‹ La philosophie et la pratique de l'éducationChapitre 19 sur 67 · EXBBCIGB ET FATIGUE DES ORGANES · texte numérisé non relu

EXBBCIGB ET FATIGUE DES ORGANES

intensité de sentiment qu'on voudrait qu'il eùt^ mais qu'il n'a point encore; quelquefois même on lui dit : Que pensera-t-on de toi si l'on ne te voit point a£Eligé de ce malheur? alors l'enfant se croit obligé de montrer une vive compassion; alors il se livre à une tristesse factice^ qu'il prend pour une réalité d'autant plus facilement qu'il est réellement affligé de la contrainte qu'on lui fait subir; alors l'exercice de la compassion dépasse^ pour lui^ les limites de la force que ce sentiment pouvait avoir acquise dans son cœur; et bientôt il est fatigué de sensibilité* de compassion ; de tristesse; et à la première occasion de liberté^ il secoue ces sentiments importuns pour rentrer dans son égolsme et dans sa gaieté.

Nous croyons que cet exemple suffit pour signaler l'un des vices les plus funestes des pratiques éducatives généralement usitées; qu'on veuille bien y réfléchir^ et l'on reconnaîtra que la plupart des sentiments dont Dieu a mis le germe dans le cœur de l'enfant pour son bonheur f utur^ sont souvent surexcités par des moyens semblables^ que cette surexcitation amène leur fatigue^ et que cette fatigue enfin arrête leur développement naturel.

L'éducation doit donc se faire un devoir de ne point fatiguer les sentiments moraux qu'elle veut exercer ; pour y parvenir^ elle s'abstiendra de les stimuler par des mobiles étrangers à ces sentiments eux-mêmes ; puis elle se rendra compte de l'état de développement et de force de chacun d'eux^ afin de ne pas leur demander plus qu'ils ne peuvent encore produire.

Biais il ne suffit pas que l'éducateur ne donne pas lui-mêfne cette fatigue morale à l'enfant qui lui est confié; il faut encore qu'il s'applique à prévenir celle que le contact du monde pourrait lui causer. Son moyen le plus sûr d'y réussir sera de lui faire contracter l'habitude^ presque le besoin^ d'une constante et entière sincérité dans l'expression de ses sentiments ; ainsi^ bien loin d'employer le respect humain comme un mobile qui peut lui faciliter sa tflche^ il combattra cette disposition comme un vice; et mieux encore il travaillera dès le premier jour à

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en empêcher le développement^ en ayant soin que les affections du cœur soient appréciées^ toujours d'après leur valeur morale^ et jamais d'après Thonneur ou la honte qui peuvent s'y attacher.

souDAErrâ et subobdination des organes

Abt« 3. L'action d'un organe contribue plus ou moins au progrès des autres oiiganes et au développement de Torganisme entier.

Cette solidarité j qui unit entre elles les diverses parties de l'organisme^ présente en même temps à l'éducation une diiBculté et un avantage.

Elle présente une difficulté à l'éducateur en ce qu'à chacun des moyens qu'il emploie elle fait produire non* seulement l'effet direct qu'il s'en proposait^ mais encore d'autres effets qui; pour être indirects ^ n'en peuvent pas moins avoir une grande importance. C'est ainsi que parfois le soin de l'instruction d'un enfant compromet sa santé^ et que souvent le soin de sa santé gftte son caractère. C'est pourquoi^ en éducation^ nous ne devons adopter aucune pratique sans avoir examiné quels seront ses effets sur toutes les parties du développement qui nous est confié.

Cette solidarité présente à l'éducation un avantage , d'abord parce qu'elle fait participer dans une certaine mesure les divers pouvoirs de l'enfant h des exercices qiie nous ne destinions qu'à quelques-uns d'entre eux , réparant ainsi quelque peu notre

•OLIDABITé BT SUBOKOINATHMI DBS 0BGANB3. 449

oubli et notre imprévoyance ; puis parce qu'elle nous permet d'exercer à la fois des facultés fort différentes^ et surtout parce qu'elle nous donne le pouvoir d'associer toujours à Tactivité de l'enfant l'exercice des sentiments moraux.

En effet , nos forces physiques , nos forces intellectuelles et nos forces morales sont tellement liées dans notre organisme général^ qu'elles concourent à tous les actes de notre vie ^ De même qu'il n'est pas une seule de nos actions pour laquelle notre intelligence n'ait pas dirigé nos pouvoirs physiques^ de même il n'en est pas une à laquelle n'ait point contribué notre volonté^ déterminée par quelque désir ou par quelque sentiment appartenant à notre nature morale. Nous sommes portés aux exercices mêmes qui paraissent n'intéresser que notre corps ou notre intelligence, tantôt par amour du plaisir, tantêt par respect humain ou par orgueil, tantôt par amour du pro* chain, par obéissance à nos supérieurs, etc. ; toujours il y a en nous un mobile moral, bon ou mauvais, qui nous détermine à agir ou à nous abstenir. Ce mobile devient d'autant plus poissant dans notre cœur, qu'il y agit plus souvent en maître. S'il arrive qu'un même sentiment décide notre conduite vingt fois le jour, l'habitude de lui obéir nous rendra son esclave, et, selon la nature de ce sentiment, ce sera un vice ou une vertu qui dominera notre caractère.

Dans la première enfance, le caractère n'est pas encore formé; les sentiments bons et mauvais se disputent la direction de la vie ; les divers mobiles viennent tour à tour déterminer les actes divers, et il est possible de reconnaître quels sont ceux qui, par une action plus fréquente, tendent à acquérir le plus de puissance.

Le devoir des parents est alors de régler la vie de leur enfant de manière à multiplier pour les bons sentiments, et à écarter pour les mauvais, les occasions dans lesquelles ils sont le mobile de sa conduite. Ainsi, par exemple, favorisez le retour des actes auxquels le porte un sentiment de bienveillance, et ne

1 Nous Causons ici abstraction des fonctions purement végétatives.

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lui demandez plus de faire ce que vous voyez quMl fait par orgueil.

Voilà comment on peut^ dès la première enfance^ d'une part^ exercer les bons sentiments et leur faire acquérir la force et Tactivité nécessaires pour bien régler le cours de la vie; de Tagtre^ contenir dans Tinaction les dispositions vicieuses et les empécber de dominer la volonté. C'est là notre seul moyen direct de culture morale^ parce que Texercice est le seul moyen de développement' des oi^anes^ quelle que soit leur nature. Si donc nous voulons moraliser un enfant^ nous ne devons permettre^ ou du moins approuver et favoriser en lui que les actes dont le mobile est une vertu.

Mais pour observer fidèlement cette règle^ il faudrait adopter^ quant au développement du corps, à celui de Tintelligence et à celui du cœur, Tordre de subordination qui appartient réellement à ces trois parties de Téducation^ et qui manque en général dans la pratique des parents et des instituteurs.

On reconnaît bien sans doute, et Timportance du développement moral, et le prix d'une bonne santé. Cependant, pour le cœur, on se fie beaucoup à un bon naturel, à de salutaires conseils et à l'influence d'une vie commune bien ordonnée; de même que pour le cqjrps, on se repose sur un bon tempérament et sur des habitudes hygiéniques convenables; dans l'un et l'autre cas, on laisse agir la nature.

L'éducation intellectuelle, ou plutôt l'instruction, est la seule partie de l'œuvre éducative pour laquelle on ne se fie qu'à soi et à ses efforts. On veut qu'un enfant soit instruit, qu'il se distingue dans telle école, qu'il parvienne de bonne heure et avec avantage à la carrière qu'on lui destine. Tous les moyens qui peuvent conduire à ce but sont employés sans trop de préoccupation des effets qu'ils auront sur le cœur ou sur le corps de l'enfant. Puis, si l'on découvre eu lui un vice, on cherche à le corriger; mais on ne l'a point prévenu en développant les bons sentiments qui l'auraient étouffé. De même si l'on voit sa sauté altérée, on inten*ompt ou l'on restreint les leçons, et sou-

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vent trop tard; mais on n'a point assez travaillé d'avance à fortifier son corps. Oui^ de nos jours ^ c'est un travers presque général et que personne ne s'avoue : on concentre les plus grands efforts^ les plus ardents désirs^ les plus constantes sollicitudes sur un but unique^ et ce but est l'instruction. Des leçons! et toujours des leçons! chaque année voit accroître les programmes d'études. Aucun përe^ aucun instituteur^ ne veut se résoudre à laisser son élève en arrière des jeunes gens de son Age. C'est une véritable course au clocher !

Après le soin de l'instruction, on place celui de la santé : on accorde chaque jour une ou deux heures de récréation, peutêtre une leçon de gymnastique, et l'on croit avoir fait beaucoup. Cependant l'enfant passe la plus grande partie de sa journée enfermé dans une salle close, le corps courbé sur ses * livres; sa poitrine y manque d'air, ses membres d'exercice; bien rarement ses muscles sont développés par un travail suffisant pour mettre en œuvre toute leur puissance. De là vient la faiblesse de corps qui caractérise en général nos classes lettrées. Et d'ailleurs combien ne voit-on pas d'études interrompues par la perte de la santé, combien de carrières brisées parce que les forces physiques font défaut !

Enfin ce n'est qu'après avoir pourvu à l'instruction et à la santé d'un enfant, qu'on s'occupe de sa moralité. En principe, sans doute, on reconnaît bien l'importance suprême du développement du cœur, de même qu'on proclame une bonne santé plus précieuse encore qu'une vaste instruction; mais ce n'est là qu'une vaine théorie avec laquelle la pratique n'est presque jamais d'accord. On semble croire que pour la moralité d'un enfant il n'y ait rien à faire que des discours, et que pour combattre un vice il faille attendre les actes par lesquels il manifeste un empire*déjà fortement établi. Bien plus, on ne craint pas d'exciter dans un jeune cœur des sentiments qui sont les germes mêmes du mal, en les prenant pour mobiles des efforts dont on attend le succès des études. C'est ainsi que trop souvent on met eu œuvre dès l'enfance l'o^ueil^ l'ambition, le respect

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humain^ sans songer que par là on fortifie des dispositions contraires à la morale chrétienne.

L'instruction^ la santé ^ la moralité^ tel est donc Tordre de subordination qui^ dans le fait^ préside généralement à Tœuvre de réducation. C'est Tordre inverse que nous demanderons aux parents^ qui ne veulent pas sacrifier les plus précieux intérêts de leurs enfants ; nous leur dirons : La moralité avant tout, la santé ensuite, enfin Tintelligence dont pour nous le développement comprend Tinstruction.

En plaçant en première ligne cette éducation du cœur, de laquelle peut dépendre notre bonheur éternel, nous serons compris de tous les hommes religieux. Mais, au point de vue même de ceux qui auraient le malheur de considérer la vie terrestre comme le tout de Thomme, nous pourrions encore justifier la prééminence que nous réclamons en faveur du développement moral. L'éducation du cœur est nécessaire pour combattre les penchants vicieux; et les vices faussent Tintelligence en même temps qu'ils énervent le corps. C'est le cœur qui règle la volonté, et la volonté règle la vie; une vie bien réglée est nécessaire à notre propre bonheur, au bonheur de ceux qui nous entourent, à Testime de nos semblables, et par conséquent à la réussite définitive de notre carrière terrestre.

On sera peut*étre surpris de nous voir placer le développement du corps avant celui de Tintelligence. Et cependant, après la paix du cœur et la foi religieuse, est-il quelque chose de plus précieux, de plus indispensable que la santé? Que les forces physiques viennent à faire défaut, et le travail, qui est aussi un élément de moralité, devient impossible, et les études sont interrompues, la carrière manquée, Tintelligence même compromise; car le corps aussi sert la pensée : Mens sana in corpore sano. En vain citerait-on de brillantes exceptions : qui peut savoir ce qu'eût produit le génie de Pascal dans un corps robuste et sain I

Nous avons montré qu^on doit considérer avant tout le développement du mnxY, puis celui du corps, enfin celui de Tin-

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