‹ La pédagogie régionalisteChapitre 63 sur 77 · CHAPITRE %IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE %IL

L'enseignement supérieur n'a-t-il pas répondu déjà aux principales aspirations régionalistes * ?

La véritable philologie ne s'y fait pas autrement que par l'étude comparée des dialectes anciens et modernes.

L'histoire y a pour point de départ la monographie locale, et pour fondement Tétude des traditions et des institutions provinciales.

La littérature comparée y est la véritable forme des études littéraires et critiques.

Nous ferons remarquer seulement l'avantage que posséderait rétudiant supérieur qui aurait été préparé durant

I. « Les Facultés, disait M. Clerc dans son discours d'ouverture de la chaire d'Histoire de Provence, ne croient plus déroger en faisant une large place aux études de linguistique, d'histoire et d'archéologie locales... Vous remarquerez en passant, Messieurs, que le Midi de la France a pris la part principale au mouvement : Bordeaux, avec deux chaires... ; Toulouse, avec deux chaires.... ; Àix, enfin, avec le cours de Langue et Littérature provençales et la chaire que j'ai le grand honneur d'inaugurer.

En même temps que se créaient tous ces centres d'enseignement, on ^oyait se fonder des Revues du même caractère, c'est-Â-dire où les queslions d'érudition locale tenaient une grande place

Ainsi se formeront peu à peu, autour de chacune des chaires magistrales, ce que les Allemands appellent, d'une façon un peu pédantesque, un c séminaire », ce que nous appelons plus simplement une « conférence ». C'est un petit groupe de travailleurs se livrant, non plus à la fastidieuse besogne d'une préparation de matières d'examen, toujours les mêmes pour tous, mais suivant, au contraire, chacun leur goût particulier, et se partageant la besogne à leur gré. Ils trouveront, en s'adonnant a l'histoire régionale, ce grand avantage d'avoir facilement sous la main toutes les ressources de leur sujet, et ils rendront à la science un plus grand service en élucidant, une fois pour toutes, même un mince problème d'histoire locale, qu'en ressassant une fois de plus des matières trop vastes pour être embrassées en entier, ou pour lesquelles les documents nécessaires leur feraient défaut.

ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR îSq

le cycle primaire et secondaire d'après les méthodes que nous avons exposées.

En pf^lologiCy par exemple, on sait combien Tétymologie est chose délicate.

La seule méthode qui semble permettre d'arriver à un résultat assuré est la méthode de comparaison, qui s'appuie, pour aboutir à des solutions plus certaines, sur les lois phonétiques des langues les plus voisines et les plus semblables *.

Si le provençal est un frère germain du français, tirant^ d'une origine commune des ressemblances et des affinités naturelles, il est banal de dire qu'on y trouvera les meilleurs éléments de cette comparaison.

Si, comme le veut une théorie plus moderne, il représente un état intermédiaire dans la transformation du latin, dont le français serait une forme plus évoluée, il sera encore plus intéressant d'y surprendre, en voie d'évolution, les formes originales de la langue primitive.

Quelle avance énorme posséderait l'étudiant à qui sa

I. Voici un exemple emprunté à une étude de M. Marcel Devic {Revue des Langues romanes, mai i885). L'expression d ras de cuve, ad radium tinae, s'emploie couramment encore aujourd'hui dans l'Hérault, le Gard, etc., pour dire tiré à la cuve. On vend son vin à ras de cuve, c'est-à-dire^ pris directement au robinet de la cuve.

Raz ou rat (comme on prononce sur les rives du Lot et ailleurs) se dit d'un point d'une rivière où le courant est très vif, par exemple à. la sortie d'une écluse. C'est évidemment le même mot que le bas breton raf, courant violent, remous, et le français raz, dans raz de marée. La présence simultanée de raz en breton et en languedocien, sans qu'il y ait lieu de supposer un emprunt de l'une des langues à l'autre, eût pu faire croire à l'existence d'un vieux mot autochtone (indépendant de radium et de radiare). Ce ras ou plutôt raz {rc^f} est tout simplement le nom verbal de rc^ar, d'un emploi constant pour désigner un liquide qui coule.

Nous en trouvons un autre exemple dans le Recueil de Versions gascon^ nés, de Sylvain Lacoste, p. 6 : « Cant, en gascon, désigne le bord ou le côté le plus étroit d'un objet. Méte ue brigue de cant, se traduit par u mettrj une brique de champ ». Cette locution de champ ou sur champ n'a absolument rien de commun avec le latin campus, comme on serait tenté de le croire si on s'en rapportait seulement À l'orthographe : c'est tout simplement can ou cant, de cantus, qui, par chuintement, est devenu chant en vieux français.

« Cant ou chant se trouve : ^* dans le verbe décanter (faire couler en appliquant bord sur bord); 2* dans échantillon (autrefois bord d'une étoffe) 3* dans canton, cantonade, chanteau, avec le sens de coin. »

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préparation antérieure aurait déjà livré tous les secrets de son dialecte local ! Quelle ne serait pas sa supériorité ôi, au lieu d'être contraiift de recourir à des dictionnaires froids et morts, il possédait vivant, dans sa mémoire, un vocabulaire si précieux * ?

A l'historien qui veut étudiçr la physionomie essentielle d'une province, rien ne sera plus utile que la connaissance de sa littérature dialectale. Pour bien saisir, ^ travers leurs écrits, Tâme de nos pères, quel avantage si nos premières études nous familiarisaient avec leur langue et nous faisaient vibrer à Tunisson de leur génie !

L'enseignemçnt supérieur forme nos écrivains et nos artistes. Chaque race a son idéal original qu'une éducation étrangère peut fausser ou détruire. Il n'est pas indifférent, si nous voulons qu'ils restent bien nôtres, de nourrir nos auteurs avec « le pain de chez nous » 1

Le souffle d'autonomie, qui réveille aujourd'hui les initiatives locales, voudrait rendre à nos provinces les belles Universités régionales qui firent leur gloire jadis.

Avec un enseignement ainsi compris et dirigé, que resterait-il à faire pour les instituer?

En graver officiellement le nom au fronton des édifices, au sein desquels elles vivraient déjà !

I. Ch. Nodier, expert en la matière, dit : a Si les patois étaient perdus» il faudrait créer une Académie spéciale pour en retrouver les traces. En archéologie grammaticale, il n*y a peut-être pas une notion positive dont on puisse approcher autrement que par les patois. »

M. J. Brenous remarque excellemment que « la phonétique romane per- Q[iet de remonter à la phonétique latine. » i^Revue des Langues romanes, mai 1886.)

D'une étude entreprise par le docteur Koschwitz, professeur à TUniversité de Greifswald, il résulterait c que les dialectes des Alpes auraient conservé fidèlement des articulations médiévales, et que plus d'un caractère phonétique du vieux français se retrouveraient chez les provençaux, alors qu'ils ont disparu des provinces du Nord. »

Cf. Rcyue/éUbréenne, septembre 1891. •

Section V.

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