latin a une grande facilité pour apprendre l'italien, l'espagnol, eic. ; donc, celui qui connaît bien le patois de son village pourra, par l'imitation de cette langue, par l'analogie, apprendre à écrire correctement le français qu'il ne connaît < pas.
« ...J'ai remarqué que notre patois aidait beaucoup à trouver la solution d'une difficulté grammaticale.
* « La règle des participes est le grand écueil de l'école... Notre patois donne clairement toutes les solutions aux difficultés de cette règle.
« Ainsi, désormais, l'étude de la grammaire française sera facile, la leçon du maître ne sera plus incolore, insipide ; l'élève sera pour sa part dans chaque leçon ; le maître seulement devra l'aider à faire l'application de la langue qu'il connaît à la langue qu'il étudie....
« Une grammaire française expliquée au moyen de notre patois, dans laquelle chaque partie du discours sera développée par des mots et des exemples patois, connus de l'élève ; un traité d'exercices grammaticaux..., et non cacographiques, ayant rapport aux règles expliquées : voilà deux livres élémentaires qui semblent manquer aux besoins de l'enseignement. Ces deux livres me paraissent indispensatfles pour généraliser et faciliter l'étude de la langue française, livres d'autant plus nécessaires que, jusqu'à ce jour, toutes les méthodes employées n'ont produit aucun heuraux résultat. »>
Et rinspecteur de répondre :
« La méthode que vous avez conçue et que vous vous proposez de publier sera, à mon avis, d'une grande utilité, non seulement pour • les élèves, mais encore pour les maîtres. Les langues étrangères ne s'apprennent bien et vite qu'au moyen de rapprochements continuels avec un idiome connu. Le patois, étant ici la langue maternelle, devra être le point de départ et le terme de comparaison. C'est une idée heureuse et qui pourra devenir féconde... »
L'inspecteur avait raison, la langue maternelle devrait être « le point de départ et le terme de comparaison » ; en réalité, dans Tœuvre de L. Masse, elle se borne à fournir des exemples provençaux pour écfairer chaque règle française. Bien que le procédg n'ose pas encore s'y affirmer comme il devrait, cet ouvrage est déjà un essai très remarquable d'enseignement d'une langue par l'autre.
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En 1843^ J.-J. Castor, instituteur à Gargas, près Apt, publie une sorte de lexicographie qui a le tort encore de s'adresser surtout à la mémoire, mais qui contient un essai fort intéressant de ^Dictionnaire d'arts et métiers, où les termes d'art, d'industrie, d'agriculture, indiqués en provençal avec la traduction française, sont distribués par séries logiques*.
L'auteur a soin d'indiquer dans sa Préface que son but est d'apprendre à l'enfant la langue nationale, le français officiel, à l'aide du parler local".
En 1872, un représentant officiel de la méthode française, qui ne pouvait être suspect d'une affection de race pour nos parlers locaux, disait, dans un ouvrage aussi remarquable par son fond que modeste dans son titre * :
« Nous voulons parler des patois que l'ignorance a pu longtemps considérer comme une sorte de corruption ou de caricature du français, mais qui, aujourd'hui, grâce à des notions plus saines, commencent à être envisagés sous leur vrai jour, c'est-à-dire comme des dialectes non moins anciens, non moins réguliers que le français proprement dit, lequel, pour avoir été le dialecte de lille-de-France, est devenu la langue littéraire de notre pays. La plupart de nos instituteurs enseignent le français comme une langue tellement au-dessus
1. U Interprète provençal, contenantjpin choix de iS.ooo termes provençaux les plus utiles expliqués en français, divise en trois parties comprenant : I* des notions grammaticales ; a' une nomenclature d'arts et métiers: 3* un vocabulaire de termes supplémentaires et une table alphabétique, dédié aux élèves des maisons d'éducation, par J.-J. Castor, ancien instituteur, auteur de plusieurs ouvrages élémentaires. Apt, imp. de L. Clauzel aîné, 1845, in-i2 de xvni-292 pp.
2. « Il semble, est-il dit dans cette Préface, que la langue nationale devrait être seule en usage dans toute la France, comme le sont aujourd'hui les nouveaux poids et mesures. L'on pourrait y parvenir infailliblement si, dans chaque province, on fournissait aux jeunes gens qui fréquentent les écoles un manuel qui leur mît sous les yeux les termes de leur idiome en rapport avec les termes français, pour leur servir de guide et de truchement....
« J'aurais du moins la satisfaction d'avoir, des premiers, tracé la route qui doit faciliter a la jeunesse provençale les moyens dé se familiariser avec les termes d'une langue que tout français devrait parler et écrire correctement. »
3. Quelques mots sur Vinstruction publique en France, par Michel Bréal^ professeur au Collège de France, 1872, Paris, Hachette.
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du patois, qu'on ne peut même pas songer un instant à les mettre en parallèle.
« Le patois est pour eux non avenu, ou, sils en parlent, c*est comme d'un antagoniste qu'il faut détruire. L'élève qui arrive à l'école parlant son patois est traité comme s'il ne portait rien avec lui ; souvent même on lui fait un reproche de ce qu'il apporte et on aimerait mieux la table rase que ce parler illicite dont il a l'habitude.
« Rien n'est plus fâcheux et plus erroné que cette manière de traiter les dialectes. Loin de nuire à l'étude du français, le patois en est le plus utile auxiliaire, et il ne sera pas difficile de démontrer que là où il existe un patois, l'enseignement grammatical, pour peu qu'on sache s'y prendre, devient aussitôt plus intéressant et plus solide. On ne connaît bien une langue que quand on la rapproche d'une autre de même origine. Le patois, là où il existe, fournit ce terme de comparaison.
« Tantôt le patois présentera à l'état simple des mots qui, en français littéraire, n'existent plus que dans des composés ou des dérivés. Ainsi, l'habitant du Berry dAt: njaire son viron» (faire son tour) et • vironner • (tourner), tandis que le français possède seulement environ et environner. Pour ouvrir la bouche, le paysan de la Saintonge dit « bader » : c'est l'origine et l'explication de notre mot « badaud ». D'autres fois un mot qui est sorti de notre langue vit encore dans le patois : ainsi ^icaver », qui veut dire creuser, et qui explique « cave ». t caveau ». Souvent, le français n'a gardé que le sens détourné, quand le patois a encore le sens propre et primitif...
« N'est-ce pas le premier des biens, de ne pas être exproprié de son langage pour adopter exclusivement celui de Paris > Si, par bonheur, la province a déjà quelques auteurs, comme Jasmin, comme Roumanille ou Mistral, lisez de tenips en temps ces livres à côté des livres français, l'enfant se sentira fier de sa province et n'en aimera que mieux la France. Le clergé connaît bien cette puissance du dialecte natal : il sait s'en servir à l'occasion, et c'est pour avoir méconnu la force des attaches locales que votre culture est trop souvent sans racines et sans profondeur. Il faut que l'école tienne au sol et n'ait pas l'air d'y être simplement superposée....
n Qu'on ne craigne pas que l'autorité de la langue officielle s'en trouve ébranlée.
« Dans les provinces, qui, comme la Bretagne, le pays basque, parlent une langue à part, introduisez le français tout en respectant le dialecte natal. Si l'Alsace nous est et nous reste attachée de cœur, c'est, entre autres causes, parce que nous n'avons jamais essayé de lui enlever son langage. Laissons des nations qui parlent plus que nous du respect de la langue, faire la guerre à tout ce qui n'est pas leur propre idiome. Elles n'arrivent qu*à faire haïr leur domination.
« C'a été l'honneur de l'ancienne monarchie française, aussi bien
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que de la France moderne, que pareille lutte ne 8*est jamais vue chez nous.... »
Voilà bien, en môme temps que la détermination lumineuse des principales lignes d'une méthode, Tappel direct et vibrant à une application systématique.
Malgré les qualités particulières qui caractérisaient chacun des essais précédents, aucun n'était encore complet et méthodique, de sorte que l'enseignement du français par l'idiome local attendait encore son maître. Il était réservé à un humbte Frère des Écoles chrétiennes, de le devenir pour les écoles du Midi *.
Qu'il ait connu ou non ■ les. ouvrages de ses prédécesseurs, il en fut au moins l'héritier instinctif; il synthétisa, pour en composer un système complet, toutes leurs idées et leurs observations, qu'une longue pratique de l'enseignement dans les écoles primaires de Provence lui avaient rendues familières •.
Sa première expérience pédagogique l'avait convaincu de la difficulté qu'il y a réellement à expliquer aux petits
1. Joseph Lhermite, en religion Frère Savinien-Joseph, né à Villeneuvelèè-Avignon, le ii janvier iSaA'
Après quelque^ années de professorat» il fut bientôt nommé difecteur de l'école de la rue Dorée, à Avignon.
Pendant quinze ans directeur deTécole d'Arles, cil n'y eut qu'une passion, nous dit un de ses biographes, en dehors de tout parti, de .toute polémique : instruire les enfants du peuple en les traitant comme autant de petits amis, et en leur rendant le travail agréable autant que fructueux.! (Elzéar Rougier.)
« On le voit toujours le sourire sur les lèvres, nous dit un autre, et nul de nous ne se souvient de l'avoir rencontré de mauvaise humeur; aussi est-il universellement estimé et aimé. » (Marins Girard.)
2. Pour ce qui concerne l'ouvrage de M. Bréal, qui semble contenir le germe de presque toutes ses idées, il est certain que Savinien ne le connaissait pas dès l'abord. Depuis longtemps, pendant qu'il était directeur de l'école de la rue Dorée, a Avignon, il faisait traduire des pièces de VArmana, dont il écrivait le texte au tableau noir. Quand il vit les résultats, il en parla à Mistral qui, alors seulement, lui dit : c Vous vous êtes rencontré avec un universitaire de grand talent qui expose presque toutes vos idées. Lisez le livre de M. M. Bréal. »
3. Nous avons parlé plus haut de son Cours de versions provençales françaises, qui réunit à la fois théorie et pratique.
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paysans de province, en une langue officielle qu'ils com- ' prennent mal, des matières qu'ils ignorent. Il eut alors
ridée d'enseigner aux élèves ce qu'ils ignoraient par ce
qu'ils savaient, c'est-à-dire le français, qu'ils ne possédaient pas naturellement, par le provençal, qu'ils comprenaient dès le berceau.
Frappé des avantages qu'offrait la méthode secondaire, il voulut essayer de l'appliquer dans ses écoles en faisant du provençal une sorte de latin primaire.
Il créa ainsi une ingénieuse méthode de comparaison que l'expérience devait perfectionner de jour en jour.
Dès 1875, il publia timidement uffe petite circulaire autographiée qui en esquissait les premiers linéaments*.