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DÉVELOPPEMENT DE LA TENDANCE BELIGIEUSE

alors la tendance sociale s'affaiblit dans notre cœur^ et Tamour de soi y reprend tout son empire. Il faut que les sentiments de notre cœur s'adressent à un être parfait et immuable pour qu'ils acquièrent toute la fixité dont ils ont besoin^ toute la puissance dont ils sont susceptibles^ pour qu'ils nous élèvent au-dessus des vicissitudes de ce monde^ pour qu'ils nous montrent dans rétemité un but auprès duquel tous nos intérêts terrestres ne sont rien. Ainsi la tendance religieuse est nécessaire au perfectionnement de notre cœur.

Elle n'est pas moins indispensable à notre bonheur. Sans elle^ l'homme ne forme que des désirs qui le trompent : il désire les plaisirs des sens^ et la maladie^ l'âge ou la satiété viennent les lui ravir; il désire les richesses^ et celles qu'il a acquises ne lui suffisent jamais; il désire les honneurs^ et ceux qu'il obtient ne lui semblent pas proportionnés à son mérite; il désire les joies du cœur^ et son cœur est déchiré par l'indignité, par l'Ingratitude ou par la mort de ceux qu'il aime. Sans religion^ enfin, il ne s'attache qu'à des objets qu'il n'est pas sûr de conserver demain, et qu'il quittera certainement un jour pour ne plus les retrouver. La tendance religieuse peut seule lui faire connaître un bonheur qui ne trompe point, qui ne lasse point, qui ne finit point.

Nous avons vu que la tendance personnelle de l'homme est un fait éminemment naturel et primordial. Nous avons ensuite reconnu que sa tendance sociale résulte des intuitions morales que lui donnent ses rapports avec ses semblables. Mais d'où lui vient sa tendance religieuse et la connaissance de Dieu qui en est la première condition?

L'enfant croit au Dieu de sa mère, sans attendre des preuves

que la plupart des hommes religieux ne possèdent pas plus que

lui. Et même hors de la période de l'enfance, dans tous les

temps et dans tous les pays, il est un Dieu pour les faibles et

pour les ignorants. Les démonstrations philosophiques enfin

ne satisfont ni tous les esprits ni toutes les époques; elles ont

besoin d'être transformées selon les progrès des sciences mo-

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raies. Ainsi ce n'est point par Tintelligence seule que Thomme parvient à la connaissance de Dieu ; ce n'est pas davantage par le témoignage de ses sens; il faut donc qu'il ait en lui un pouvoir spécial pour reconnaître son Créateur.

L'homme a été créé à l'image de Dieu, c'est-à-dire qu'il a reçu, dans une certaine mesure, les facultés morales qui constituent les perfections du Créateur lui-même : l'amour, la justice, la miséricorde, la véracité, etc. La chute d'Adam a affaibli ces facultés sans les détruire; dans quelque état de dégradation que l'homme soit tombé, il conserve en lui des marques de son origine, des germes de ces facultés, un reste d'image de Dieu.

Il y a donc encore une sorte de conformité entre la nature morale de l'homme déchu et la nature morale de Dieu; et cette conformité suffit pour que l'homme reconnaisse son Créateur, soit qu'il le découvre dans sa conscience, dans la nature ou dans la révélation, de même que la conformité de la nature physique de l'homme avec la nature physique du monde avait suffi pour donner autorité au témoignage de ses sens. Ainsi donc que l'intuition des sens nous a mis en rapport avec la nature physique, ainsi l'intuition de l'âme nous met en rapport avec la nature divine.

Mais comment Dieu se présente-t^il à l'âme de l'enfant pour s'en faire reconnaître? Et quel point de contact peut exister entre l'Etre immatériel, infini, incompréhensible, et la faible créature qui ne connaît presque rien encore du monde qui l'entoure? Ici, il fallait un intermédiaire qui, comme l'enfant, appartint à la fois au monde sensible, au monde intellectuel et au monde moral; cet intermédiaire c'est la mère, le plus beau don du Créateur.

Nous avons vu comment le petit enfant reconnaît en sa mère les diverses facultés morales de l'être créé à l'image de Dieu : l'amour, la justice, la miséricorde, la véracité, etc., et comment cette expérience fait naître dans son âme les premières lueurs de ces vertus. Le petit enfant donne à sa mère toute sa

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