Cette idée est â retenir, nous y reviendrons plus loin
4 PÉdAgOGIE RÉGIONALtSTÈ
Cette loi consiste à fonder une éducation vraiment Nationale, vraiment républicaine; également et efficacement commune à tous, la seule capable de régénérer l'espèce humaine...
« Je demande que vous décrétiez que, depuis Tâge de cinq ans jysqu'à douze pour les garçons, et jusqu'âTonze pour les filles, tous les enfants, sans distinction et sans exception, seront élevés en commun, aux dépens de la République, et que tous, sous la sainte loi de l'Égalité \ recevront mêmes vêtements, même nourriture, même instruction, mêmes soins. Entre citoyens égaux d*une même république, il faut que ces divers avantages de réducation soient répartis à tous ; car, or\a beau dire, ces nuances, lorsqu'elles existent, créent d'incalculables différences et établissent de trop réelles inégalités entre les hommes.
« Aucun domestique ne sera employé dans les maisons d'institution; les enfants les plus âgés donneront aux plus jeunesMes secours dont ils pourront avoir besoin.
« Ils feront, chacun à leur tour, le service commun ; ils apprendront tout à la fois à se suffire à eux-même»et à se rendre utiles aux autres. Ainsi, depuis cinq ans jusqu'à douze, c'est-à-dire dans cette portion de la vîe si décisive pour donner à l'être physique et moral la modification, l'impression, l'habitude qu'il conservera .toujours, tout ce qui doit composer la République sera jeté dans un moule répuljlicain ».
a Là, traités tous également, nourris également, vêtus également, enseignés également, l'égalité sera pour'les jeunes élèves, non une spécieuse théorie, mais une pratique continuellement effectuée. Ainsi se formera une race
1. Léonard Bourdon réclama que les maisons d'éducation fussent appelées Maisons d'égalité.
2. Dans ce projet, que Michelet salue comme l'Evangrile de la pédagogie (Michelet, Histoire de la Révolution française, t. IV, p. 390), il est curieux de voir comment se contredisent les partisans des Droits de Thomme, qui en viennent à sacrifier toute liberté individuelle à l'égalité sociale. Ils oublient que, pour maintenir la véritable égalité, il faudrait, au contraire, tenir compte, pour des compenser, des différences naturelles.
L ENSEIGNEMENT OFFICIEL b
renouvelée, forte, laborieuse, réglée, disciplinée, et qu'une barrière impénétrable aura .séparée du contact impur des préfugés de notre espèce vieillie. »
C'était un beau rêve ; les hommes intelligents s'aperçurent bien vite qu'il pouvait ne pas se réaliser.
Egaux et libres, les citoyens, qu'une même éducation aurait armés pareillement pour la lutte de la vie, n'allaie/it-ils pas s'abandonner à l'aveugle fureur de leurs appétits déchaînés, pour monter à l'assaut du bonheur, auquel on avait proclamé que tous avaient les mêmes droits.?
Pour éviter ce terrible conflit, infidèle, dès Tabord, aux principes de son maître Rousseau, la Révolution fit appel aux instincts sociaux de l'individu. A la Liberté et Y Égalité, elle ajouta la Fraternité. ♦
« A côté et au-dessus des instincts qui président à notre conservation personnelle, qui nous poussent â élargir de plus en plus notre sphère de pouvoir dans le monde, il en est d'autres plus nobles, plus purs et plus véritab*lement humains, qui nous conseillent constamment le sacrifice, qui nous avertissent qu'il n'y a de bonheur profond et solide que dans le respect du devoir et l'amour du dévouement....
<c II était dans la logique de la Révolution, qui ne faisait plus appel à la Religion pour réprimer les écarts de l'égipïsme individuel, de cultiver, de toutes ses forces, les facultés sympathiques et sociales de la nature humaine, de fortifier de toutes manières dans l'individu l'esprit de société.
« Elle eut de cette vérité une conscience remarquablement claire.
« Elle institua des fêtes* pour tous les âges 4e la vie*... »
i. Dans le projei propose à la Convention par Sieyès, Daunou, Lakanal, le 8 Messidor an I ';26Juin i7y^\, un lisait .
Art. 25. Les élèves des écoles nationales seront particulicren>eni
exercés au chant et a la danse, de manière ù pouvoir figurer dans les Fêles nationales.
2. G. Dumesnil, La Pédagogie rèiolutionnaire, Paris, Delagrave, i885.
b PEDAGOGIE REGIONALISTE
Pour éviter, d'une part, l'émiettement auquel aurait abouti fatalement Tiridividualisme, et, d'autre part, la trop grande universalité qu'aurait amenée une vague philanthropie, on essaya de constituer le» concept d'une patrie bien déterminée : la République Une et Indivisible.
Danton réclame que l'on donne une «centralité » à l'éducation, comme on en a donné une au gouvernement : « Grâce à une éducation commune, les jeunes gens de toutes les province^ se dépouilleront des préjugés de leur naissance ; ils se formeront les mêmes idées de vertu et de justice ; ils demanderont eux-mêmes des lois uniformes qui auraient offensé leurs pères.
« On constituera ainsi un esprit, un caractère, un droit national, le seul moyen de faire renaître l'amour de la patrie. »
Nous n'insisterons pas sur les conséquences politiques de ce principe : haine de l'ancien régime, destruction des antiques constitutions et des anciennes provinces. Nous remarquerons seulement l'influence qu'il eut sur la conception spéciale qu'on se fit de l'histoire et de la géographie, dont le but principal dut être d'inculquer aux jeunes citoyens l'amour du régime nouveau en établissant scientifiquement la nouvelle unité et uniformité territoriale *.