DES EXERCICES
Art. 5. Ces progrès forment un enchaînement continu, dont les degrés sont iiisensibies, et qui ne comporte ni saut ni lacune.
Notre organisme physique ne s'accroît que par une assimilation moléculaire dont les éléments sont imperceptibles pour nous, et c'est une suite de progrès insensibles, mais ccHitinus, qui change peu à peu le corps du nouveau -né en celifi d'un homme fait. Il n'en est pas autrement de l'évolution de notre organisme intellectuel et de liotre organisme moral : c'est par une série continue de progrès insensibles que notre esprit et notre coeur acquièrent peu à peu tout leur déveIo[^^Beat; nihil fit per salttâs»
POINT DE DÉPART, GRADATION ET BNCHAInEHENT DES EXERCICES. 4 37
Nos facultés ne peuvent s'approprier que ce qui est dans la qpbère de leur pouvoir actuel ; cette sphère s'étend à chaque acquisitioa Bouvelle; et c'est ainsi que chacun de nos progrès nous donne k la fois le pouvoir et le désir de réaliser le progrès suivant. Ceat que Forgane^ quelle que soit sa nature^ ne peut a§ar que dans les limites de sa puissance actuelle.
Si donc vous voulez lui faire appliquer son activité en dehors de ces limitée^ vous le forcez à des efforts stériles qui n'amènent que le dégoût ou la fatigue. Si au contraire vous ne laissez ipoint un champ suflisant h son activité, si vous le contraignez à la monotonie d'un exercice toujours le même et <)ui ne peut ajouter aucun progrès à bob développement, vous éteignez cette activité en la privant de son but légitime, et vous ne produisez que Fennui.
Pour que Fédueation trouve toujours le concours de la volonté et de l'activité de son élève^ pour qu'elle lui fasse atteindre le but qu'elle lui propose, pour qu'elle le rende heureux, y faut d'abord qu'elle prenne pour point de départ l'état actuel de ses forces et de son dévelc^pement, il faut ensuite qu'elle observe une sage gradation, un enchaînement continu dans la série des progrès qu'elle veut lui faire réaliser. Le point de départ^ la gradation^ l'enchs^nement, voilà les conditions nécessaires de l'éducation du cœur et de l'esprit, comme de celle du corps.
Ces conditions ne pouvaient point être méconnues pour ce qui intéresse le développement physique ; aussi nous dispenserons-nous de développer ici cette partie de notre sujet; quand nous appliquerons notre théorie à l'éducation physique de l'enfant, nous aurons cependant à faire voir combien on peut obtenir pour sa santé et pour ses forces corporelles en observant toujours ces conditions de tout développement organique.
Mais pour le travail de l'intelligence, l'éducation néglige bien souvent c^te observation du vrai point de départ^ de la gradation et de l'enchaînement des exercices :
4 38 PaiNCIPES GÉNÉRAUX .
On oublie que toute instruction doit être basée sur des idées intuitives^ fournies par l'intuition des sens pour ce qui concerne le monde matériel et par l'intuition de Tàme pour ce qui concerne le monde moral. On ne descend point jusqu'aux éléments premiers des connaissances qu'on veut enseigner^ ni jusqu'aux pouvoirs actuels de l'enfant qu'on veut instruire. On fait raisonner celui-ci sur des mots qui n'ont pour lui aucun sens précis; on lui fait comparer et généraliser des notions qu'il ne possède point encore complètement. En un mot^ on semble ignorer que pour le conduire quelque part^ il faut d'abord aller le prendre où il est; on ne commence pas par le commencement; on méconnaît le point de départ indispensable à un succès complet.
Le véritable point de départ n'est pas dans les livres^ il est dans la nature; il n'est pas dans les mots^ il est dans les choses; il n'est pas dans les discours du maître^ il est dans l'expérience personnelle de l'enfant; il n'est pas dans ce qui le laisse distrait^ il est dans ce qui attire son attention ; il n'est pas dans ce qui lui est indifférent^ il est dans ce qui l'intéresse; il n'est pas dans ce qui l'ennuie^ il est dans ce qui Im fait plaisir. «
Après avoir trouvé le point de départ des exercices^ il faut observer leur gradation et leur enchaînement; et c'est encore là une condition de succès qui bien souvent manque aux études de l'enfance :
Nos facultés acquièrent peu à peu^ par leur exercice et par leur perfectionnement y le pouvoir de franchir rapidement et sans s'y arrêter plusieurs degrés de cette échelle des progrès dont chaque échelon est un point d'arrêt nécessaire pour un esprit moins cultivé. Comme nous ne remarquons plus ces degrés intermédiaires^ nous oublions leur existence^ et nous les supprimons sans le savoir dans le travail intellectuel de nos enfants; c'est alors que nos leçons n'excitent chez ceux-ci aucune activité^ ne leur causent aucun plaisir, ne leur font réaliser aucun progrès.