RÉSULTATS MORAUX ET SOCIAUX
Les leçons morales nous touchent beaucoup plus lorsqu'elles nous sont données dans la langue de notre mère*, peut-être parce qu'il y a dans la conscience de Tenfant comme un substratum de notions, morales, alluvions séculaires déposées lentement au cours d'une longue hérédité. Pour que ces principes, en quelque sorte innés, soient réveillés de leur sommeil et reparaissent actifs et « efficaces, sous l'œil ouvert de la conscience, il suffit qu'ils soient touchés par le mot magique, le mot ancestral, qui les résume^ comme un symbole. Au contact du verbe mystérieux, le fossile inerte s'anime et se dresse, tels les ossements desséchés de la vision d'Ezéchiel.
« La destinée de l'homme, dit Spencer, étant de vivre, dans la plus large acception du mot, le but de l'éducation est de nous apprendre à vivre. »
Nous avons vu comment, par son côté pratique, la pédagogie régionaliste, rapprochant l'école de la vie, arme l'individu plus puissamment pour la lutte, tout en diminuant les âpretés de la concurrence, par la multiplicité des horizons divers qu'elle ouvre à l'activité.
Elle favorise aussi la famille, non seulement parce qu'elle protège cette langue qui fait le charme et Tinti-
I. Les contes moraux eux-mêmes, dits dans la langue maternelle, placés dans le cadre même du pays que l'on connaît, mettant en action des personnages qui sont des ancêtres, touchent beaucoup plus l'enfant, que s'ils se présentaient à lui avec une allure cosmopolite et étrangère.
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mité du foyer, mais parce qu'elle procure aux parents le moyen facile et agréable de reprendre, dans l'éducation de leurs enfants, cette part de coopération ou au moins de surveillance qu'on ne devrait jamais leur laisser abandonner.
Leur rendre quelque chose de cette supériorité que leur enlèvent peut-être les programmes modernes, ce n'est pas seulement suivre une bonne méthode, c'est accomplir une bonne action.
Avec la langue, demeurent au foyer les mœurs et les usages, ainsi que l'antique religion des aïeux *, le costyme si pittoresque, .la vie simple d'autrefois et aussi le goût du métier paternel. Le titre de « Monsieur » ou de « Mademoiselle » ne fascine plus l'enfant qui se sent fier d'être peuple, et outillé pour être heureux en restant peuple..
L'histoire, qui ne lui propose plUs comme exemple
unique les conquérants, grands tueurs d'hommes, mais aussi tous les pacifiques bienfaiteurs de l'humanité, lui apprend que la prospérité des nations, comme celle des individus, dépend de l'intelligence, du travail, de la moralité, et que le bonheur fleurit surtout quand les peuples restent chez eux, dans la paix et l'activité.
L'estime entraîne l'amour et l'amour demande la possession. Au petit provincial on a fait connaître et estimer sa province, sa commune, son village : il se prend à les aimer d'amour et ne songe plus à les quitter.
La patrie, pour lui, est désormais quelque chose de très réel, de très vivant, qu'il va mettre tout son soin à em-
I. M Nous ne croyons pas que l'instruction du peuple doive jamais âe séparer de la religrion.
« Ce n*est pas seulement parce que au fond de toutes les religions il y a des germes de vérité que la critique philosophique la plus sévère ne peut détruire, c'est aussi parce que, dans Tétat actuel de l'humanité (et cet état durera sans doute toujours), la religion apporte avec elle des secours exté^ rieurs dont la faiblesse humaine ne peut pas se passer. »
Compâyré, op. cit., \\. p. 455.
2^4 PÉDAGOGIE RÉGIOKALI^TÉ
bellir et qu'il défendra, s'il le faut, avec enthousiasme, au prix de tout son sang.
Au lieu du séparatisme qii'on les accuse de fomenter, c'est l'union que les régionalistes veulent procurer. On a pu le voir dans tous les détails de leurs théories.
Ils ne font pas échec au gouvernement pour le plaisir de révolutionner de nouveau la patrie, en augmentant encore ses ruines; ils lui demandent seulement de revenir aux véritables principes de l'évolution normale, de s'attacher également toutes les provinces par une sage décentralisation, par le respect de ce qu'elles ont d^ plus cher et dé plus sacré, leur langue et leurs usages.
Us veulent qu'on rattache l'individu au g^rand rameau où circule la sève antique, riche des énergies latentes de toute une race et de tout un terroir, dans le feuillage dufiuel résonne encore la voix de toutes les générations ^ qui'ont rêvé, chanté^ et réalisé l'idéal qui flotte, mystérieux, dans son ^me.
Plus ils observent et suivent de près la nature, plus il semble qu'ils se rapprochent de la vérité.
Par un heureux paradoxe, qui n'existe qu'en apparence, plus ils affermissent chaque individu dans sa personnalité et son originalité propre, plus ils établissent, dans une féconde variété, Yégalité véritable.
En aidant la nature à diversifier les aptitudes, les besoins, les intérêts de chaque être, de chaque région, de chaque race, ne diminue-t-on pas les chances de conflits et pe favorise-t-on pas la vraie fraternité ?
Quant à la liberté, qui n'est pas la licence, elle s'affirme et se développe d'autant mieux, qu'elle s'adapte plus intelligemment aux trois grandes forces fatales qui président à révolution des peuples comme à celle des individus : la race, le milieu, le moment.
Conclusion.