EXEDCICE ET FATIGUE DES ORGANES
Cest encore par Texercice seul que se développent nos facultés morales. Si donc vous voulez perfectionner le cœur de votre élève^ comptez peu sur vos sermons^ mais exercez-le a toutes les vertus que vous voulez développer en lui^ et particulièrement à celles qui paraissent le plus lui manquer. Comment^ dira-t-on^ est-il possible d'exercer Tenfant à la vertu ^ surtout à celle qu'il n'a pas? peut-on commander à volonté un exercice morale comme on décide une leçon d'arithmétique ou de gymnastique ? On conçoit la mise en activité des organes de notre corps et des facultés de notre intelligence; mais nous ne pouvons pas nous-mêmes commander aux sentiments de notre cœur^ comment obéiraient-ils aux ordres de l'éducateur ? Nous croyons avoir présenté l'objection dans toute sa force; il est d'autant plus important de la discuter^ que si malheureusement elle était fondée^ il ne nous resterait aucun moyen direct d'éducation morale ^ C'est au chapitre suivant qu'on verra com^ ment l'art. 3 de la loi de l'organisme nous donne les moyens de résoudre cette importante question.
La fatigue est une impuissance momentanée plus ou moins prononcée d'un organe^ laquelle succède^ soit à un effort trop violent, soit à un exercice trop prolongé.
Le fait de la fatigue peut paraître en contradiction avec ce principe de l'organisme qui nous apprend que tout organe se fortifie par l'exercice; mais cette contradiction n'est qu'apparente; on ne tardera pas à s'en convaincre.
L'activité de l'homme est susceptible de se déployer dans bien des directions différentes^ parce qu'elle est appelée à mettre en œuvre et à développer bien des organes divers. Mais les oi^anes ne peuvent point être exercés tous à la fois^ car chaque exercice exige plus ou moins le concours de l'atten-
^ L'exemple^ rhabitude^ la discipline et rinstruction sont^ il est vrai^ pour rëducation morale des moyens paissants et indispensables^ mais seulement des moyens indirects^ dont remploi peut être très dangereux^ s'il n*est accompagné de l'exercice direct des bons sentiments. Voyez plus loin, livre IV, ch. m et suivants*
440 PRINCIPES GÂNéBAUX.
tionS faculté qui ne saurait s'api^iquer en même temps à tous les objets de l'activité bumaine. Or si l'activité d'un organe avait pu durer toujours^ d'autres organes auraient été exposés à rester dans Pinaction ; (m peut donc considérer comme une dispensatioB providentielle le besoin de repos que tout exercice amène à sa suite; ce besoin produit la variété des occupations^ et pour chaque exercice la possibilité d'avoir son tour.
Dieu nous donne donc la fatigue comme une invitation^ non point toujours à une inaction de tout notre étre^ qui n'existe que pendant le sommeil^ mais au moins à un changement dans l'objet de notre activité.
Si nous cédons à cette invitation, un repos souvent bien court de Forgane fatigué suffit pour lui rendre ses forces. Et non-seulement cet organe n'a rien perdu par ce moment de fatigue, mais encore il a souvent gagné, par son exercice même, le pouvoir de supporter à l'avenir un exercice plus violent ou plus prolongé.
Ainsi, par exemple, un jeune homme qui commence des exercices d'escrime est d'abord forcé par la fatigue à de fréquents repos; pendant quelques jours il ressent des douleurs dans ses membres ; mais bientôt ces symptômes disparaissent, et c'est de fatigue en fatigue que ses muscles se sont fortifiés.
Si au contraire nous n'obéissons point lorsque la fatigue nous commande le repos; si trop longtemps ou trop souvent nous continuons à exercer l'organe fatigué, alors cet organe tombe dans un état maladif qui compromet son développement futur;
Il faut donc distinguer deux espèces de fatigue : la première n^est qu'un avertissement, elle se dissipe promptement par le repos, elle ne nuit en rien au progrès de Torgane fatigué : la seconde peut être considérée comme notre punition de n'avoir pas cédé à l'invitation de la première ; elle ne se dissipe pas
^ On comprend qu'ici nom n'avons pas à nous occi^er des fonctions pore^ ment végétatives.