DÉVELOPPEMENT DE LA TENDANCE SOCIALE. G
La compassion^ la bienfaisance et le dévouement sont trois dispositions qui procèdent l'une de l'autre, et qui par conséquent sont intimement liées dans leur développement. En même temps une influence réciproque s'exerce entre ce développement et celui des premiers sentiments moraux que nous avons signalés, Famour et la reconnaissance.
Il nous reste à examiner comment la justice, le respect, Tobéissance, le support et l'honneur se développent dans le premier âge, comment ils augmentent ou diminuent dans le cœur de Thomme. Mais les détails dans lesquels nous sommes entré en parlant des autres vertus nous permettent d'abréger notre tâche; en procédant comme nous l'avons fait jusqu'ici, nous parvenons à des résultats semblables.
Nous voyons ces divers sentiments commencer à se manifester, sous l'influence des relations de l'enfant avec de bons parents, par l'exemple et l'expérience de sentiments semblables. Nous les voyons s'accroître par leur activité; ainsi l'exercice de la justice fortifie le sentiment de la justice, comme l'exercice du respect augmente le sentiment du respect; ainsi c'est en obéissant qu'on apprend à obéir, et c'est en pardonnant qu'on apprend à pardonner; ainsi, c'est par tes actes qui le mettent en œuvre, que le sentiment de l'honneur acquiert peu à peu dans nos âmes toute la puissance dont il est susceptible. Nous les voyons diminuer par leur inaction, céder alors la place au développement des penchants qui les combattent, et finir quelquefois par ne laisser dans le cœur de l'homme que des traces presque imperceptibles.
Nous voyons enfin la justice, le respect, Tobéissance, le support et l'honneur profiter plus ou moins du concours de l'amour, de la reconnaissance, de la confiance, de la compassion; nous voyons ces vertus diverses exercer une influence réciproque les unes sur les autres, et une sorte de solidarité présider à leurs divers développements.
Maintenant nous avons examiné l'origine et les progrès des diverses vertus sociales, il nous reste à étudier dans son en-
6S ÉTUDE DU DéVELOPPEUENT MORAL.
semble le développement de la tendance à laquelle elles appartiennent^ afin de découvrir les règles générales qui le régissent.
Nous avons vu le petit enfant reconnaître chaque sentiment et se l'approprier par un acte d^intuition morale^ acte sans lequel ce sentiment n'existerait pas pour lui^ puisque Tidée ne lui en est donnée ni par Tintuition des sens ni par le raisonnement.
Le sentiment^ dès Tinstant où il s'est manifesté dans le cœur de Tenfant^ s'y augmente à chaque occasion où il domine les circonstances par son activité^ et y diminue chaque fois qu'il est contraint à l'inertie par la domination d'une passion contraire.
Un sentiment quelconque exerce plus ou moins d'influence sur le développement des autres sentiments. Il est des sentiments qui concourent à en former d'autres dont ils sont les déments nécessaires. Chaque sentiment contribue par son propre développement au développement de la tendance sociale tout entière.
A chaque progrès qu'a réalisé la tendance sociale^ les sentiments qui ont été en jeu ont augmenté de pouvoir^ et cette nouvelle force leur a donné plus de vie^ plus d'activité. Ainsi dans notre vie morale^ le progrès amène le progrès^ et chaque pas vers le bien nous pousse à y faire un nouveau pas.
Chacun de ces progrès est le fruit de l'activité de nos sentiments moraux tels qu'ils existent dans notre âme au moment où nous le réalisons; ces progrès sont donc toujours proportionnés à l'état actuel du développement de notre tendance sociale^ développement qui n'avance lui-même que par l'augmentation de force que nos sentiments puisent dans chacun de leurs actes. U en résulte que tous ces progrès moraux forment un enchaînement continu et sans lacune dont les degrés sont insensibles.
Les sentiments qui appartiennent à notre tendance sociale ne restent point dans notre âme à l'état où les avait laissés une
première période de développement. Ou bien ils continuent à déployer leur activité et alors ils augmentent de puissance^ ou bien ils demeurent dans Tinertie et alors ils perdent de leur pouvoir. Le développement de la tendance sociale n'est donc pas stationnaire; s'il n'avance pas il recule^ et nos vertus doivent se fortifier sans cesse sous peine de s'affaiblir.
Les sentiments qui appartiennent à la tendance sociale sont donc des pouvoirs de l'âme dont l'exercice combiné produit notre développement moral, de même que l'exercice combiné des facultés de notre intelligence produit notre développement intellectuel. C'est pourquoi nous donnerons à ces sentiments leui* véritable nom en les appelant les facultés morales.
Maintenant nous pouvons formuler comme il suit les résultats de notre étude sur le développement de la tendance sociale :
i. L'âme ne s'approprie les sentiments de la tendance sociale qu'après les avoir éprouvés par un acte d'intuition.
2. Ces sentiments sont les facultés morales; chacune d'elles s'accroît et se fortifie par l'exercice et en raison de son activité, tandis qu'elle diminue et s'affaiblit dans l'inaction.
3. L'action de J'une de ces facultés morales contribue plus ou moins aux progrès des autres ainsi qu'au développement de la tendance sociale tout entière.
Â. Tout progrès accompli par la tendance sociale devient cause et moyen d'un progrès nouveau.
5. Ces progrès forment un enchaînement continu, dont les degrés sont insensibles et qui ne comporte ni saut ni lacune.
6. Le développement de la tendance sociale n'a pas de temps d'arrêt absolu; quand il n'y a pas progrès, il y a déchéance.
Ces eonclusions sont précisément celles auxquelles nous sommes parvenu en étudiant le développement physique de Hiomme, son développement intellectuel et le développement
^4 BTDDE DU DBVELOPPEMKNT MOBAL.
de sa tendance personnelle. Ce sont les lois de tout développement organique.
Ainsi les facultés morales jouent^ dans le développement de la tendance sociale^ le môme rôle que les organes physiques dans le développement du corps^ le même rôle que les facultés intellectuelles dans le développement de Tintelligence^ le même rôle que les mobiles vicieux dans le développement de la tendance personnelle.
Nous dirons donc^ en appliquant à Tordre moral les mots que nous avons déjà transportés de Tordre physique à Tordre intellectuel :
La tendance sociale de l^omme est un tout organisé; en sorte qu'il y a un organisme de la tendance sociale^ comme il y a un organisme physique^ un organisme intellectuel et un organisme de la tendance personnelle.
Les facultés morales sont les organes de la tendance sociale.
La loi de tout développement organique préside aussi au développement de notre tendance sociale.
DÉVELOFFEMEin: DE LA TENDANCE REUGIEUSE
Les nobles sentiments de la tendance sociale ne sauraient avoir par eux-mêmes la force et la constance nécessaires pour bien régler notre vie, pour nous faire accepter tous les sacrifices que peut commander le devoir. £n effets ils ne s'adressent qu'à des êtres imparfaits comme nous^ chez lesquels souvent nous trouvons le mauvais exemple, Toffense, Tingratitude ;