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I . Il nous suffira d'indiquer quelques exemples

Tantôt ce sont des mots totalement perdus ou complètement dénaturés par le français et conservés par les dialectes d*oc :

Capitellum, — cabedèu, — peloton. Porrigere, — pourgi, — offrir. Cspa, — cebo, — oignon. Aqua, — aigo, — eau.

Gallinam, — gau, galino, — poule. Mulier, — mouié, — épouse.

Tantôt ce sont des vocables qui ont simplement mieux conservé l'empreinte du latin :

Audire, — ausi, — ouïr. Masculum, — mascle, — mâle.

Catenam, — cadeno, — chaîne. Natare. — neda, — nager.

Cantare, — canta, — chanter. Nigrum, — nègre, -r noir.

Carnem, — car, — chair. Panem, — pan, — pain.

Cannabis, — canebe, — Aianvre. Pauca, — pau, — peu.

Aestivum, — estiéu, — été, Plangere, — plagne, — plaindre.

Stellam, — estello, — étoile. Pratum, — prat, — pré.

Famem, — fam, — faim. Prœcari, — prega, prier.

Fodere, — fose. — fouir. Rastellum, — rastôu, — râteau.

Fabam, — favo, — fève. Rigam, — rego, — raie.

Gaudium, — gau, — joie. Rotam, — rodo, — roue.

Ligare, — liga, — lier. Rumices. — roumese, — ronces.

Manum, — man, — main. Segare, — sega, — scier.

Medullam, — mesoulo, — moelle. Tremulare, — tremoula, — trembler.

Mutare, — muda, — muer. Vitam, - vido, — vie.

Ou bien encore les primitifs de certaines expressions dont le français n'a conservé que les dérivés :

Gaudere, — se gaudi, — v. fr. se gaudir, d'où gaudriole. Operari, — oubra, - ouvrer, ouvrier, ouvrage. Ararium (>), — araire, — arable, aratoire.

Campana, — campano, — campanile, campanule.

On pourrait allonger la liste indéfiniment.

Cf. Vocabulaire provençal-latin, par A. Blanc. (Cité par la Revue des Langues romanes, juin 1891.)

ûtB pédagogie régionalïste

vocabulaire provençal, qui est déjà connu de lui et qui se rapproche beaucoup plus que le français de la forme latine.

La ressemblance n'est pas toujours également apparente, mais on peut dire que la déformation n'est jamais aussi profonde en provençal qu'en français. Aussi, la comparaison aide-t-elle puissamment la mémoire et facilitet-elle la reconnaissance des mots de même famille *.

La suppression du pronom dans la conjugaison latine est toujours un écueil pour l'élève français qui apprend le latin ; l'habitude du iprovençal fait disparaître cette difficulté.

Bien des constructions latines, qui répugnent au génie de la langue française, pourraient trouver leur équivalent dans la syntaxe dialectale.

Après avoir observé. ce qui, dans l'étude du latin, embarrasse l'élève habitué à la morphologie et à la syntaxe française, il faudrait chercher dans le provençal les exemples analogues, capables de mettre sur la voie d'une explication. Ce serait toute une étude à faire ; mais il est à croire que les résultats paieraient la peine •.

Possédant, par hypothèse, tous les secrets de leur dialecte, les élèves pourraient faire par eux-mêmes les découvertes les plus originales».

LsL prononciation du latin a été plus d'une fois remise à l'ordre du jour. On est généralement d'accord pour pro-

1. Il peut être assez difficile, par exemple, défaire entendre au petit français que liaison et ligature sont de môme famille ; rien de plus aisé si on lui rappelle que le mot français lier est le môme que le provençal liga.

2. La Grammaire historique de E. Koschwitz, qui donnç toujours, avec le mot provençal, l'équivalent latin, fournirait une idée des trouvailles que Ton peut faire.

Le Trésor dôu Felibrige de Mistral serait aussi une mine intéressante à explorer.

3. Ce serait peut-être un moyen de leur rendre plus vivante et plus personnelle l'étude de ce latin qui ne procure pas toujours un saint fiélire à ceux que l'orgueil paternel a condamnés à en subir la passive inoculation I

ENSEIGNEMENT SECONDAIRE 2Qg

clamer que nous prononçons cette langue de la façon la plus déplorable.

Que ne donnerait-on pas pour ressusciter quelque famille du temps de Cicéron ou de César, ou pour trouver, dans quelque retraite inaccessible à la civilisation, un groupe social ayant conservé le plus piir accent des siècles de gloire?

L'observation directe du provençal, qui garde encore Técho de la prononciation latine, pourrait fournir de précieuses indications.

On sait l'importance dû rôle de l'accent dans la vie et révolution d'une langue : au milieu des altérations plus ou moins profondes, subies par les voyelles et les consonnes, la syllabe accentuée est peut-être le seul élément qui persiste dans le passage d'une langue originelle à une langue dérivée.

On sait, d'autre part, avec quelle ignorance nous traitons en France^ dans la prononciation du latin, cette « âme des mots », comme l'appelle Cicéron. C'est assurément un défaut, et très grave, que le provençal pourrait aider à corriger *.

Pour montrer la nature et la position de l'accent latin, rien de plus facile que de trouver en provençal un équivalent pour la grande majorité des mots : àme^ vole, nôvi, càuso, etc. Il est incontestable qu'au point de vue de l'ac-

I. Nous avons essayé plus d'une fois, et toujours avec le même succès la petite expérience suivante :

Après avoir confié Texplication orale d*un texte latin à un de ces élèves qui excellent à. prononcer le latin à la française, nous interrompions brusquement : c Vous oubliez une petite incise ; si elle n'est pas dans votre édition, ajoutez-la. » Et, contrefaisant gravement sa manière, nous énoncions séparément, en bien accentuant les finales, les4rois mots suivants : « Vivo li nôvi !'» Tout d'abord les élèves, surpris, ne comprenaient pas, ils croyaient qu'on parlait latin! Mais, bientôt, un des plus malins, reconnaissant soudain la formule provençale, si familière aux enfants, la répétait spontanément avec l'accent provençal. C'était alors une explosion d'hilarité générale qui, bien exploitée, laissait après elle le sentiment de l'effet grotesque que l'on produirait soi-même, si, en présence de vrais latins, on continuait à prononcer leur langue en déplaçant si grossièrement Taccent.

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centuation et de la phonation, un provençal arrivera beaucoup plus vite qu'un homme du Nord à une prononciation correcte du latin et des langues de souche latine.

Il est convenu aujourd'hui que tout élève secondaire doit savoir au moins une langue étrangère.

Les langues préférées sont l'anglais et l'allemand : les patriotes apprennent l'allemand pour la revanche * les gens pratiques, l'anglais pour le voyage et le commerce.

Si on y réfléchit bien, quel commerce les populations méridionales font-elles avec l'Angleterre • ? Quelles^ relations ont-elles ou risquent-elles d'avoir avec l'Allemagne?

Pourquoi aux enfants des provinces méridionales n'apprendrait-on pas, de préférence, l'italien ou l'espagnol V qui leur rendraient de bien plus grands services dans les rapports constants d'échange, de commerce, de relations qu'ils ont avec les nations voisines ?

Pour l'étude de ces langues, la connaissance des idiomes méridionaux, bien utilisée, serait une aide puissante *.

Nous n'insisterons pas sur la nécessité de faire entrer dans le programme de l'enseignement secondaire l'étude de l'histoire et des chefs-d'œuvre de la littérature méridionale*.

I. Les statistiques montrent que les échanges les plus considérables se font avec les pays latins.

a. L*administration supérieuie, sur la demande de M. Mérimée, professeur de castillan à la Faculté de Toulouse, a déjà répondu par un arrêté du 9 janvier 189S, admettant aux examens, dans les Facultés du Midi, ritalien, Tespagnol, l'arabe, au même titre que Tanglais ou l'allemand, plus pratiques dans les provinces du Nord ou de TEst.

3. N'a-t-on pas constaté, en effet, queii les ouvriers italiens ou espagnols qui viennent habiter le Midi y parlent, non pas le français courant, mais le provençal, qui leur offre précisément un mode d'expression plus rapproché du leur?

4. Un essai intéressant a été tenté : Eug. Lintilhac, Précis historique et critique de la Littérature française depuis les origines jusqu'au XVlIt siècle» Paris, 1891. Voici ce qu'en disait VAiôli» dans son numéro du 7 octobre 1891 :

« Ce livre, accueilli avec honneur par la critique compétente, fait

Au moyen âge, comme dans les temps modernes, les dialectes méridionaux ont produit des œuvres qui valent réellement la peine qu'on les étudie.

Les nombreuses traductions exécutées dans toutes les langues, les travaux remarquables entrepris à l'étranger, nous montrent qu'on ne néglige pas ailleurs cet élément de formation littéraire et artistique.

Tenir comme non avenues des œuvres qui, en leur temps, ont été inspiratrices et régulatrices de la civilisation intellectuelle dans l'Europe entière, faire abstraction d'une langue qui renaît de façon si brillante, serait un crime, en même temps qu'une faute, pour les descendants d'une race qui s'en est si magnifiquement servie.

Nous avons hâte d'arriver à une question qui se pose aujourd'hui dans presque tous les pays civilisés, et qui a pris chez nous une importance capitale depuis l'enquête officielle de 1899 : la question du latin.

Les partisans de l'enseignement secondaire disent que la connaissance du latin ouvre à l'élève les trésors de l'antiquité classique, dont la valeur éducatrice est réellement incomparable. Elle lui fournit, en outre, un précieux instrument de comparaison linguistique, qui lui jfermet d'apprendre à fond la langue officielle et d'y faire passer, après se ^es être assimilées, les qualités de vigueur, de clarté, d'harmonie, qu'il découvre dans l'idiome antique.

Les adversaires répondent que, pour obtenir ce double résultat, il faudrait que l'enfant arrivât à se rendre maître

enfin une place dans Thistoire littéraire à la poésie du Midi et À la langue I provençale.

« Depuis la publication du grrand travail de Raynouard (1816) sur la poésie des troubadours, malgré les profondes études de Fauriel, Diez, Bartsch, Paul Meyer, il a fallu 70 ans pour voir entrer quelques rayons de gay-savoir dans l'enseignement secondaire.

• Nos compliments au savant professeur qui a osé consacrer le premier chapitre de son cours de littérature à Tinitlation de nos troubadours et, « chose remarquable, de notre Renaissance. »

suffisamment de la langue latine pour lire les auteurs couramment et faire, avec sa propre langue, des comparaisons raisonnées.

Or, dans nos meilleurs collèges, après avoir employé la plus grande partie du temps à piétiner sur des déclinaisons, des conjugaisons, des études de morphologie et de syntaxe, à faire machinalement des thèmes et des versions à grands coups de dictionnaire, Télève sort de ses classes avec le tour de main nécessaire pour enlever une version de baccalauréat, mais absolument incapable de comprendre un auteur à livre ouvert, encore plus de justifier une construction, une tournure, une expression.

Dans ces conditions, le but est véritablement manqué. L'élève a perdu un temps très considérable à étudier Tanatomie purement mécanique d'un organisme mort, qui lui a été à peu près inutile pour sa formation classique et qui ne lui sera d'aucun usage dans la vie.

En conséquence, le seul parti à prendre est de supprimer radicalement l'étude du latin.

On ne sait pas le latin, répliquent ses défenseurs, parce qu'on rapprend mal ; au lieu de se priver imprudemment d'un si précieux auxiliaire, il faut, au contraire, l'étudier avec' de meilleures méthodes et des exercices mieux appropriés *.

La méthode franco-provençale procurerait peut-être le moyen de contenter les deux partis.

I. € Loin de penser qu'il convienne de resserrer le latin dans les hautes classes, nécessairement encombrées par beaucoup d'objets d'étude, volontiers je le ferais descendre au devant de l'enseignement primaire même.

M Tout français qui apprend le latin apprend sa langue mère. Il ne m'est * pas prouvé que le petit paysan qui sert la messe, ne comprenne pas d'intuition une grande partie de ce qu'il dit. Et indépendamment des excellentes raisons de psychologie pédagogique que je pourrais donner, je crois que, dans la Babel linguistique qui se prépare, le latin a de grandes destinées à fournir et que ce sera tout profit pour les peuples qui y seront restés attachés. *

G. Dumesnil, Pour la Pédagogie, p. i65. . •

Tout le monde reconnaît la supériorité de la culture secondaire sur la formation primaire *. S'il est vrai que Tétude comparée des langues et des littératures en est la principale cause, la méthode qui autorise de semblables comparaisons, sur un terrain aussi cher à toute une race, n'aurait-elle pas des avantages analogues ?

A ceux qui veulent supprimer le latin, à cause du temps et des efforts que son étude réclame, le dialecte du berceau, dont l'acquisition n'exige précisément ni peine ni travail, offrirait un instrument tout préparé.

A ceux qui voudraient, pour mieux apprendre le latin, des méthodes plus rapides et plus efficaces, la version

I. Wiese, dans son ouvrage capital sur la pédagogie allemande : Dos hôhere Schulwesen in Preussen: historisch^statistische Darstellung, dit : c La discipline grammaticale des études classiques et l'interprétation méthodique des auteurs ont en elles-mêmes une telle solidité, qu'elles soutiennent même un enseignement faible. Les c réalités » sont moins propres que les langues à façonner l'esprit...

« En comparant les gymnases et les écoles c réaies », on reconnaît que celles-ci travaillent beaucoup. L'expérience démontre que, la plupart du temps, elles obtiennent des résultats supérieurs à ceux des gymnases, en mathématiques, en langues vivantes et sciences naturelles ; mais les gymnases ont l'avantage de donner à leurs élèves un jugement plus cultivé et plus individuel, une conception plus prompte et un sens plus libre, aussi bien dans les sciences que dans l'histoire. Chez les élèves de l'école réale, la réceptivité passive est plus développée ; des connaissances mnémoniques et isolées prennent une place prépondérante ; l'opinion d'avoir déjà beaucoup reçu de l'école les rend, d'après l'avis des professeurs d'Université, moins sensibles à l'attrait des recherches scientifÂ^ues, moins disposés à les arborer que ce n'est ordinairement le cas parmi les anciens élèves des gymnases. Il va de soi qu'il y a des exceptions radicales de chaque côté.

« On a remarqué aussi que les dissertations allemandes des élèves sortant des gymnases, comme forme et comme contenu, sont, en moyenne, plus satisfaisantes que celles produites par les examens de sortie de l'école réale.

M II résulterait de l'expérience d'une longue suite d'années dans l'administration des forêts, que l'éducation du gymnase agit après coup, même pour favoriser les capacités pratiques des hauts fonctionnaires, plus favorablement que celle de l'école réale. Le ministre du commerce Achenbach annonce également que, d'après des observations faites dans son ressort, les anciens élèves du gymnase passent, à quelques exceptions près, avant ceux qui sont sortis des écoles réaies. «

Cf. Dumesnil, La Pédagogie dans l'AlUmagne du \ord, p. 144.

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provençale, si facile et si agréable, procurerait un excdlent exercice préparatoire à la version latine, tandis que la connaissance d'une langue plus rapprochée du latin que notre parler officiel servirait d'utile intermédiaire pour une étude à la fois plus rapide et plus approfondie.

Avec une peine insignifiante, par la simple utilisation d'une chose déjà possédée par la majorité des élèves, on pourrait arriver à réaliser l'idéal universitaire de la continuité dans l'enseignement et le rêve démocratique de l'égalité dans la formation intellectuelle.

Au moyen âge, l'enseignement secondaire, donné dans les Universités par la Faculté des Arts, faisait partie de l'enseignement supérieur*.

Ce n'est que peu à peu qu'il s'est dégagé progressivement jusqu'à former une entité indépendante entre l'enseignement élémentaire, désigné sous le nom de primaire, et l'enseignement supérieur, réservé aux Facultés.

Aujourd'hui, un abîme existe, de fait, entre ces trois ordres d'enseignement; mais la distinction est si conventionnelle qu'on ne s'accorde pas du tout pour déterminer ce qui la constitue".

I. C*est même la raison pour laquelle le baccalauréat, attestation d'études secondaires, est subi encore de nos jours devant un jury formé en m^orité par des maîtres de l'enseignement supérieur.

a. Dans l'enquête si instructive de 1899, M. Lachelier exprime ainîi sa pensée : *

€ La distinction des trois ordres d'enseignement est celle-ci :

« L'enseignement primaire donne un savoir empirique, destiné à être utilisé sans réflexion.

€ L'enseignement supérieur donne un savoir raisonné, que l'étudiant doit s'approprier en le soumettant à une critique personnelle. Le propre de l'enseignement secondaire est de donner, non un sa>^ir, mais une culture: il doit consister dans une lente imprégnation de l'esprit. » (£t*guêU, 1899, t. I, p. 327.)

Ainsi pensent M. l'abbé Julien (II, 325), M. Leroy-Beaulieu (III, i56), MM. Fallex et Darlu (II, 17.) : L'enseignement primaire est celui qui ne procure qu'une « instruction formelle », qui « ne comporte pas une éducation générale de l'esprit », dont la méthode « ne provoque pas la réflexion t , mais c fait seulement appel à la mémoire. •

Tous ne partagent pas cet avis. Il en est môme qui expliqiifent la diffé-

Grâce à la méthode comparative, qui ne dépasse certes pas la portée de l'enfant, renseignement primaire réunirait, dans une certaine mesure, les trois qusilités qui, d'après M. Lachèlier, forment la caractéristique de chaque degré : avec le savoir empirique, il donnerait la culture du secondaire, et autoriserait même chez l'élève plus développé la critique personnelle elle-même.

Il n'y aurait plus entre les divers ordres d'enseignement une différence de nature, mais seulement de degré.

La culture secondaire serait à la portée du peuple*.

Cette tare infamante, qui marque d'un signe malheureusement trop facile à reconnaître ce qu'on pourrait appeler l'espèce primaire, serait effacée.

En possession d'un instrument qui lui permettrait l'usage si utile et si fécond de la comparaison, non seulement linguistique, mais littéraire, le peuple verrait sa

rence, non plus par une divergence de méthodes, mais par des préjugés sociaux.

Tel M. Buisson {Enquête, î, 107) :

c La définition de cet enseignement (secondaire) ne peut plus se faire en France que sous la forme sociale.

« On le reconnaît à ceci : c'est l'enseignement accessible aux familles qui peuvent entretenir leurs enfants, jusqu'à un âge relativement avancé, sans avoir besoin de leur faire gagner leur vie. >

c Un bourgeois met son enfant au lycée, non pour en faire un savant, mais pour ne pas le mettre dans le môme établissement que le fils de son concierge.

c La distinction des enseignements entretient ainsi la division des classes sociales. »

D'excellents esprits sont pour le maintien de cette division même : Fouillée {Enquête, I, 274) : « Ne mêlons pas à tort et à travers les diverses couches sociales et les divers milieux sociaux. •

Les partisans de la démocratie en sont vivement blessés. Depuis longtemps déjà, depuis la Convention surtout, ils révent d'établir la continuité* dans l'enseignement et d'abolir cette distinction, en réalité purement factice, qui ne nous a guère été imposée que par la réforme aussi artificielle de la Renaissance.

C'est ce que pense M. Poincarré {Enquête, II, 658) ; « L'éducation secondaire est a la fois Isolée de l'instruction primaire et de l'instruction supérieure... On a fini par admettre qu'il y avait trois enseignements, séparés par des frontières déterminées.... C'est un* merveilleux exemple de la puissance des formules, car enfin ces trois épithètes, primaire, secondaire, et supérieur, ne correspondent à aucune réalité. »

X. Or, c'est dans les écoles primaires que les 9/10 des enfants se préparent À devenir des hommes et des français !

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culture se développer et grandir, dans une sphère, moins ample peut-être que la sphère classique, mais assurément plus en rapport avec son génie natif. L'enseigner ment primaire formerait, avec une indépendance réelle et avec une harmonie parfaite de plan et de résultats, un véritable cycle complet, un peu inférieur toujours au secondaire classique, mais bien capable pourtant de se soutenir par lui-même.

Quand les enfants du peuple comprendraient qu'ils reçoivent dans leurs écoles une éducation équivalente à celle que donnent les lycées et les collèges, on ne les verrait plus se ruer aveuglément à Tassaut du secondaire pour le vain plaisir de s'égaler aux bourgeois ou aux aristocrates*.

La culture latine ne représentant plus un genre absolument différent, mais un simple degré dans l'échelle de l'enseignement, ne serait plus recherchée comme un titre indispensable à la considération, mais comme un simple objet de luxe.

I. Pour éviter cet inconvénient et combler Tabîme dont nous avons parlé, on a imaginé ce qu'on a appelé le primaire supérieur ou encore l'enseignement moderne.

Gomme on Ta très justement dit, cet enseignement « aura toujours Tair d'être et, en fait, sera un concurrent au rabais de l'enseignement secondaire ».

« Ce qu'il a de bon, s'il est bien compris, ou plutôt si on le laisse se développer spontanément, c'est que, par nature, il est et doit être divers;.. Il a directement sa racine dans le sol, il y puise une sève toute locale et se tient dans une affinité étroite et profonde avec le génie de chaque race régionale. Si, par malheur, au lieu de l'envisager et de le considérer en lui-même, comme il le mérite, on en fait une simple transition vers un enseignement secondaire dit moderne, du même coup il est corrompu et perdu.... Il sera dénaturé partout; il perdra sa force propre; il sera déraciné du sol où il aurait dû s'enfoncer, prospérer et fleurir; il sera par 1& même une grande et déplorable école de « déracinés »; il sera le flot bourbeux, énorme, qui inonde, engloutit, nivelle, égalise tout, sous une masse inféconde et désolante».

Cf. Dumesnil, Pour la Pédagogie^ p. 171.

Vivifié par la méthode régionaliste, qui ne ferait que le perfectionner dans le sens de ses qualités, enraciné davantage dans le sol par Tusage de la langue qui constitue mieux que tout l'âme de la race, peut-être que cet enseignement pourrait être sauvé de la fin désastreuse et fatale qu'on lui prédit et répondre précisément aux aspirations de l'avenir.

Seules, les intelligences qui se sentiraient une vocation littéraire ou libérale songeraient à se la procurer.

Le latin lui-même en bénéficierait. N'étant plus imposé à une masse de médiocrités S pour lesquelles il est réellement une superfétation nuisible, il ne serait plus combattu par ceux qui, avec d'excellentes raisons, veulent le proscrire des programmes suivis par cette multitude à qui il est réellement inutile, tandis qu'il serait étudié avec plus d'attention et de succès par 'ceux qui l'auraient épousé par amour.

Pour cette élite, la langue dialectale deviendrait comme un « pré-latin » ou un « mi-latin » qui aiderait puissamment l'étude de l'idiome classique par l'habitude qu'il donnerait delà comparaison, par les jalons qu'il poserait sur la route, par les trésors linguistiques dont il ouvrirait les richesses.

C'est un jour nouveau ouvert sur la question du latin, qui peut surprendre, dès l'abord, mais qui, à la réflexion, paraît mériter qu'on l'examine avec attention.

I. N*est-il pas vrai que trop d'élèves médiocres encombrent les classes de nos collèges, parce que la société compte trop de parents ambitieux qui font apprendre le latin à leurs fils pour obéir à. la mode et, comme le dit un peu rudement H. Spencer, « à la façon 4es Indiens de TOrénoque qui croient qu'il entre dans le privilège des chefs de se peindre et de se tatouer » ?

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