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Mistral, Discours à la St^Estelle de Gap, 23 mai i

5. «Les chansons qui nous ont bercés ne s'oublient jamais ; le parler de la nourrice et de la mère retentit toujours ^vec délices au cœur fait pour se souvenir et pour aimer.

«Et nous l'aimons, notre langue, parce qu'elle nous dit en vérité et avec charme les choses du coin natal, douces ou énergiques; nous raimons

Quand, de la bouche d'un maître convaincu, Tenfant aura appris encore à apprécier les ressources et les harmonies de sa langue, l'estime instinctive qu'il en avait déjà deviendra raisonnée.

Quand on lui aura fait voir que cette poésie qui retentit aujourd'hui, si fraîche et si harmonieuse, sur la lyre de ses concitoyens, a été jadis la première en date et la plus parfaite de l'Europe, peut-être le verra-t-on se passionner pour elle.

Et, comme il n'y a pas un. provençal, dans l'âme duquel la chanson des cigales n'ait esquissé quelque rythme et les rayons du soleil animé quelque image, on aura éveillé toute une lésion de poètes qui, chantant dans la langue de leur mère, seront sincères et compris.

Pour la Provence, ce sera une joie de plus et, pour la France, une richesse nouvelle.

parce qu'elle nous parle de notre ciel de flamme et dft nos rochers brûlés, des oliviers pâles et des grrenadiers éblouissants, des craus tranquilles et muettes et des pinèdes harmonieuses.

« Nous Taimons, notre langue, parce que, mieux que éhautres, elle a des mots pour refléter notre mer bleue et nos fleuves argentés, la grâce de nos filles et Tardeur de nos jouvençaux. « Son parler est doux à nos lèvres comme la saveur d'un raisin frais. » Aubanel, Brinde au banquet de la Cigale, 24 octobre 1878.

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