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I. Citons seulement

a. Décret pour l'enseignement et la distribution des premières écoles, 3o vendémiaire an II (21 Octobre 1793) :

Art. a. Les enfants reçoivent dans ces écoles la première éducation physique, morale, intellectuelle, la plus propre à développer en eux les moeurs républicaines, V amour de la patrie

Art. 3... On leur fait connaître les traits de vertu qui honorent le plus les hommes libres et particulièrement les traits de la Révolution française les plus propres à élever Tâme et à les rendre dignes de la liberté et de l'égalité. Ils acquièrent quelques notions gréographiques de la France.

b. Décret relatif à la constitution des écoles primaires, 27 brumaire an III 1,17 Novembre 1794; :

Chap. IV, art. 2. On enseignera aux élèves...

2* La Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen et la Constitution ,

de la République française... |

6* Les éléments de la géographie et de Thistoire des peuples libres.

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Nous arrivons aux conséquences linguistiques, qui doivent nous intéresser plus particulièrement.

La langue est la plus parfaite expression de Tâme d'une race et le principal moyen de communication entre les hommes.

Dans un pays où régnaient la liberté et Tégalité, il ne devait plus y avoir de difl'érences de langage ; tous les individus devaient pouvoir communiquer également dans un idiome identique pour tous.

La conséquence était logique, le besoin réel : dans une même nation, il est bon qu'un langage commun permette à tous les citoyens de s'entendre.

Talleyrand restait dans la justice en inscrivant au programme proposé à la Constituante « les principes de la langue maternelle, soit parlée, soit écrite, car le premier besoin social est la communication des idées et des sentiments* ».

• Les décrets officiels, portés par les premières assemblées, ne dépassent guère cette limite.

Quelques-uns mêmes imposent ou autorisent l'étude ou l'emploi, dans certaines régions, des dialectes du pays ou des pays voisins ■.

1. Projetât Talleyrand à la Constituante, lo, ii. 19 septembre 1791. Lanthenas ne parlait guère autrement à la Convention dans son rapport

de 1792 : « Il se préoccupe d'étendre la connaissance et l'usage de la langue française dans les pays où elle n'était pas encore familière au peuple» persuadé qu'une langue nationale est la conséquence et aussi l'instrument de l'unité nationale, et que tous les français devraient pouvoir s'entendre dans une France libre où ils étaient désormais appelés à discuter leurs intérêts en commun. »

Cf. G. Dumesnil, La Pédagogie Révolutionnaire, p. 161.

2. a. Projet de décret présenté à la Convention par P. C. Fr. Dupont des Hautes-Pyrénées}, 1793 :

Art. II. — La République étant une et indivisible, l'éducation se fera dans la langue française, commune â la grande majorité des citoyens.

Art. 12. — Dans les départements frontières, une partie essentielle de l'éducation sera l'enseignement des langues'usitées dans les pays voisins de ces départements.

b. Décret pour l'organisation et distribution des premières écoles, .Xo vendémiaire an II ,21 octobre 1793; :

Art. 3. — Ils apprennent â parler, lire, écrire la langue française.

c. Décrets complémentaires, 5, 7, 9 brumaire an II 26, 28, 3o octobre 1793} :

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Le désir d'égalité, il faut le reconnaître, n'était pas seul à diriger les esprits.

On sait quel empire exerçait le latin dans l'enseignement depuis la Renaissance et quelle docte répugnance on avait dans les écoles pour le français. On nous dit « que Budé, lui-même, l'inspirateur de François I*' dans^ la fondation du Collège de France, le regardait comme bon tout au plus pour décrire l'art de la chasse *. » Nous voyons qu'à la fin du XVI* siècle, aussi bien dans les établissements universitaires que dans les collèges des Jésuites, les élèves qui parlaient une autre langue que le latin, même dans ieurs conversations, étaient sévère-^ ment punis.

Les Statuts publiés en iSgS, par ordre d'Henri IV •, déclarent que manquer la messe et s'exprimer en langue vulgaire sont des fautes de même ordre, réclamant le

même châtiment ».

Art. 6. — L'enseignement est partout dirigé de manière qu'un de ses premiers bienfaits soit que Ifi langue française devienne» en peu de temps, la langue familière de toutes les parties de la République.

L'art. 7, que nous citons par anticipation pour éviter une répétition, porte une prohibition implicite : Dans toutes les parties de la République, instruction ne se faU qu'en langue française. *

d. Décret relatif à la constitution des écoles primaires^ 27 brumaire an III .17 novembre 1794) : ,

Ch. IV. Art. 3 — L'enseignement sera fait en langue française ; l'idiome du pays ne pourra être employé que comme moyen auxiliaire.

I. Compayré, op. cit., p. r3i. Cf. aussi Montaigne, Essais, liv. III, chap. IX.

a. Lois et statuts de l'Université, faits et promulgués par l'ordre et la volonté du très chrétien et très invincible roi de France et de Navarre Henri IV. — Art. 16. Aucun élève dans le collège n'emploiera la langue vulgaire ; il faut se servir du latin

Art. 17. Dans chaque classe sera établi un surveillant qui présentera au chef du collège une liste des élèves qui auront manqué l'office divin, ou qui se seront servis de la langue vulgaire, ou qui auront commis quelque faute grave , «

En 16:2, l'Université interdit à M. Camus, principal du collège de Tréguier, « ne phitosophiam vernaculâ lingui. profiteretur, sub pœnâ reclusionis perpétuas. » Cité par M. Jourdain, Histoire de l'Université, p. 73.

3. L'Université était si sévère sur ce point qu'un jour^un papetier, harangué en latin par le Recteur, qui lui faisait des reproches sur ses fournitures, s'étant avisé de dire : « Parlez français, je vous répondrai »,^ fut cité devant le Parlement, comme s'il eût commis un délit.

Compayré, op. cit., p. i36.

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Excellente pour la formation d'une élite, il est évident que l'étude des langues anciennes devenait inutile, fatigante et môme impraticable dans un système d'enseignement universel et égalitaire *. C'est ce que laisse entendre Mirabeau dans un de ses discours : a Que le grec et le latin soient regardés comme propres à fournir des vues précieuses sur les procédés de l'esprit dans l'énpnciation des idées ; qu'on les estime, les recommande, à raison des excellents livres qu'ils nous mettent à portée de connaître beaucoup mieux, rien de plus raisonnable sans doute ; mais je crois nécessaire d'ordonner que tout enseignement public se fasse désormais en Jrançais, » i

La réaction contre le latin, qui régnait trop exclusivement à l'école, pourrait donc expliquer une réforme pacifique. Comme il arrive dans presque toutes les réactions, les passions intervinrent et la mesure ne fut pas gardée par tous.

Les Jacobins, qu'il ne faut pas confondre avec les sincères patriotes qui confectionnèrent les cahiers de 1789, n'avaient qu'une pensée : détruire tout ce qui pouvait, de près ou de loin, rappeler ou représenter l'ancien état de choses. Du monarque, des nobles, de l'histoire, de la géographie, des traditions, de l'expérience, on avait fait justice. Restait la langue locale, qfci était le symbole même du passé et de ses traditions ; elle aussi devait être mise hors la loi.

A la séance du 8 pluviôse an II, Barrère, en un discours où il fait preuve de plus de frénésie que de science »t de critique, incite la Convention à déclarer la guerre aux dialectes, où il prétend reconnaître les débris de la féodalité. « Il faut populariser la langue, détruire l'aristocratie du langage. Nous avons révolutionné le gouvernement, les moeurs, la pensée: révolutionnons aussi la langue. Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l'émi-

1. L'Institut des Frères de la Doctrine chrétienne, sous l'inspiration de son fondateur, J.-B. de la Salle, Tavait compris depuis un siècle («681).

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gration et la haine de la République parlent allemand ; la contre-révolution parle Titalien et le fanatisme parle le basque : cassons ces instruments d'erreur*. »

A la suite de ce discours, par son décret du lo pluviôse an II, la Convention décide l'envoi d'instituteurs de langue française dans les pays où Ton parlait un idiome différent.

Il faut lire, dans le Moniteur du 6 juin 1794, la longue déclaration de Grégoire contre « les trente patois qui rompent l'unité de la langue française » : « La féodalité, dit-il, a conservé précieusement cette disparité d'idiomes, pour mieux river les chaînes de ses serfs. Leur suppression importe au maintien de la liberté. L'uniformité du langage est nécessaire pour consolider l'amalgame politique. »

La Convention s'empare de ces paroles, et dans son adresse au peuple français du 16 prairial an II, elle les répète à la nation entière :

« La connaissance et l'usage exclusif de la langue française sont entièrement liés au maintien de la liberté.... Citoyens, qu'une sainte émulation vous anime pour bannir de toutes les contrées de la France ces jargons qui sont encore des lambeaux de la féodalité et des monuments de l'esclavage "; »

Il serait intéressant d'étudier comment, avec des intentions politiques en apparence diamétralement opposées, Napoléon sut prendre dans les théories pédagogiques de la Révolution, comme aussi dans les programmes de

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